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François l'embrouille

L'entraîneur du Stade Lavallois François Ciccolini est dans l'œil du cyclone après avoir menacé un journaliste de France Bleu Mayenne, vendredi dernier à Boulogne-sur-Mer. Le micro n'était pas caché et la blague a tourné court. Suspendu jeudi par la commission de discipline de la FFF, le technicien corse voit cette sanction lui revenir comme un boomerang, lui qui n'est pas du genre à mâcher ses mots.

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« On m’a déjà invité pour aller à la chasse mais le gibier n’est pas sauvage dans la région. Ici, on peut le tuer même avec un bâton ! » . Si la quiétude de la Mayenne lui rappelle son petit village de Cozzano, c’est la carabine dans le coffre que François Ciccolini a débarqué au mois de juin à Laval, au chevet d’un club entamant sa deuxième saison consécutive en National. Autant dire que la pression pèse sur ses épaules, puisque si les Tangos ne parviennent pas à attraper le train de la Ligue 2 au printemps prochain, son statut pro s’envolera. Et ce n’est pas le nul concédé d’entrée face à Quevilly (1-1) ni la défaite sèche à Boulogne-sur-Mer (2-0) qui dégageront l’horizon avant la réception ce vendredi de Bourg-Péronnas. Un match dont sera privé François Ciccolini, suspendu à titre conservatoire par la commission de discipline de la FFF, saisie par le conseil national de l’éthique, « à la suite des propos tenus (...) envers un journaliste. »

« Coup de crosse »


Dans le brouillard boulonnais, la moindre étincelle pouvait alors mettre le feu aux poudres. En guise d’allumette, une question anodine posée vendredi dernier dans les couloirs du vétuste Stade la Libération par un journaliste de France Bleu Mayenne. « C’était quoi le problème ? C’était technique ? C’était les conditions ? Ou vous vous êtes trompé sur la composition d’équipe ? » , posait Martin Cotta, salarié d’un média qui suit le club dans chacun de ses déplacements depuis 1980. « Ah ça c’est vous qui le dites, hein. Pourquoi ? Vous auriez mis quoi, vous ?, retourne le technicien, mi-amusé mi-agacé avant de changer progressivement de ton. Tu me poses toujours des mauvaises questions, je vais te parler mal. Peut-être même que je vais te frapper la tête par terre. » Connu pour ne jamais mâcher ses mots, et cette façon bien particulière de taquiner son auditoire caché derrière une bonne couche d’ironie, « Cicco » envoie son interlocuteur dans les cordes. « Tu en as jamais vu des journalistes avec des sparadraps sur la tête ? Eh ben peut-être que tu en auras un dans pas longtemps. »


« Tu en as jamais vu des journalistes avec des sparadraps sur la tête ? Eh ben peut-être que tu en auras un dans pas longtemps. » François Ciccolini
Le second degré est rangé au placard et laisse place aux mines stupéfaites du reporter visé, de son collègue de Ouest-France et d’Olivier Frapolli, l’entraîneur de Boulogne. « Tu veux m’emboîter ou tu veux que je te déboîte ? » , entend-on dans la bande rendue public par la radio. Malgré les tentatives d’apaisement de Martin Cotta ( « Je ne suis pas là pour vous embêter moi » , « Je m’excuse, il y eu méprise » ), François Ciccolini ne décolère pas et surenchérit : « Tu veux que j’aille chercher dans mon sac ce qu’il faut ? Je vais te frapper un coup de crosse dans la tête tu vas voir. » On en revient à la chasse donc. L’échange restera au stade verbal et ne s’arrêtera qu’au moment où le coach lavallois rejoint finalement la petite salle de presse, où d’autres journalistes l’attendent. Avec tout de même un dernier mot pour sa nouvelle tête de Turc : « Tiens, prends ton jouet, lâche-t-il en s’emparant de son micro, tu peux t’en servir comme suppositoire si tu veux. »


« Une réaction épidermique »


Un pétage de plomb qui trouve difficilement des explications, car sorti de nulle part. « Si l’entraîneur n’apprécie par la question, il a le droit de ne pas répondre, accorde Thierry Ruffat, rédacteur en chef de France Bleu Mayenne et qui n’a jamais connu de tel cas en 37 ans de carrière. Ce n’est pas la peine de menacer le journaliste en question et de lui dire qu’il va lui fracasser la tête par terre. » Et puis pourquoi mal digérer à ce point une défaite, alors que c’est loin d’être une première dans sa carrière, après ses différents échecs au Sporting Bastia (deux relégations au bout des saisons 2004-2005 et 2016-2017), au Red Star ou au Neuchâtel Xamax ? « Je peux comprendre une réaction épidermique, mais elle est inexcusable, continue Thierry Ruffat. Les journalistes sont là pour poser les questions, peuvent parfois titiller leur interlocuteur, mais on n'est pas là pour les torpiller. » D’autant plus qu’aucun antécédent ne le lie avec ce journaliste qui le croisait pour la deuxième fois seulement.


Il n’a jamais été un extrémiste de la possession ou un extrémiste du jeu défensif.Bruno Irlès
Le matin des faits, c’était un Ciccolini plus détendu qui donnait son analyse d’avant-match. Avec une remarque avisée : « L’agressivité, il faut la travailler à l’entraînement. » Le genre de formules qu’il répète depuis ses débuts sur un banc, en 1997 du côté de Porto-Vecchio, après avoir bouclé une honnête carrière d’attaquant dans les clubs de l’Île de Beauté. Sa renommée, il la tient de belles références en tant que formateur. Un titre de champion de France U17 à Bastia en 2002 et une Coupe Gambardella en 2011 avec l’AS Monaco restent les principaux faits d’armes d’un coach qui a toujours préféré le travail de l’ombre à l’exposition du poste d'entraîneur numéro 1. « C’est quelqu’un de très pragmatique par rapport à ce qu’il allait amener à ses joueurs, témoigne Bruno Irlès, qui travaillait avec lui entre 2009 et 2011 à la Turbie. Il n’a jamais été un extrémiste de la possession ou un extrémiste du jeu défensif. Il apportait à ses joueurs autre chose que ce qui était en vigueur à l’AS Monaco. À cette époque, c’était le modèle barcelonais qui prévalait. Quand les joueurs passaient dans ses mains, il leur disait qu’il ne fallait pas s’emmerder à faire 40 passes pour aller marquer un but. L’efficacité plus que la beauté. Et c’était très bien pour ses joueurs dans la formation. »

« François a peut-être oublié de mettre ce filtre »


Un personnage qui peut marquer un jeune footballeur en début de carrière. « Dans ses discours, il te donne cette envie de gagner, une grinta, se dépasser les uns pour les autres, présente Jérôme Phojo, qui a appris le métier sous ses ordres à l’ASM. C’est le genre d’entraîneur qui sait être proche de ses joueurs. Il n’hésitait pas à se mettre en avant pour protéger ses joueurs. En déplacement, ça lui arrivait de venir avec nous au fond du bus, il nous racontait son enfance, son parcours, des histoires drôles ou sérieuses, des leçons de vie, il jouait aux cartes... C’est assez rare. » Youssouf Hadji n’a passé qu’un an aux côtés de Ciccolini à Bastia mais il est resté proche de l’entraîneur : « C’est le genre d’entraîneur qu’on aime en tant que joueur. On donne tout pour lui. Il a un rôle de grand frère, de conseiller. Et quand il faut dire les choses, même si c’est de manière crue, il les dit. » Un langage qui a sa place sur un banc de touche ou dans l’intimité d’un vestiaire lorsqu’il faut bousculer l'un de ses gars ou secouer un groupe. « Il y a des moments où un entraîneur peut être en colère et dire des mots durs envers ses joueurs, mais dans le monde où l'on est, il faut avoir de la retenue face aux médias, prévient Bruno Irlès. Quand vous voyez un Claude Puel sur le banc de touche, derrière, quand il passe à la télé, ce n’est plus le même. On dirait que c’est Docteur Jekyll et Mister Hyde. François a peut-être oublié de mettre ce filtre-là. »


« C’est sa façon de communiquer, c’est sa façon d’être, c’est son caractère. Il est entier. Malheureusement, il est dans un monde où certains caractères ne passent pas. » Jérôme Phojo
Lors de son dernier passage sur le banc de Bastia, il s’était déjà illustré par une joute verbale avec Mario Balotelli ou en attisant les tensions avec les Lyonnais. Si la proportion qu’a pris l’affaire de Boulogne-sur-Mer a pu surprendre ses anciens joueurs, tous assurent qu’il ne fallait pas le prendre au pied de la lettre, mais plutôt voir cette sortie comme de la frustration mal canalisée. « C’est vraiment quelqu’un de très gentil, un super mec, défend Hadji. S’énerver sur le coup, ça peut arriver, mais ce n’est pas quelqu’un de méchant, loin de là. » Jérôme Phojo, aujourd’hui à Clermont Foot, dédramatise : « Ce sont plus des paroles qu’autre chose, ça n’ira jamais plus loin. C’est sa façon de communiquer, c’est sa façon d’être, c’est son caractère. Malheureusement, il est dans un monde où certains caractères ne passent pas. Je pense qu’il ne changera pas pour s’adapter à ce monde. »


Un sparadrap sur une jambe de bois


Reste qu’un journaliste a cette semaine déposé une plainte contre lui, et que le conseil national de l’éthique de la Fédération française de football (FFF) a saisi dans la soirée de mardi la commission de discipline sur ce dossier, considérant que « les propos tenus revêtent un caractère menaçant et agressif » , pendant que l’Union des journalistes de sport en France a demandé aux instances de « prendre toutes les mesures qui s’imposent pour ne pas laisser cette situation intolérable sans suite » . Ils ont donc été écoutés en ce jeudi, Ciccoloni étant suspendu jusqu'à nouvel ordre.


« Quand Ciccolini aura présenté ses excuses, l’incident sera pour moi officiellement clos » Thierry Ruffat
Mais ce qui reste en travers de la gorge des journalistes locaux, ce sont surtout les réponses apportées par le club. Alors que les enregistrements leur ont été mis entre les pattes avant la diffusion, les dirigeants lavallois ont choisi d’apporter dans un premier communiqué un soutien total à leur technicien, rejetant la faute sur des journalistes qui n’auraient pas respecté « le cadre protocolaire » prévu par la FFF, laissant penser que c'était leur entraîneur qui avait été agressé. « Parler de protocole, c’est du pipeau, réagit Thierry Ruffat. D’abord parce que tous les stades de National ne sont pas équipés de salle de presse. Moi, j’ai déjà fait des interviews au cul du bus ou dans le couloir des vestiaires. Si Ciccolini estime qu’un couloir n’est pas le lieu pour une interview et que c’est la raison de son pétage de plomb, encore une fois, qu’il le dise ! » Le second communiqué envoyé comprenait une timide excuse du coach auprès de Martin Cotta. « Ses paroles ont dépassé sa pensée  » , est-il écrit laconiquement, en invitant à prolonger la discussion ce vendredi matin à 8h30, dans une réunion où seront présents François Ciccolini, le président du club mayennais Philippe Jan, le directeur sportif Jean Costa, le journaliste Martin Cotta et son rédacteur en chef. « Si cela n’aboutit à rien, on boycottera Ciccolini pour le reste de la saison. On ne l’interviewera plus et on ne le citera plus à l’antenne, avertit Thierry Ruffat. Quand Ciccolini aura présenté ses excuses, l’incident sera pour moi officiellement clos. Mais on n'est pas là pour envenimer les choses. » En attendant, la mayennaise a du mal à prendre pour François Ciccolini. Par Mathieu Rollinger Tous propos recueillis par MR, sauf ceux de François Ciccolini, par Ouest-France et France Bleu Mayenne.