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Chômage partiel ou congés payés, il faut trancher

Au ralenti depuis deux semaines, les clubs français ont réagi comme ils le pouvaient pour éviter le marasme financier qui leur pend au bout du nez. Deux solutions se sont offertes à eux, le chômage partiel ou les congés payés. Dans un souci d'équité en cas de reprise des championnats cet été, l'UNFP a réclamé une harmonisation des décisions. Sauf que dans le même temps, les gros clubs ont essayé de régler la situation en la jouant solo, obligeant enfin la LFP à remettre de l'ordre dans ce chaos.

Le jeudi 12 mars, pour faire face à la crise économique du coronavirus, Emmanuel Macron annonçait notamment un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel pour tous les salariés contraints à rester chez eux. Particulièrement touchés, les secteurs du tourisme, de la restauration et de l'événementiel ont été les premiers à user du chômage partiel. Cinq jours plus tard, dans sa seconde allocution, le président de la République décidait de mettre enfin la France sous une cloche, accentuant l’idée que les clubs de foot ne pourraient officiellement plus y échapper. « Ce n’est jamais facile de mettre tout le personnel au chômage technique, mais on l'a fait assez rapidement, car on ne savait pas comment la situation allait évoluer, et je pense qu’on a bien fait, détaille Louis Mulazzi, président délégué du SC Amiens. On vient d’apprendre qu’il y aura des modifications en matière de congés, mais on a voulu éviter ce levier dans un premier temps. »

Le chômage partiel, une fausse bonne idée ?


Le mercredi 18 mars, Amiens était le premier club de Ligue 1 à mettre ses salariés en activité partielle, sans que le Covid-19 ne demande son avis au président Bernard Joannin. « Tout le club, que ce soient les joueurs, le service administratif ou les éducateurs, tout le personnel est en chômage partiel. Aujourd’hui, c’est le virus qui commande, on ne sait pas quand on pourra reprendre » , expliquait-il à RMC Sport.
« Sans aides de l'État, d'ici six mois, c'est la moitié des clubs pros qui dépose le bilan. Les cinq grands championnats européens ont déjà perdu quatre milliards d'euros, le championnat français entre 500 à 600 millions. » Alain Caïazzo, président de l'ASSE et du syndicat Première Ligue
La personnification est telle que les Picards ont été imités au compte-gouttes par l’OL, l’OM, Nîmes, Montpellier, Reims, Bordeaux, Nice, Brest, Metz, Angers, Dijon et de très nombreux clubs de Ligue 2, tous désireux de profiter de l'aide de l'État même si elle s'avère marginale. Pour rappel, en cas de chômage partiel, un salarié est rémunéré à hauteur de 84% de son salaire net, exceptionnellement remboursé par l’État dans la limite de 4,5 Smic. De fait, pour les joueurs qui touchent plus de 5 485 euros par mois, ce qui est le cas de bon nombre d'entre eux, la différence est à la charge des clubs.


Au regard des pertes annoncées, et comparé à d'autres entreprises françaises, ce mécanisme d'activité partielle ne représente finalement pas grand-chose. Pourtant, cette solution a le mérite d'exister, poussant les clubs à l'utiliser comme seul moyen de protection. « Malheureusement, on ne peut pas faire autrement. Il n'y a pas de rentrée financière, donc pas de trésorerie. À la fin du mois de mars, il faudra payer tout le monde » , se désolait Laurent Nicollin dans les colonnes de Midi Libre. Même son de cloche une semaine plus tard sur France Bleu Loire, où Bernard Caïazzo s'est montré encore plus alarmiste : « Sans aides de l'État, d'ici six mois, c'est la moitié des clubs pros qui dépose le bilan. Les cinq grands championnats européens ont déjà perdu quatre milliards d'euros, le championnat français entre 500 à 600 millions. Il n'y a pas beaucoup de footballeurs qui gagnent 6 000 euros. Derrière, ce sont les clubs qui vont devoir payer. Et actuellement, ils n'ont plus de recettes. »

Le réveil (tardif) de l'UNFP


Plus de recettes, et encore moins la recette magique pour y remédier, voilà la situation dans laquelle se trouvent les clubs de l'Hexagone. La masse salariale représentant en moyenne 60% de leur budget, pas étonnant qu'ils aient rapidement enclenché le levier du chômage partiel.
« Quand je vois qu'il y a des clubs qui ont choisi le chômage partiel et d'autres les congés, ça ne va pas. Les joueurs qui sont en congés risquent d'être athlétiquement moins en forme que les autres. » Philippe Piat, coprésident de l'UNFP
D'autres clubs comme Toulouse, Brest, Le Mans, Nancy ou Chambly ont d'abord opté pour les congés payés, entièrement à leur charge et pas éternellement reconductibles. « Dans un premier temps, on ne savait pas trop où on allait, donc on avait opté pour une première semaine de congés payés » , rembobine Thierry Gómez, président du Mans, où seulement quelques éléments touchent plus de 4,5 Smic. On espérait reprendre derrière, mais on a bien vu que c’était parti pour plusieurs semaines. Donc à partir de ce lundi, tout le monde est revenu au chômage partiel jusqu’à la fin du confinement. » Une décision loin d'être inédite puisque tous les joueurs de L1 et L2 devraient passer au chômage partiel d'ici peu. Pourtant, une dernière issue s'offre à eux, celle de demander à leurs joueurs de baisser leur salaire. Mais si certains clubs européens comme le Barça ou Anderlecht l'ont fait, et que les joueurs et joueuses de Montpellier ont proposé de combler le manque à gagner de certains salariés, cette solution ne semble pas encore envisagée.

Vincent Labrune, Philippe Piat, Alain Caïazzo


De son côté, l'UNFP a attendu près d'une semaine pour se réveiller, et inciter les joueurs à prendre une partie de leurs congés payés pendant la période de confinement, avant de songer au chômage partiel. « Le coup est mal parti, mais il serait bien d'adopter des mesures collégiales et une ligne de conduite commune à partir de différents scénarios, réclamait le coprésident de l'UNFP, Philippe Piat, dans L'Équipe. Quand je vois qu'il y a des clubs qui ont choisi le chômage partiel et d'autres les congés, ça ne va pas. Les joueurs qui sont en congés risquent d'être athlétiquement moins en forme que les autres. » Une prise de position dans la droite lignée de celle du Parlement, qui a adopté ce week-end un projet de loi permettant aux employeurs d'imposer six jours de congés payés à leurs salariés confinés. « L'UNFP souhaite, avec cette préconisation, ne pas faire peser davantage de pression financière sur l'État pour cette courte période, en évitant d'allouer aux joueurs des ressources qui doivent être, en période de crise, prioritairement fléchées vers d'autres endroits. »

Corona ou pas, chacun pour soi


Problème, après une semaine sans consigne de la part des instances, chaque club a pris ses dispositions pour éviter de perdre un maximum de ronds.
« Cette crise prouve l’absurdité d’avoir un collège Ligue 1 et un collège Ligue 2, l’absurdité d’avoir deux syndicats : Première Ligue et UCPF.   » Thierry Gómez, président du Mans FC.
Surtout, les présidents de L1 et L2 n'envisagent pas nécessairement les choses de la même manière, ce que confirmait à L'Équipe ce lundi Claude Michy, le président de l'UCPF, syndicat regroupant essentiellement les clubs de L2 : « J'ai parlé, hier, avec Philippe Piat. C'est son rôle de défendre ses adhérents. Les choses sont en train de s'organiser. Mais chaque club n'a pas la même approche, la même trésorerie... Et toutes les hypothèses d'aujourd'hui ne seront pas forcément celles que l'on appliquera finalement. De toute façon, la situation nous imposera de trouver des solutions acceptables par tout le monde. » Pour l'heure, la solution la plus acceptable est celle vers laquelle les clubs de L1 et L2 tendent tous : le chômage partiel. Une aide financière marginale qui permet malgré tout d'attendre gentiment que la situation sanitaire se décante, avant de laisser les championnats reprendre.


En attendant, les dirigeants du football français tentent de reprendre le contrôle de la situation. Ce vendredi, en accord avec Didier Quillot, un comité de pilotage a été mis sur pied à l'initiative de Première Ligue (le syndicat des joueurs de Ligue 1 présidé par Caïazzo), et soutenu par les gros bras du football français : Noël Le Graët, Jean-Michel Aulas, Nasser Al-Khelaïfi, Jacques-Henri Eyraud, et Claude Michy. Objectif, faire avancer les débats. Mais ce groupe de travail - qui n'a statutairement aucune existence - a fait grincer des dents ceux qui n'étaient pas conviés. « Cette crise prouve l’absurdité d’avoir un collège Ligue 1 et un collège Ligue 2, l’absurdité d’avoir deux syndicats : Première Ligue et UCPF, constate Thierry Gómez avant de pointer du doigt le manque d'entraide au niveau national. Maintenant, il faut faire comprendre à certains qu'on doit avoir une vraie réflexion sur notre activité, la solidarité et la dimension collective entre tous les clubs. »

Le président manceau a semble-t-il été écouté puisque L'Équipe relate que Nathalie Boy de la Tour a initié ce lundi une réunion avec le bureau élargi de la LFP, renforcé par les présidents et vice-présidents des collèges de L1 et de L2, coupant court au comité élaboré dans son dos tout en reprenant la main sur les prérogatives collectives à venir. Pour cela, deux axes de réflexion ont été jugés prioritaires : échafauder un plan d'actions en fonction des différents scénarios de reprise possibles, et trouver des solutions concernant la trésorerie des clubs. Sur ce dernier point, tout le monde semble avoir concédé qu'une position commune sur les salaires des joueurs devait enfin être prise. Emmanuel Macron peut être fier de lui, les instances du foot français ont reproduit à la perfection son mode d'action face au coronavirus, la tergiversation plutôt que l'anticipation.



Par Maxime Renaudet Propos de Louis Mulazzi et Thierry Gómez recueillis par MR.
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