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Comment We Are the Champions est devenu un hymne du football

Composée par Freddie Mercury en 1977, "We Are the Champions" fait toujours chavirer les winners du monde entier. Retour sur l’histoire d’une chanson devenue un hymne universel du football.

Éric Di Meco en pleurs. Ça n’a pas dû arriver souvent. Ce 26 mai 1993 à Munich, au moment de soulever la première Ligue des champions de l’histoire du football français, le défenseur central olympien ne peut contenir ses larmes. Moment choisi par les 25 000 supporters marseillais pour chanter, à l’unisson, la chanson de la victoire : "We Are the Champions". Bernard Casoni, remplaçant de cette finale contre l'AC Milan, en aurait encore des frémissements : « La vérité, c’est que cette chanson, elle m’avait marquée en 1988 quand les Pays-Bas gagnent le championnat d’Europe. Quand tu vois Ruud Gullit et Marco van Basten, les icônes de ta génération, fêter leur arrivée sur le toit du continent avec cette chanson, ça te fout des putains de frissons. Alors t’imagines, quand tu as regardé ça avec des grands yeux et que cinq ans plus tard, tu es à ton tour sur le toit de l’Europe et que tu as droit à cette chanson ? C’est juste dingue. Aujourd’hui, le titre de l’OM en 1993 est indissociable de "We Are the Champions". On l’écoutait en boucle, on l’a chantée au stade avec les supporters, sur le Vieux-Port, partout... » Ce ne sont pas les seuls. Depuis le début des années 1980, le morceau est devenu la bande son officielle de tous ceux qui soulèvent une coupe. La légende urbaine voudrait d’ailleurs que le titre de Queen ait été écrit en hommage à la victoire des Three Lions de Bobby Charlton au mondial 1966. Faux, répond Lesley Ann-Jones, la biographe officielle de Freddie Mercury. Qui confirme, en revanche, que le titre lui a été inspiré par une équipe de foot : Liverpool. Ou plutôt ses supporters.

« Je n’ai pas pu dormir de la nuit »


Ce 29 mai 1977, ils sont nombreux au Bingley Hall de Stafford. Coincée entre Wolverhampton, Stoke-on-Trent et Birmingham, dans les West Midlands, cette salle de concert à la mode dans les seventies a déjà vu passer les Rolling Stones, Pink Floyd ou encore les Who. Au moment de saluer Queen, pas question donc de se contenter de brailler : « Une autre, une autre ! » Pour le traditionnel rappel, le public entonne l’hymne des Reds, "You’ll Never Walk Alone", composé originellement par la doublette américaine Richard Rodgers-Oscar Hammerstein. Et file la chair de poule à Freddie Mercury et Brian May. « Je me rappelle m’être tourné vers Freddie et lui avoir dit : "On ne peut pas se battre contre ça. Ça doit faire partie de notre spectacle, on doit en profiter. En fait, les gens veulent participer. Les concerts deviennent quelque chose qui se fait dans deux sens" » , se souvient le guitariste de Queen. « Je n’ai pas pu dormir de la nuit après ça, sourit-il. Je voulais composer un morceau que le public puisse reprendre, une chanson qui nous permette d’interagir avec les fans. »

Selon une étude scientifique, le tube de Queen est la chanson qui reste le plus dans la tête des gens qui l’écoutent, loin devant "YMCA" de Village People.
Les deux membres planchent dessus, et pendant que May compose "We Will Rock You", Freddie Mercury pose les bases de "We Are the Champions". Réunis sur la face A de l’album News of the World, sorti le 28 octobre 1977, les deux tubes sont à jamais indissociables pour une deuxième raison : ils ont changé le visage du groupe. Docteur en musicologie à l’université de Chester et auteur de Queen: Anthems and Complex Songs, Ruth Dockwray rappelle le contexte. « À une époque, le groupe a eu une attitude très pompeuse, présomptueuse qui a même poussé certains à croire que par "We Are the Champions", les membres de Queen voulaient dire qu’ils étaient les champions de la musique. Pourtant, ici, le pronom "We" marque l’idée que le groupe ne fait qu’un avec son public. Freddie a écrit cette chanson avec l’idée d’inclure le public dans son show. »

Donald Trump et les Village People


Si le football a directement inspiré Queen, Freddie Mercury n’est pourtant pas né avec un ballon de foot dans les pieds. De son enfance indienne au milieu des années 1950, à la pension St Peter’s Boys de Panchgani, près de Bombay, ses amis d’enfance gardent le souvenir d’un gamin aux dents de lapin, plus porté sur la boxe et le tennis de table que sur le ballon rond. C’est donc sans véritable passion qu’il vit, à 20 ans, en marge de ses études d’art à Londres, la victoire anglaise lors de son drôle de mondial 1966. Quoi qu’il en soit, Mercury confirme tout de même avoir utilisé le sport roi comme source d’inspiration. « Je pensais au football quand j’ai écrit "We Are the Champions". Je voulais une chanson participative, un morceau sur lequel nos fans puissent se défouler. Bien entendu, je lui ai ajouté un côté théâtral bien plus subtil que ce que l’on retrouve d’habitude dans la plupart des chansons de fans de foot, mais ça reste un morceau conçu pour que les masses se l’approprient. » Si la structure de la chanson est plus compliquée qu’elle en a l’air, avec une avancée couplet-refrain des plus tortueuses, "We Are the Champions" et sa mélodie du refrain hyper accrocheuse semblent avoir été phagocytés pour que les supporters de foot puissent facilement la reprendre à tue-tête.

« Je pensais au football quand j’ai écrit "We Are the Champions". Je voulais une chanson participative, un morceau sur lequel nos fans puissent se défouler. » Freddie Mercury
« La chanson est devenue un hymne mondial. Et pas seulement un hymne rock. On parle là d’un hymne de football, au même titre que le "You’ll Never Walk Alone" déclencheur de Stafford, analyse Ruth Dockwray. Pourquoi ? En partie car cette chanson est reconnaissable immédiatement, facile à chanter et entraînante. » Cela a d’ailleurs été scientifiquement prouvé par Daniel Müllensiefen, un psychologue de l’université de Londres spécialisé dans la musique. Son étude, réalisée en 2011, est formelle : le tube de Queen est la chanson qui reste le plus dans la tête des gens qui l’écoutent, loin devant "YMCA" de Village People, "The Final Countdown" de Europe ou encore "Livin’ on a Prayer" de Bon Jovi. C’est sans doute pour cette raison que Donald Trump l'utilisait lors de ses meetings républicains. C’est en tout cas pour faire passer à table les prisonniers de guerre irakiens que les services secrets américains la diffusaient en boucle dans leurs oreilles...

Un tube calibré pour les stades


Speaker officiel du Parc des Princes depuis 1998, Michel Montana connaît la chanson par cœur. Et malgré les années qui passent et son écoute répétitive, lui ne s’en lasse toujours pas. « À part celui de la Ligue des champions, il n’y a pas beaucoup d’hymnes qui véhiculent autant d’émotions que "We Are the Champions". C’est un classique intemporel, et même si certains disent que ça commence à dater, pour moi, c’est un classique qui évoque des confettis, des scènes de joie avec les enfants sur la pelouse et un public en liesse. » Ce qui compte quand son job consiste à assurer l’ambiance d’un stade. Ruth Dockwray explique le mécanisme métaphysique et physiologique : « Quand le "and we’ll keep on fighting" démarre, soit la plus haute note de la chanson, les fans peuvent crier et brailler. Musicalement, c’est vraiment un chant de supporters, car c’est un morceau qui permet aux fans de montrer leur support vocal. Et comme beaucoup de chansons de stade, "We Are the Champions" peut être accompagnée d’un clapping, de mouvements de bras. » Pas un hasard d’ailleurs si, tout au long de sa carrière, le groupe anglais a multiplié les dates dans les stades du monde entier et participé, avec Kiss ou Led Zeppelin, à l’apogée de ce qu’on appelait le « Stadium Rock » .

Le groupe anglais profite alors de la forte affluence et de l’architecture particulière des enceintes de football pour proposer une forme de show plus vitaminé qu’un concert habituel. « C’était leur choix, car la sono était différente et aussi car le public pouvait participer d’autant plus, ajoute Ruth Dockwray. "We Are the Champions" était parfaite, car tout le monde peut voir la scène et tout le monde peut participer au show. Et puis, c’est quand même une chanson que les gens ont particulièrement envie de chanter dans ce cadre-là. » Quoi qu’il en soit, c’est bien à Wembley, le 13 juillet 1985, à l’occasion du Live Aid, concert à vocation humanitaire organisé entre Philadelphie et Londres, que Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor et John Deacon livrent une performance extraordinaire. Leur football total à eux ? Vingt minutes de "Bohemian Rhapsody" en entrée et "We Are the Champions" en dessert pour ce qui a été voté par soixante artistes et chefs de l’industrie musicale comme le plus grand live de l’histoire du rock. De quoi flinguer le moral de Gigi Becali, l’homophobe président du Steaua Bucarest. « "We Will Rock You" et "We Are the Champions" ne font plus partie du répertoire musical du club, balance-t-il en 2007. Ce sont des chansons qui prônent la violence. En plus, elles sont chantées par un homosexuel. À la place de cette musique satanique, nous diffuserons désormais des morceaux religieux. C’est moi le président, c’est moi qui paie, donc je mets la musique que je veux dans mon stade. Et je ne veux plus entendre l’autre homosexuel chanter une ode à la destruction ! » Parole de champion qui n’a jamais soulevé de Coupe d'Europe...



Article paru initialement dans SO FOOT. Abonnez-vous au magazine ici. Par Swann Borsellino - Tous propos recueillis par SB, sauf ceux de Brian May tirés de la BBC, Freddie Mercury tirés de Circus Magazine et Gigi Becali d’Evenimentul Zilei.