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Gourcuff : « Au Qatar, on jouait devant 30 personnes »

En 2018-2019, Christian Gourcuff est revenu quinze ans après entraîner au Qatar. Ce qui lui donne un regard avisé sur le développement de l’équipe nationale, la fabrique à champions Aspire et le niveau du championnat qui varie de Wesley Sneijder à la PH. Interview franche, comme d’habitude avec l’entraîneur breton.


Cette saison, vous avez entraîné le club d’Al-Gharafa au Qatar. Quel était le niveau ?
Il y a des différences incroyables. Dans les 25 joueurs, j’avais (Wesley) Sneijder et des joueurs qui, en France, joueraient peut-être en PH.

Ah, oui...
Le réservoir de joueurs est quand même très limité. Il n’y a qu’à regarder les résultats : Al-Sadd pouvait gagner des matchs de championnat 8-0... (Leur bilan en 2018-2019 : 100 buts marqués, 22 encaissés en 22 matchs, N.D.L.R.)

Quelles sont les affluences... ?
« Il n’y a personne au stade. En championnat, c’est ridicule. »
(Il coupe) Il n’y a personne au stade. Si, quand c'est l’équipe nationale. Mais en championnat, c’est ridicule. Nous, on jouait devant 30 personnes. Les matchs sont télévisés, les gens restent chez eux.

Évoquons l’équipe nationale. Les 23 Qataris sélectionnés à la Copa América au Brésil évoluent tous dans le championnat du Qatar. C’est un facteur déterminant de leur progression ?
Sur le plan économique, déjà, ils n’ont aucun intérêt à partir. Ensuite, en restant au Qatar, ils sont à disposition de l’équipe nationale. Au Qatar, il faut savoir que les clubs, le calendrier... tout tourne autour de l’équipe nationale. Les clubs n’existent (Il insiste) qu’à travers l’équipe nationale. Et c’est vrai pour les A, les U23, les U21... Autant, en Europe, les clubs sont protégés par les dates FIFA, mais là-bas, cela n’a de valeur que pour les internationaux étrangers.

C’est-à-dire ?
Pendant un mois, les joueurs peuvent disparaître pour préparer une compétition. Bon, ce n’était pas toutes les semaines non plus, mais au club, les internationaux pouvaient s’entraîner en sélection le matin et je l’apprenais en arrivant à l’entraînement l’après-midi. Comme tout est basé à Doha, dès que le joueur est blessé, par exemple, il sort du club et il est suivi par le staff de l’équipe nationale. Un mois avant la Coupe d’Asie (du 5 janvier au 1er février 2019, N.D.L.R.), le championnat a été arrêté dès le début du mois de décembre afin de permettre à l’équipe nationale d’avoir des conditions idéales de préparation. Et comme le Qatar a gagné la Coupe d’Asie, il y a eu trois jours de fête nationale, et le championnat a encore été retardé de quinze jours en février.

C’était comment de travailler dans ces conditions et avec un effectif si disparate ?
« Sur le plan professionnel, ça n’avait aucun intérêt. C’était de la gestion. D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup d’entraîneurs qui terminent la saison au Qatar. »
Sur le plan professionnel, ça n’avait aucun intérêt. C’était de la gestion. D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup d’entraîneurs qui terminent la saison au Qatar. Je suis reparti là-bas parce que mon ancien président m’a appelé, il y avait ce côté affectif. (Le premier passage de Christian Gourcuff au Qatar remonte à 2002-2003, N.D.L.R.) Il y avait aussi l’aspect contractuel... Évidemment, j’avais un meilleur contrat qu’à Rennes, mais ce n’était pas difficile, car à Rennes, j’avais fait la connerie de ne pas m’occuper de mon contrat. C’est seulement le jour où je me suis fait virer que je m’en suis préoccupé.

Et pourquoi êtes-vous resté ?
À Al-Gharafa, j’ai eu la chance de travailler avec un staff compétent, sympa et solidaire. On s’est tous accrochés.


Qu’en disent les propriétaires des clubs, du fait que leurs joueurs sont à la totale disposition de l'équipe nationale ?
« Wesley Sneijder n’a pas été recruté par le club d’Al Gharafa, il a été recruté par l’État. Comme Eto’o, notamment. Ces joueurs font de la représentation. »
Ce qu’il faut comprendre, c’est que les clubs sont subventionnés par la Ligue. Comme en France avec les droits télé, les subventions dépendent de la place au classement. Et il y a un surplus dans le budget en fonction du président – de sa fortune, de sa politique... Donc, cela crée des différences énormes. Al-Sadd et Al-Duhail ont des moyens incomparables par rapport aux autres clubs. Et aujourd’hui, Aspire, donc l’État, contrôle tous les clubs de la première moitié du championnat, tant au niveau des staffs techniques que du fonctionnement. Nous, à Al-Gharafa, on avait un fonctionnement un peu marginal. Mais Wesley Sneijder, par exemple, n’a pas été recruté par le club d’Al-Gharafa, il a été recruté par l’État. Comme Eto’o, notamment. Ces joueurs font de la représentation. Xavi, je l’ai vu cette année, il était en bout de course, mais il apportait toute son expérience et son professionnalisme au quotidien dans une équipe, Al-Sadd, qui compose les deux tiers de l’équipe nationale. (Avec neuf internationaux qataris, c’est même le club le plus représenté de la Copa América, N.D.L.R.)



Est-ce que c’est une surprise pour vous que le Qatar fasse bonne figure face à des sélections comme le Paraguay (2-2) ou la Colombie (défaite 0-1) à la Copa América ?
Ils ont battu la Suisse en match amical (0-1, en Suisse, N.D.L.R.) à l’automne. Ils ont gagné la Coupe d’Asie en février. Je ne pense pas qu’ils joueront un rôle majeur dans ce tournoi, mais c’est une équipe solide, très homogène, qui travaille avec le même coach depuis longtemps.

Cinq joueurs qataris sélectionnés à la Copa América par l’Espagnol Felix Sánchez Bas évoluaient cette saison avec vous à Al-Gharafa.
Le seul titulaire, c’est Abdulaziz Hatem. C’est un joueur complet techniquement, avec un gros volume de jeu au milieu de terrain. Qui se disperse un peu dans la rigueur tactique, mais cela est dû à un manque d’expérience du niveau européen justement. Est-ce que je le verrais dans un club de niveau Ligue des champions ? Peut-être pas, mais dans un bon club de Ligue 1, oui. Si je l’avais eu dans mon effectif à Rennes, oui il aurait joué.

Félix Sánchez Bas.


Qui sort vraiment du lot dans la sélection ?
Akram Afif fait de vraies différences. Lui, il peut jouer dans un top club. Il a déjà été en Europe, à Villarreal... En fait, les joueurs sont envoyés en Europe très jeunes pour leur donner de l’expérience, mais comme ils sont très jeunes, ils ne jouent pas. Donc, ils reviennent.


Aujourd’hui, Aspire Academy, la fabrique à champions qataris créée en 2004, c’est ce qui se fait de mieux en matière de structure de formation de footballeurs dans le monde ?
En matière d’infrastructures, oui, c’est phénoménal, no limit dans les moyens. Mais une politique de formation ne se réduit pas à ça. La matière première, ce sont les joueurs, or le Qatar est un tout petit pays. (2,6 millions d’habitants estimés en 2017, N.D.L.R.)

Il y a très peu de joueurs étrangers naturalisés comme ce fut le cas avec l’équipe nationale de handball. Ça reste un tour de force d’avoir formé une équipe du Qatar si compétitive – dont certains ont été champions d’Asie U19 en 2014, puis champions d’Asie cette année –, non ?
La plupart sont des fils d’immigrés, d’origine soudanaise par exemple. Et ne seraient pas qataris s’ils ne jouaient pas au foot, car le passeport est donné au compte-gouttes. Moi, au club, j’avais beaucoup de jeunes joueurs non qataris pour qui le Graal était de jouer en équipe nationale U23 afin d’obtenir le passeport qatari.

Vous avez dit tout à l’heure qu’il y a eu trois jours de fête nationale après le sacre en Coupe d’Asie. Ça ressemble à quoi, la fête nationale au Qatar ?
Le soir, il ne faut pas sortir parce qu’ils sont tous avec des drapeaux sur les voitures. Ça klaxonne de partout... Ceux qui font la fête sont les Qataris et tous ceux qui se sentent qataris : des gens du Bangladesh, d’Inde, qui sont contents de travailler au Qatar parce qu’ils ont de meilleures conditions que dans leur pays natal. Je ne parle pas des travailleurs de chantier, là.

Justement, on a lu beaucoup d’articles sur les morts dans les chantiers des stades du Mondial 2022. Vous avez vu cette réalité de près ?
Non. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de morts sur les chantiers, mais je n’ai pas de donnée là-dessus.


En dehors du football, ça vous plaisait de vivre au Qatar ?
« Les conditions de vie, c’était une villa avec piscine, plage... Mais moi, je suis allé au Qatar pour le football. »
Non, pas du tout. Les conditions de vie, c’était une villa avec piscine, plage... Mais moi, je suis allé au Qatar pour le football. Ce qui est appréciable, c’est le salaire garanti à heure fixe. Il n’y a jamais de retard, contrairement à beaucoup de régions du monde.

Donc vous n’avez pas passé beaucoup de temps à la piscine ?
Bah si ! L’entraînement, c’est en fin de journée. Au Qatar, il n’est pas question de faire deux entraînements par jour au vu des conditions climatiques.

À Doha, vous avez vu une société cloisonnée entre les riches d’une part et les travailleurs immigrés de l’autre ?
« Doha, c’est une ville fantôme. Les très riches, on ne les voit pas beaucoup. »
Doha, c’est une ville fantôme. Les très riches, on ne les voit pas beaucoup. Enfin, si, on voit les villas. Le cadre de vie, c’est incroyable. C’est une ville nouvelle où tout est artificiel : les plages, la marina... D’habitude, les constructions suivent la demande, là, les constructions précèdent la demande, si demande il y a... Pour revenir au sujet de la société qatarie, dans la rue, on croise beaucoup d’Occidentaux. Après, il y a le personnel, qui est aussi en nombre. Et tout le monde cohabite dans une situation sécuritaire exceptionnelle. Vous pouvez laisser votre voiture ouverte sans problème, les femmes se promènent la nuit... C’est le pays le plus sécuritaire.

Il y a des policiers à tous les coins de rue ?
Non, on ne les voit pas. Tout est contrôlé sous surveillance vidéo... Mais après la Coupe du monde, qui est une vaste opération de com’ pour le Qatar, je me demande sur quoi tout ça va aboutir. C’est artificiel encore une fois... Je ne vois pas de perspectives.

Le futur Ras Abu Aboud Stadium accueillera un quart de finale du Mondial 2022.


Pour conclure, où et dans quel rôle est-ce que vous vous voyez travailler dans les prochaines années ?
Aujourd’hui, le rôle de l’entraîneur est considérablement réduit par rapport à ce que j’ai connu. À Lorient, je m’occupais de l’entraînement, du recrutement, de la formation... Et maintenant, on a des équipes qui vont reprendre l’entraînement alors qu’elles n’ont pas encore de coach ; ça ne m’intéresse pas et je n’intéresse pas les clubs. Je vais probablement m’engager dans un projet de formation au Sénégal en tant que bénévole à partir du mois de juillet – tant que ce n’est pas fait, je préfère rester vague, et j’insiste sur le fait que je serai bénévole – où je vais essayer d’apporter mon expérience pour former les éducateurs. Moi, j’ai 64 ans, donc à un moment donné... (Rires.) Ça se terminera. Propos recueillis par Florian Lefèvre À lire dans le SO FOOT #167 en kiosques : le reportage au Qatar pour comprendre comment le petit pays du Golfe se donne les moyens de réussir sa Coupe du monde 2022 sur le terrain.