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« Ça me ferait plaisir qu'ils nous offrent un Knysna espagnol »

Hier soir, les supporters chiliens de la capitale se sont regroupés dans un bar du XIe arrondissement pour célébrer l'élimination de l'Espagne. Entre guacamole, tortillas et mojitos, retour sur une soirée d'anthologie, qui a vu la Rojita prendre sa revanche sur la Roja dans une ambiance de fin de règne.

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Six minutes de temps additionnel, ça se savoure. Cruellement. Regroupés comme un seul homme, les Chiliens ont dégusté la fin du règne espagnol comme une tortilla au guacamole. « Espana, Espana, andate a la Chucha » , hurle la foule suintante et compacte, avant d'exploser d'une joie puissante et unanime au coup de sifflet final. « Ce soir, je suis un homme heureux  » , peine à articuler Rogelio au milieu du vacarme, ballotté par les sauts hystériques de ses voisins. « Éliminer le champion du monde, forcément, c'est un sentiment très spécial. On a fait un match de fous ! Surtout, on a pris notre revanche de 2010. Pour les Espagnols, c'est l'humiliation ! » . À ses côtés, Mario, 25 ans, originaire de Talca, se veut optimiste pour la suite : « Le Chili a une génération dorée, avec Sánchez, Vidal, Valdivia… C'est à nous de monter. L'Espagne a déjà connu l'apogée, il est temps maintenant d'entamer la chute. »

« Les Espagnols sont fébriles »

Deux heures avant la consécration, l'ambiance était déjà électrique à El Urbano, un bar sud-américain du 11e arrondissement de Paris. Occupé à servir triple ration de mojitos derrière son comptoir, Gérard savoure l'affluence et l'atmosphère : « La Coupe du monde, c'est que du bonheur » . Ce supporter chilien a ouvert l'endroit il y a quatre semaines, pour partager la compétition avec un savoir-faire tout latino. Exit les chaînes télé, ce soir ce sont les fans endiablés qui commentent le match grâce à deux micros. « L'avantage, c'est que c'est beaucoup plus vivant. Dans le feu de l'action, le supporter ne cherche pas à être équitable ou impartial, il transmet seulement son énergie  » , expliquent David et Gildas, à l'origine de l'initiative. Illustration lors de la présentation des équipes, qui met en scène « le super goal Iker Casillas » , dont la méforme réjouit l'assemblée. « Je pense que l'Espagne n'est pas encore rentrée dans le Mondial et est encore sous le choc du premier match, cela peut nous donner un avantage  » , prophétise Rogelio.

Les premières secondes de jeu confirment son intuition et transforment El Urbano en volcan. Arturo Vidal efface trois joueurs avant de servir Vargas en retrait, tout près de marquer. Le bar se lève comme un seul homme, tandis qu'un supporter décroche pratiquement la lampe du plafond sur un mouvement maladroit. Dans la foulée, une tête juste à côté de Jara hérisse la foule prête à s'enflammer. « Les Espagnols sont fébriles ! Viva Chile ! » , hurle une voix anonyme. Sous les encouragements, les minutes défilent dans une tension maximale, à mesure que les débats s'équilibrent. « J'ai l'impression qu'ils n'ont pas confiance en leur équipe, dès que les Espagnols approchent à moins de 40 mètres des buts, ils commencent à gueuler » , analyse Nathanaël, interdit devant la ferveur chilienne. Son pote Raphaël est plus ambiancé : « Sergio Ramos est une quiche. J'espère qu'ils vont gagner, ça me ferait plaisir qu'ils nous offrent un Knysna espagnol. »

« Alexis Sánchez, c'est une bombe atomique  »

À peine le temps de commander un verre que son vœu est exaucé : le Chili ouvre la marque dans une ambiance hystérique, parcourue de passion et de moiteur. À l'intérieur, la température atteint des sommets, forçant Arnaud à aller humer l'air du dehors. « Le supporter chilien est bruyant et très festif. Déjà, la semaine dernière contre l'Australie, c'était pas mal » , explique-t-il en reprenant son souffle, tandis que des passants affolés tentent de voir le score par la fenêtre. « 1-0 pour le Chili ? Incroyable !  » . Autant de commentaires qui semblent énerver Carmen, grimée aux couleurs de l'Espagne : « Ça va, la France peut pas se vanter non plus. C'est la fin de cycle. J'espère quand même un sursaut d'orgueil avant la mi-temps.  » En guise de réponse, une seconde explosion : Aránguiz vient de marquer sur une nouvelle erreur de Casillas. 2-0 pour le Chili. La paella est consommée.

Le reste de la seconde période ne sera qu'une lente et longue agonie pour les Ibériques, rythmée par les encouragements d'un public transi. Chaque tacle défensif, chaque arrêt du gardien, est célébré comme si le Chili avait marqué. « Il peut suffire d'un but pour nous déstabiliser  » , tempère Rogelio, avant de hurler sa joie quand Busquets rate l'immanquable. Accoudée au bar, Suzanna semble profiter de l'instant : « Depuis hier, je dis que le Chili va gagner 2-1 mais tout le monde se moque de moi. Notre équipe est très bien, ils ont progressé par rapport au dernier Mondial. On n'est pas tombés dans un groupe facile mais ils peuvent aller loin » . Sur la pointe des pieds, elle est à deux doigts d'assister au troisième but sur une volée d'Isla, finalement trop enlevée. Pas grave, il reste les dribbles de l'étincelant Alexis Sánchez pour se régaler. « Pour moi, c'est l'homme du match, c'est une bombe atomique ! » , rugit Rogelio.


« Un exploit historique »

La déconfiture de l'Espagne s'achève vers 23h sous les vivats et les « Chi-Chi-Chi, Le-Le-Le, Viva Chile !! » David et Boris, deux Français qui ont vécu au pays, exultent : « c'est un exploit historique pour la nation, c'est la plus belle victoire de ma vie. La qualification pour la Coupe du monde avait déjà été bien fêtée, mais là, c'est un tout autre niveau » . Il ne reste maintenant plus qu'une seule Roja en lice. Impressionné par le niveau des Sud-Américains, Raphaël annonce : « Le Chili peut être la surprise de cette Coupe du monde, au même titre que la Corée du Sud en 2002 ou l'Uruguay en 2010. » Pour les pronostics, il faut cependant se tourner vers Suzanna, que tout le monde écoute maintenant : « On a éliminé le champion du monde mais il ne faut pas s'enflammer, on a d'autres bêtes noires comme le Brésil. Il faut qu'on termine premiers de notre groupe pour les éviter. Si tout se passe bien, on peut rêver des demi-finales, comme en 1962  » . Avant de confirmer tout sourire un vieil adage, que les Espagnols peuvent méditer : « Un Chilien n'oublie jamais. »



Par Christophe Gleizes, dans le XIe
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