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Čech, la crème en Breizh

Alors qu'il a déjà annoncé la fin de sa carrière au printemps, Petr Čech revient jeudi soir à Rennes, où il se sera révélé au public français au début des années 2000 avant de filer remplir son armoire à trophées du côté de Chelsea. Récit d'un coup de foudre.

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La photographie de l’été 2002, d’abord : Petr Čech n’est qu’un murmure, un type dont le nom se souffle aux oreilles d’un cercle restreint et qui aime les pulls à col cheminée. Il n’a que vingt ans, c’est le mois de juillet, mais il faut l’imaginer face à un labyrinthe à deux issues : d’un côté l’Allemagne, de l’autre la France. Que faire ?
« Je parlais déjà allemand, donc la Bundesliga, ça aurait été plus simple pour moi. Mais Rennes a proposé la meilleure offre au Sparta, donc je suis parti de zéro, dans un pays où je ne connaissais personne et où je ne comprenais pas un mot. » Petr Čech
«  Je parlais déjà allemand, donc la Bundesliga, ça aurait été plus simple pour moi, dépliait Čech dans un entretien donné à So Foot en août 2017. Mais Rennes a proposé la meilleure offre au Sparta, donc je suis parti de zéro, dans un pays où je ne connaissais personne et où je ne comprenais pas un mot. » Pour le gardien tchèque, c’est de la routine, une haie de plus à avaler : après avoir rapidement laissé de côté son rêve de devenir le nouvel Dominik Hašek, Petr Čech veut tracer sa route et dessiner son style. Pour ça, il lui faut quitter Prague et surfer sur un titre de champion d’Europe espoirs décroché un peu plus de deux mois avant de s’installer en Bretagne. Ce titre, Čech l’a gagné en Suisse et en grand, finissant le tournoi avec l’étiquette de meilleur joueur et un tir au but de Julien Escudé détourné en finale face aux Bleus de Raymond Domenech. Mais pourquoi Rennes ? Par un « effet d’opportunité » , selon Jean-François Creac’h Cadec, l’ancien directeur des affaires sportives du club, qui poursuit : « Cet été-là, Pierre Dréossi n’avait pas eu le temps de s’occuper du recrutement, il avait d’autres chantiers... Il avait confié ça au recruteur Michel Rablat. Il y a eu des investissements sur quatre joueurs : Andrés Fleurquín, Gabriel Loeschbor, Georgi Ivanov et Čech. Il est arrivé alors que la cellule de recrutement n’existait pas. Ça peut ressembler à l’arrivée de Lenjani en 2014 : il a été bon contre la France avec l’Albanie, et le club a décidé de le faire. » À un détail près : en trois saisons à Rennes, Ermir Lenjani n’a disputé que neuf matchs.


Le gros lot et les Colocataires


Du Stade rennais, Petr Čech, lui, est reparti au bout d’une haie d’honneur et soixante-dix-huit copies plus propres les unes que les autres. « Lorsqu’il est arrivé, on ne connaissait rien de lui, replace Éric Durand, arrivé au Stade rennais en 2001 après quatre saisons passées à Bastia.
« Notre prof de français découpait des photos dans des magazines, de la nourriture notamment, des saucissons, des légumes... Je faisais le vendeur et ma femme, la cliente. C’était super drôle à faire. » Petr Čech
On savait juste qu’il venait de remporter l’Euro contre la France, Julien Escudé nous en avait parlé, mais c’est tout. Moi, j’étais dans la dernière année de ma carrière, j’avais 37 ans et j’ai vu arriver ce gardien au style complètement différent. » Entraîneur des gardiens rennais à l’époque, Pierrick Hiard comprend rapidement que le club vient de « toucher le gros lot » : « Il n’a pas fallu trente-six entraînements. En une semaine, on avait compris et, en plus de ses qualités, Petr était un garçon très attachant, très intelligent, qui ne demandait qu’à progresser. Il avait tout. Il en demandait toujours un peu plus et, à la fin des séances, il ramassait le matériel sans dire un mot. »


Dans le milieu, Petr Čech est un mec à part : un concentré d’humilité, de talent et d’intelligence. « Quand tu arrives dans un nouveau club et que tu es étranger, tu dois être meilleur que le joueur local, sinon, c’est fini, explique-t-il. La carrière de certains joueurs s’est arrêtée car ils ne voulaient pas apprendre une nouvelle langue, mais si tu ne comprends pas ce qu’on te dit, ça affecte forcément tes performances. C’est le seul moyen de réussir. » Lorsqu’il pose ses valises à Rennes, le natif de Plzeň est pourtant dans l’urgence : la Ligue 1 reprend une semaine plus tard, le Stade rennais a rendez-vous à Montpellier, où les Bretons s’inclineront en fin de match sur un penalty de Franck Silvestre (1-0). La première saison française du portier tchèque est une galère, mais il bosse et apprend vite : « Au bout d’un mois, je connaissais tout du fonctionnement du club et je comprenais le français, tout était lancé. » Le tout grâce à des cours quotidiens pris avec sa femme, Martina, et des exercices spéciaux. « On faisait des jeux de rôle, se marre Čech. Notre prof découpait des photos dans des magazines, de la nourriture notamment, des saucissons, des légumes... Je faisais le vendeur et ma femme, la cliente. C’était super drôle à faire. On a aussi pas mal appris en regardant la télé. Moi, je regardais pas mal Friends par exemple, ou le rugby avant les matchs. Je m’amusais à comprendre les stratégies. Ma femme, elle, adorait Les Colocataires. »


« Va plus haut ! Va plus haut ! »


La maîtrise de la langue est clé dans le fonctionnement de Petr Čech qui, lors de ses années à Chelsea, avait appris l’espagnol pour pouvoir communiquer sur le terrain avec Asier del Horno. Au printemps 2003, l’international tchèque flippe un peu : alors qu’on lui a vendu une bataille pour l’Europe, le Stade rennais a sauvé sa peau sur le fil, a connu deux entraîneurs dans la même saison (Bergeroo, Halilhodžić) et le portier souhaite du changement dans son quotidien.
« La force de Petr, c’est qu’il ne voulait pas s’enfermer dans son style. Il adorait le travail et manquait un peu d’explosivité au départ. Lui, il était surtout dans l’opposition avec son corps, dans la gestion des angles, alors que nous, on allait davantage dans les pieds des attaquants. » Eric Durand
S’il a convaincu dans le but breton, Čech garde aussi en tête ce qu’il considère alors comme le « pire moment de sa carrière » : une sortie aérienne foirée devant Djibril Cissé en demi-finale de la Coupe de France à Auxerre (2-1) qui aura coûté la qualification aux Rennais. «  La force de Petr, c’est qu’il ne voulait pas s’enfermer dans son style, poursuit Durand. Il adorait le travail et manquait un peu d’explosivité au départ. Lui, il était surtout dans l’opposition avec son corps, dans la gestion des angles, alors que nous, on allait davantage dans les pieds des attaquants. Puis, il m’a vu travailler avec Christophe et ça l’intriguait. Jusqu’à la rencontre... »


Au coup de foudre, plus précisément : celui entre un élève et un professeur, entre Petr Čech et Christophe Lollichon, alors en charge des gardiens du centre de formation. Čech raconte : « Un jour, je vais chercher ma voiture sur le parking et je vois Christophe. Il me dit : "Pourquoi tu joues aussi bas ?" Je le regarde et je ne comprends pas trop. Moi, j’avais joué assez bas toute ma vie. Il me donne deux-trois conseils et quelques semaines plus tard, j’ai proposé que Christophe devienne l’entraîneur des gardiens au nouvel entraîneur, Lázlò Bölöni. Derrière, on est partis en stage quinze jours à Carnac. Au bout de trois jours, je me suis demandé ce que j’avais fait. Il était fou. Lors du premier match amical, il avait collé des élastos sur la pelouse, en prolongement des lignes de la surface et hurlait derrière le but : "Va plus haut ! Va plus haut !" Il ne me laissait pas une seconde pour souffler. Puis, il y a eu un ballon en profondeur, je suis sorti et j’avais de l’avance. Et j’ai compris ce qu’il voulait. » Ensemble, les deux hommes cherchent à trouver la perfection et partiront ensuite ensemble à Chelsea. La Premier League était le rêve de Čech, son départ à l’été 2004 était inéluctable. Avant ça, le Tchèque aura pris le temps d’avaler la région avec son épouse. Après ça, il n’a jamais oublié le Stade rennais, qu’il s’apprête à retrouver jeudi soir avant de ranger ses gants en fin de saison : un club à qui il a conseillé il y a un peu moins de deux ans un certain Tomáš Koubek. L’énième clin d’œil de retrouvailles qui s’annoncent chargées.

Par Maxime Brigand Propos de Petr Čech et Eric Durand recueillis par MB et RB, ceux de Pierrick Hiard tirés de TVR et ceux de Jean-François Creac'h Cadec du Télégramme.