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Comment bien siffler au stade ?

On les entend chaque week-end, revenant aux oreilles des joueurs de Ligue 1 avec la régularité de Cyril Féraud sur l'antenne de France 3. « Bouuuuuh Neymar ! » Soyons sérieux : qui supporte encore les sifflets de stade ? Voilà quelques pistes pour les améliorer.

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Il s’est réveillé avec l’envie de le faire, a petit-déjeuné avec l’envie de le faire, s’est habillé avec l’envie de le faire, a fait l’amour à sa femme avec l’envie de le faire, est monté dans un car avec l’envie de le faire, a pris le métro avec l’envie de le faire, est rentré au Groupama Stadium avec l’envie de le faire, et s’est assis une bière sans alcool en main avec l’envie de le faire. Il, c’est lui, le supporter moyen du PSG, assez engagé pour savoir que l’un de ses joueurs a manqué de respect au club qu’il supporte depuis 2010, pas assez pour avoir entendu parler de la volonté du CUP de jouer « l’indifférence » à compter des premières retrouvailles avec le vilain petit canard. Neymar est là, point, faisons avec.


Et pourtant, pourtant, à la première prise de balle, il n’a pas pu s’en empêcher : mu par une force invisible, il a porté les doigts de sa main droite recourbés en « O » jusqu’à sa bouche avec la dextérité d’un couturier professionnel, a retroussé ses lèvres, porté sa langue au palais, pris son inspiration et... soufflé aussi fort qu’il le pouvait. Avec de tels vents, la maison en brique de Naf-Naf aurait eu le toit arraché, c’est une certitude. Mais Neymar, lui, n’en a que faire : logique, il n’a rien entendu. Mais alors, comment bien siffler en pleine jungle ?

« Chez nous, on se met un coup de poing, une gifle, et ça permet de gagner du temps »


Fred Radix, lui, ne siffle qu’en salle de théâtre. Il y a de quoi, c’est son métier. Comédien et musicien depuis 1994, le bonhomme s’est forgé la réputation de meilleur siffleur du comté, désormais référence des musiques de films sifflotées (Le retour du Héros, avec Jean Dujardin), et auteur du formidable spectacle Le Siffleur, actuellement en tournée. Alors Frédo, c’est quoi le secret ? « Il y en a trois, glisse-t-il. La technique de souffle, qui doit être long et continu comme les trompettistes, la courbure de la langue, et la musculature du visage, qui permet de tenir les lèvres très serrées, notamment pour les sons aigus. Bon, moi, je siffle 1h30, ça reste une prouesse technique. » Une fois l’art maîtrisé, encore faut-il pouvoir se démarquer. Et seule solution pour cela : augmenter le volume, en transformant son palais en appeau. « En plaçant ses doigts dans la bouche, on multiplie la quantité d’air qui circule sur le palais, détaille notre spécialiste. L’important, ce sont les fréquences. C’est ce qui fait que le sifflet sortira toujours du lot, c’est pas pour rien que les bergers l’utilisent en montagne. » Ça, c’est pour les bases.



Mais comment optimiser ses chances de se distinguer au cœur de la foule ? Théodose Peyrusque, président de Lo siular d'aas, une association de protection du langage sifflé basée au creux de la vallée d’Ossau, dans le Béarn, avance ses arguments : « Le sifflement n’est pas une langue, c’est un langage. Le but étant que la personne que l’on ne voit pas entende la même chose que si l’on avait parlé, d’une vallée à une autre, par exemple. Dans le Béarn, on siffle l’occitan, les grecs sifflent le grec, les Marocains sifflent le berbère, les Turcs le turc. » Pourrait-on, ainsi, siffler des messages depuis les tribunes ? Après quelques démonstrations téléphoniques impressionnantes, le vieil homme (74 ans) réfute d’un trait : non, « il n’y a pas d’insultes, c’est déjà assez difficile de communiquer comme ça... Chez nous dans les montagnes, on se met un coup de poing, une gifle, et ça permet de gagner du temps. » Comptez donc deux ans environ pour apprendre à maîtriser les combinaisons de langage, où seules les voyelles sont sifflables. Le « I » est la note la plus élevée, suivie du « E » , du « A » et du « O » . Par exemple, pour dire « Neymar, hijo de puta » , il faudrait ainsi siffler « É-ma, i-o é u-a » . Pas simple à comprendre depuis le terrain, et vos voisins risquent de vous tirer la gueule. En revanche, la piste est exploitable pour les coachs lassés de hurler depuis leur zone technique pour se faire entendre.

Armée rouge et cacophonie


Reste une solution, celle de l’organisation. Puisque siffler fort ne suffit pas à se démarquer et qu’il est impossible de délivrer un message à un joueur qui n’aurait pas suivi les cours pour les comprendre, peut-être les sifflets peuvent-ils participer à l’ambiance d’un match ? Un peu d’esthétisme, pardi ! Voilà qui ferait plaisir aux instances fédérales et aux tympans des joueurs de Ligue 1. « Au milieu de mon one-man show, je monte une chorale de siffleurs en divisant le public entre altos et sopranos, explique Fred Radix. Il faut un peu d’échauffement, puis ensuite un travail d’harmonisation. On pourrait faire ça dans un stade de foot, en divisant les gradins en quatre, quatre pupitres, chacun une note. »


Et si le professionnel confirme qu’il ne se rend pas au stade « pour écouter les Chœurs de l’Armée rouge » , un peu moins de cacophonie pourrait à coup sûr allier originalité et plaisir des oreilles. En attendant que le CUP se forme à la discipline, Fred Radix, lui, ne boude pas son plaisir : « Je trouve ça formidable que le sifflet soit pratiqué par tant de gens. Parce que c’est un instrument du quotidien, mais souvent dans des lieux fermés et résonnants : la salle de bain, le couloir de métro, les toilettes, l’ascenseur... Là au moins, c’est mis en valeur. » À condition de retenir l’essentiel : dans la vie comme dans le sifflet, c’est mieux quand on y met les doigts.

Par Théo Denmat Propos recueillis par TD.
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