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Christiane Endler : « À Lyon, ils supportent le foot féminin depuis la racine »

Le 17 janvier dernier à la cérémonie The Best, Christiane Endler devenait la meilleure gardienne du monde selon la FIFA. Après avoir échoué à la deuxième place en 2019 et 2020, la Chilienne obtient finalement la précieuse récompense au prix de ses nombreux efforts. À l'occasion de la sortie de la nouvelle Predator d'Adidas, rencontre avec la portière de l’OL, engagée sur tous les fronts.


C’est important pour une gardienne, d’être bien chaussée ?
Bien sûr ! Ça t'apporte de la confiance sur le terrain et te permet de ne penser qu’au football. Dans certaines chaussures, tu peux ressentir des douleurs, ou bien tu te sens vraiment inconfortable dedans. Ce sont des choses qui peuvent te sortir de ton match. Avec cette chaussure, tu n’as pas ces problèmes.

Tu viens d’être élue meilleure gardienne du monde. Qu’est-ce que cette distinction représente pour toi ?
Cette reconnaissance est très importante pour moi, pour mon pays, pour tous les pays latinos, mais aussi pour tout le football féminin. Aucune Sud-Américaine n’avait réalisé cela avant. Maintenant, je suis un exemple pour toutes ces femmes de continent qui rêvent d’atteindre leurs objectifs. Personnellement, c’est aussi la reconnaissance de tout mon travail durant ces dernières années. J’en suis très fière.

« Petite, j’avais bien moins de crainte qu’aujourd’hui ! Le fait d’être aperrada m’a toujours aidé psychologiquement en tant que gardienne. »

Quand petite, tu étais gardienne face à ton frère Nicolas, tu t’imaginais un jour devenir la meilleure à ton poste ?
Oui, peu importe les sacrifices que ça demandait. Au Chili, devenir joueuse de football professionnelle, c’était déjà quelque chose de très fort. De là, cela m’a donné le courage de voir plus loin et d’en arriver là aujourd’hui.

On dit de toi qu'étant petite, tu étais aperrada. Qu’est-ce que ça voulait dire pour toi ?
Ça veut dire que tu n’as peur de rien. Tu n’as pas peur de prendre des coups, de te jeter au sol ou dans les airs. Petite, j’avais bien moins de crainte qu’aujourd’hui ! (Rires.) Le fait d’être aperrada m’a toujours aidé psychologiquement en tant que gardienne : surtout dans les un-contre-un.

Tu as d'abord fait ton trou en tant que joueuse de champ. Comment Marco Cornez, alors entraîneur des gardiens de la sélection U17 du Chili et ancien portier international, t’a convaincue en 2007 de devenir gardienne ?
J’ai toujours su que j’allais finir dans les buts, même si j’ai commencé en tant qu’attaquante. Un jour, Marco est venu me voir, pour me dire : « Vu tes capacités physiques, ta taille et ton courage, ça pourrait être super si tu essayais de passer dans les buts avec la sélection ! » Finalement, je suis devenue une bien meilleure gardienne qu’attaquante.



Tu participes à 17 ans au premier championnat féminin de football du Chili, en 2008, avec La Calera. As-tu l'impression d'être une pionnière ?
Au Chili, cette année a été super importante pour le sport féminin. C’est devenu une véritable révolution. C’était le premier championnat féminin, mais aussi la première fois que le pays allait organiser une compétition internationale féminine (la Coupe du monde U20, NDLR). Ça a été un moyen d’introduire le football aux femmes de chez nous. Ça a pris de grandes proportions, puisque de nombreuses écolières se sont inscrites au foot.

« Il n’y avait pas beaucoup d’exemples de Chiliennes sportives et performantes, donc on n’avait pas d’image féminine. Aujourd’hui, les choses ont changé. »

Quelle image avaient les Chiliens du sport féminin ?
Il n’y avait pas beaucoup d’exemples de Chiliennes sportives et performantes, donc on n’avait pas d’image féminine. Plus généralement, il n’y avait pas réellement de culture sportive. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les Chiliens se sont impliqués dans de nombreux sports, pas seulement le football. C’est incroyable de voir ces femmes se soulever pour faire briller le Chili. On se bat tous les jours pour que les différences rétrécissent au pays. Au départ, le sport féminin n’avait pas une bonne image. Beaucoup de gens pensaient que le football est un sport de garçon. Ces dernières années, ça a beaucoup évolué. La preuve : on a participé à notre premier Mondial en 2019. Ce fut un changement radical ! Beaucoup de gens sont venus dans les stades pour encourager leurs équipes. Aujourd’hui, ils suivent le football féminin, ils connaissent les joueuses de la Roja, ils vont au stade les soutenir... C’est toujours en train de se développer, mais on est sur la bonne voie !

Lors de la Coupe du monde U20 à la maison, tu brilles durant la compétition, même si vous ne passez pas la phase de groupes. C'est ça qui a changé le regard des gens ?
Le pays entier n’était absolument pas préparé pour cet événement. On avait créé des stades spécialement pour l’occasion, on a été capables de jouer contre des magnifiques nations comme la France de Le Sommer. Quand les Chiliens ont vu autant de talents chez eux, ils se sont aperçus que les filles aussi pouvaient proposer de très beaux matchs. Aujourd’hui, grâce à la qualification lors du dernier Mondial, on a montré à tout le monde qu’on pouvait en être capables.

En trois ans de football au Chili, avec Everton et Colo-Colo, tu perds deux fois de suite la Copa Libertadores en finale. Comment tu vis ces déceptions à tout juste 20 ans ?
Il y a la déception, bien sûr, mais ça te donne aussi beaucoup de leçons. Jouer des finales à l’échelle continentale, ça donne énormément d’expérience. C’est toujours mieux de comprendre comment gérer ce genre de situation en étant jeune. Il faut aussi savoir qu’à l’époque, les clubs féminins brésiliens étaient bien plus en avance que les chiliens. On a toujours été très proches de gagner, et un jour...

Un jour, tu gagnes enfin la Libertadores contre les Brésiliennes du Foz Cataratas. Tu aurais déstabilisé la joueuse adverse lors du dernier tir au but en criant : « Je vais t’attraper. » Tu savais que tu allais l’arrêter ?
Je ne savais pas que j’allais arrêter celui-ci spécifiquement, mais je savais que j’allais en sauver un. Je me devais d’avoir la confiance de mes coéquipières en leur disant : « Je vous ai donné ma confiance, à vous de me donner la vôtre. » Finalement, je le sors, et on remporte la Libertadores. À l’époque, un seul club avait réussi à briser l’hégémonie brésilienne. Ça nous a rendues très fières, et le fait d’être très jeune m’a donné le vrai goût de la victoire.



Après cette victoire, tu file aux États-Unis, où tu rejoins University of South Florida. Comment tu as vécu ce départ ?
C’était une super expérience d’aller là-bas, surtout qu’on m’avait offert une bourse pour y aller. Le rythme est différent : c’est dur d’étudier et de vouloir être compétitive au maximum. C’est la première fois que j’étais loin de ma famille, mes amis... Et quand je te dis loin, c’est loin. C’est pas comme si tu pouvais retourner chez tes parents le week-end. Finalement, ça a été une excellente expérience, car j’ai pu devenir mature rapidement afin de gérer ma vie au mieux.

Ensuite, c'est l'Europe, qui est encore plus loin de ton Chili. Quelle a été la chose la plus dure à vivre lors de ton passage des États-Unis à l’Angleterre ?
C’était totalement différent, car c’était la « vraie vie » . À Chelsea, la première année a été très dure, l’adaptation n’était pas facile, je n’avais pas beaucoup d’amis latinos... Surtout que cette saison-là, je me blesse plusieurs fois, dont une fois à l'entraînement pendant la Copa América. Je ne me sentais pas bien en Angleterre. Je ne pouvais pas apprécier pleinement être sur le terrain ou avec mes coéquipières. Je pensais alors que la meilleure chose était d’être proche de ma famille. Je suis retournée au Chili pour me soigner dans les meilleures conditions. Avec du recul, c’était la meilleure décision à prendre, puisque ce retour m’a permis d’être plus forte avant de repartir.

Comment tu as vécu le changement de climat, de pays, de gastronomie ?
Le climat est vraiment très compliqué en Angleterre ! Les relations avec les autres joueuses étaient bonnes, mais je vivais avec deux d’entre elles, en colocation. Tu dois d’adapter à différentes cultures, et le fait d’être encore plus loin de chez moi était dur. Finalement, c’est ma première expérience en tant que professionnelle. J’ai tout de même beaucoup appris de ce passage à Chelsea.

« Je ne sais pas si un jour, on va gagner autant que les garçons, car je pense qu’ils gagnent beaucoup trop. C’est beaucoup trop pour n’importe qui. En revanche, nous sommes en train de changer les choses. »

Finalement, tu quittes le club pour des « différences économiques » . C'est un motif récurrent dans le football féminin ?
Il ne s’agit pas de « différences économiques » , mais disons que ce que je gagnais avec Chelsea, ce n’était pas assez, compte tenu du mode de vie là-bas. La paye ne me permettait pas de pouvoir vivre correctement et m’épanouir. Bien sûr, si on compare au football masculin, c’est infime. Je ne sais pas si un jour, on va gagner autant que les garçons, car je pense qu’ils gagnent beaucoup trop. C’est beaucoup trop pour n’importe qui. En revanche, nous sommes en train de changer les choses. Chaque année, les budgets en place pour le football féminin augmentent. Désormais, nous pouvons vivre totalement grâce au football, donc j’espère que cette différence va rétrécir d’année en année.

Après un retour à Colo-Colo et un passage à Valence en 2016, tu signes au PSG. Qu’est-ce que tu connaissais du football français avant d’y arriver ?
J’ai toujours su que l’OL était un grand club, qui se battait chaque année pour remporter la Ligue des champions. C’est l’un des meilleurs clubs du monde. Quand j’ai vu que le PSG s’intéressait à moi, c’était un vrai honneur. C’était l’année où Paris est arrivé en finale de C1, mais aussi de Coupe de France, perdant à chaque fois contre Lyon. Les matchs étaient très serrés. Quand j’ai vu ça, je me disais que c’était l’endroit idéal. Toutes ces années avec le PSG étaient magiques.



Après quatre ans, tu quittes le PSG pour l’OL. Comment tu as pris cette décision ?
C’était compliqué, car j’étais vraiment très à l’aise à Paris. J’ai décidé de changer de club pour avoir différents objectifs dans ma carrière. J’avais besoin de quelque chose d’autre, de continuer à m’améliorer, de grandir en tant que joueuse. Quand j’ai discuté avec les gens de l’OL, j’ai vu qu’ils traitaient aussi bien le foot féminin que le foot masculin. Ils font tout pour que les deux équipes soient les plus compétitives possibles. À Lyon, ils supportent le football féminin depuis la racine. C’est pour cette raison que je me devais d’être à l’OL. Ils essaient de développer non seulement l’équipe, mais aussi toute la section football féminin également.

« J’ai toujours aimé le business. D’ailleurs, j’ai lancé mes propres affaires au Chili, mais j’ai dû les fermer rapidement, car je ne pouvais pas assurer les deux parties. »

Au-delà du sportif, tu incarnes un symbole de réussite pour toutes les Chiliennes, en devenant la première de l’histoire à devenir professionnelle et à partir jouer à l’étranger. Quel message tu veux envoyer à toutes ces jeunes filles ?
Le seul message, c’est que tous les rêves deviennent possibles si tu t’en donnes les moyens et que tu fais tout ce qui est en ton pouvoir afin de les réaliser.

À côté de ta carrière, tu as suivi des études de commerce. Tu as réfléchi à ce que tu aurais fait si le football n’avait pas marché pour toi ?
J’ai toujours aimé le business. D’ailleurs, j’ai lancé mes propres affaires au Chili, mais j’ai dû les fermer rapidement, car je ne pouvais pas assurer les deux parties. J’aime être là, faire attention à tous les détails... Donc le fait de ne pas être là t’oblige à t’adapter.

En mai 2021, tu t’es mariée avec Sofia Orozco à Paris. Quelques mois plus tard, Sebastian Piñera, l’ex-président du Chili, autorise le mariage homosexuel après l’avoir refusé dans un premier temps. Comment as-tu vu le Chili évoluer avec ce sujet au fil des années ?
Ils ont pris beaucoup de temps sur cette loi. C’était très compliqué de la faire passer au Congrès. Cette action du président était attendue par beaucoup de familles qui voyaient cela comme un grand changement. C’est une immense étape pour notre pays, pour notre culture. C’est une étape en plus vers l’égalité pour tous. Tout le monde doit avoir les mêmes droits, les mêmes options. Je suis très heureuse de tout ce qui se passe socialement et j’espère que ça va continuer dans ce sens.

Photo : Adidas.
Propos recueillis par Gad Messika