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Contreras : « Mon AS Monaco était la plus forte de l’histoire »

Champion de France 1999-00 avec Monaco, le Chilien Pablo Contreras parle de l’ASM, de Rafa Márquez et même de l’affaire du tunnel.

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Comment c’est de quitter le Chili et d’arriver à Monaco à 20 ans ?
Au bout de deux semaines, je voulais rentrer au Chili, j’étais loin de ma famille, je ne parlais pas la langue. Monaco m’avait assigné une prof de français. Quand elle sonnait chez moi, je faisais semblant de dormir. D’ailleurs, quand j’étais au collège à Santiago, j’avais des cours de français, et je demandais à la prof pourquoi je devrais apprendre le français. Jamais de ma vie je n’irais en France, je suis juste un petit gars du quartier populaire de Macul. La prof me disait : « Pablo, on ne sait jamais ! » Et finalement le premier endroit où je pars, c’est la France ! Les débuts ont été difficiles. Marcelo Gallardo m’a dit : « Ne repars pas, sinon tu seras un raté alors que t’es un super joueur. » Et puis comme Rafa Márquez est arrivé, c’est devenu plus facile.

Tu étais proche de Rafa Márquez ?
On avait le même âge, on faisait tout ensemble. On déjeunait ensemble, on dînait ensemble. Rafa, c’était mon frère pendant deux ans. Et quand je suis parti, Rafa s’est marié ! Sa mère m’a appelé du Mexique en me disant : « Pablo, Rafael est trop jeune pour se marier, dis-lui toi, tu es son meilleur ami, il va t’écouter. » Je suis allé dire à Rafael que sa mère m’avait appelé et il m’a dit : « Mais sinon je vais être tout seul puisque tu m’abandonnes. »


Le Monaco dans lequel tu as joué était quand même très fort...
Oui impressionnant, plus fort que celui d’aujourd’hui je crois d’ailleurs. On a été champions à deux mois de la fin du championnat. Il y avait Gallardo, Trezeguet, Barthez, Giuly, Djetou, Rafa Márquez, Simone, Lamouchi, Christanval. Et sur le banc Dado Pršo, Riise, etc. Gallardo a été élu meilleur joueur du championnat six mois avant la fin. J’ai l’impression que cette saison-là, c'était le meilleur Monaco de l’histoire. En 2004, ils sont arrivés en finale de la Ligue des champions, mais c’était plutôt une équipe de coups, d’exploits. Techniquement, dans la maîtrise, notre équipe était plus forte. Avec Claude Puel on jouait extrêmement bien. Monaco, c’est peut-être mon plus beau souvenir.


Comment était l’ambiance dans cette équipe ?
À cause de notre arrivée à Rafa, Marcelo et moi, il s’est créé une ambiance latino-américaine. Il y avait David, Costinha et les plus jeunes Riise et Farnerud traînaient avec nous, écoutaient notre musique. On buvait du maté. Dado Pršo, qui est un super mec, était toujours avec nous, Wagneau Eloi un type très drôle aussi. Et Ludovic Giuly, qui était l’âme de l’équipe, faisait des blagues en permanence. Dans l’avion, il prenait la place de l’hôtesse de l’air et il essayait de faire des annonces en espagnol.

Et Fabien Barthez ?
Il y avait peu de relations avec Fabien, il était à part. Il était plus populaire, médiatique. À l’époque, il sortait avec Linda Evangelista. Il n’avait pas beaucoup de relations avec les autres joueurs, et puis il y a eu l’affaire du tunnel qui a foutu le bordel...

Comment ?
J’étais blessé ce jour-là face à Marseille. J’entends qu’il y a eu un problème dans le tunnel. Le lendemain, je vais à l’entraînement et je ne vois pas Marcelo ! On finit l’entraînement, et Claude Puel vient me voir et me dit : « Pablo, tu ne sais pas où est Marcelo ? » Je lui dis non. À la fin de l’entraînement, je vais chez Marcelo et je lui demande : « Marce', il t’est arrivé quoi ?  » Et il me dit : «  Tu ne sais pas ce qu’il s’est passé ? Ils m’ont dressé un guet-apens, ils ont laissé les autres joueurs de Monaco passer et ils me sont tombés dessus. Personne ne m’a défendu, ça te paraît normal ? » Je lui dis non. Et il continue : «  À la fin du match, je vois Luccin et De la Peña, mes agresseurs, blaguer et serrer dans leurs bras Fabien Barthez. Je vais parler au président, je me barre. » Campora l’a convaincu de rester, trois jours plus tard, Marcelo est revenu à l’entraînement. Il a pris la parole et a dit qu’il était très déçu que personne ne l’ait défendu. La théorie de Marcelo, c’est que Barthez a commandité l’attaque, donc il ne lui a plus jamais parlé. C’est aussi une affaire d’ego, je crois que Marcelo faisait un peu d’ombre à Barthez et que Fabien le prenait mal.



Cette histoire a été très loin ?
Oui, plus tard, quand Peter Luccin est arrivé au Celta Vigo où j’ai joué ensuite, je ne lui parlais pas par loyauté envers Marcelo. Je parlais avec Florian Maurice qui est un bon ami. Un jour, Florian vient me voir et me dit : « Peter, c’est une belle personne, il se sent un peu seul, il ne parle pas espagnol, il faut l’intégrer, tu parles un peu français. » Je lui dis : « Oui, mais je ne peux pas trahir Marcelo » , car quand Peter a signé à Vigo, Gallardo m’a appelé et m’a dit : « Attention, je ne veux pas savoir que tu deviens pote avec Luccin, hein.  » Bon finalement, un jour, je vais voir Peter et je lui demande : « Peter, il s’est passé quoi ce jour-là ?  » Et il me dit : « Non, je te jure que je n’ai pas frappé Marcelo, c’est Ivan de la Peña qui lui a tiré les cheveux et l’a frappé par derrière, et comme il m’a vu à côté, il pensait que c’était moi. » Je lui ai redemandé plus tard, et Peter a toujours nié. Finalement, on est devenus amis avec Peter !


Et avec Marcelo Gallardo, tu es resté ami ?
Oui toujours. Marcelo était à Santiago il y a deux semaines. On a passé du temps ensemble, parlé de football. Je l’ai interrogé sur le renouveau du football argentin. Je lui ai dit : « Marce', où est le futur Aimar, le futur Burrito Ortega, le futur d’Alesssandro ? » Il m’a dit : « Pablo, la vérité c’est qu’il n’y en a pas. » Je crois que le football sur ce continent a fait un pas en arrière depuis une dizaine d’années en voulant imiter l’Europe. C’est-à-dire qu’on forme des athlètes, mais plus des joueurs de football. C’est sûr qu’aujourd’hui, à 17 ans, les mecs sont super physiquement, ils ont les pectoraux dessinés, mais techniquement c’est pauvre. On a tendance à perdre cette technique, à ne plus la travailler. Et comme l’école de la rue est aussi en train de disparaître... Dans le quartier de mon enfance à Santiago, il y avait des terrains partout, aujourd’hui il y a des immeubles qui ont été construits et on passe de moins en moins de temps à jouer dans la rue. C'est dommage.

Propos recueillis par Arthur Jeanne, à Santiago
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