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C'était le vrai Brésil du vrai Ronaldo...

Il y a eu un avant et un après-Pelé. Il y a aussi eu un avant et un après-Ronaldo. Icône du joga bonito et pionnier du foot-business, R9 a révolutionné son sport et marqué de façon indélébile un Brésil plus que jamais orphelin de ses buts et de ses grandes dents. Saudade.

Le 31 octobre 2015, à Twickenham, les All Blacks deviennent la dernière sélection sportive mythique de la planète en soulevant pour la deuxième fois de suite la Coupe du monde de rugby. Les Blacks, leur haka, leurs maoris, leur fougère d’argent et leur complet nuit ont éclipsé, pour de bon, la Dream Team américaine de basket, mais aussi l’Auriverde brésilienne au panthéon des sélections de légende. Si le succès néo-zélandais ne souffre aucune contestation possible, la bande à Dan Carter a surtout remporté la bataille contre la nostalgie, en écrivant une nouvelle page de sa légende, sans se départir de son style et de ses valeurs inimitables. Longtemps considérées, dans l’inconscient collectif, comme les références universelles de leurs disciplines respectives, la Nouvelle-Zélande, au contraire de la Dream Team et de l’Auriverde, est désormais la seule sélection au monde qui peut se targuer, aujourd’hui, d’avoir feinté le fameux « c’était mieux avant » . La sélection américaine de basket ne peut pas en dire autant. Malgré ses nombreuses médailles d’or aux JO, aucune Dream Team n’a jamais égalé en matière de magie l’originelle, celle de 1992. Le pays du football, lui, a souvent gagné avec brio et toujours perdu avec romantisme. Mais ça, c’était avant. Avant que le 7-1 contre l’Allemagne, lors du dernier mondial disputé à domicile, vienne définitivement solder leur triste déclin.

« Si tous les cracks brésiliens jouaient au Brésil, notre championnat serait le All-Star Game du football. »
Carlos Alberto Parreira, sélectionneur du Brésil en 1994 et 2006
Jusqu’alors, la relation entre la Seleção et les (télé)spectateurs s’articulait toujours autour du concept de la joie d’offrir et du plaisir de recevoir. Un concept remplacé par de la nostalgie, des interrogations, des désillusions, voire de l’indifférence, mais aussi par des critiques saupoudrées de comparaisons odieuses avec d’illustres prédécesseurs appartenant à des générations plus dorées. Des maux contre lesquels est immunisé le pack de Dan Carter... Treize ans plus tôt, Dan Carter s’appelait Ronaldo Luis Nazario de Lima et il faisait triompher, à Yokohama, un Brésil plus souverain que jamais, fort de deux succès mondiaux en trois finales disputées (1994, 1998, 2002). La Seleção 2002, celle de la penta (le cinquième titre mondial), même si elle était loin d’être flamboyante dans son jeu, était encore une machine à fantasmes. Elle entretenait, surtout, les souvenirs du grand Brésil 1970 tricampeao, malgré un maillot jaune d’or devenu jonquille pisseux avec le temps.

Ronaldo, just do it


Son héros, Ronaldo, réparait, lui, une vieille frustration européenne née de l’amour immodéré du public pour le futebol arte. Le Roi Pelé n’était jamais venu jouer pour un club du Vieux Continent, Zico s’était perdu à l’Udinese et Romário n’avait brillé au Barça que deux saisons. Ronaldo, lui, était parfaitement européen, mais techniquement brésilien. Un alliage qui permet à l’hybride de devenir iconique sous les spotlights de l’Occident. Au PSV, d’abord, où il débarque à seulement 17 ans, avant d’aller au Barça et à l’Inter, puis au Real et à l'AC Milan, Ronaldo est véritablement le premier Brésilien à marquer, en direct, les rétines des spectateurs du Vieux Continent. Le joueur a aussi marqué le swoosh de Nike de son empreinte. À moins que ce ne soit le contraire ? Dans tous les cas, la firme américaine évalue au milieu des années 1990 tout le potentiel affectif et victorieux dont le football brésilien était constamment porteur. En s’engageant résolument dans le foot où il n’est qu’un acteur mineur, Nike capitalise habilement sa stratégie marketing sur l’image universelle de Ronaldo et de la Seleção, avec lesquels la virgule se lie durablement en 1996. Deux ans plus tard, Nike diffuse avec succès son fameux clip publicitaire des Brazileiros en folie dans un aéroport... Une révolution dans laquelle les Harlem Globetrotters du foot, Ronaldo, Roberto Carlos, Rivaldo, Romário, Denilson et les autres dribblent et jonglent au milieu des touristes avec les douaniers à leurs trousses. Un casting de stars exilées aux quatre coins de l’Europe qui laisse alors rêveur leur ancien sélectionneur, Carlos Alberto Parreira : « Si tous les cracks brésiliens jouaient au Brésil, notre championnat serait le All-Star Game du football. » Pas faux. Reste que Nike est à l’époque le vrai bénéficiaire de cette génération d’otaries, qu’elle met en scène dans la campagne Joga bonito.



Si le slogan effectif de joga bonito n’apparaît qu’au mondial 2006, ce concept publicitaire du « beau jeu » à la brésilienne remonte bien à 1998. Le tube 100 % tropical Mas que nada renvoie alors au foot de plage dansé et sensuel de Copacabana, mais pratiqué ici en plein aéroport, carrefour symbolique de destinations lointaines et sans frontière. Le clip, très rythmé, illustre à merveille la fameuse ginga brasileira, l’ADN de la capoeira et d’un Brésil éternel, faite de mouvements fantasques et chaloupés. Alors que le mirage black-blanc-beur point à l’horizon, Ronaldo et ses potes, tous métis et souriants, augurent une mondialisation heureuse, prospère et multiculturelle en mondovision. Car en 1998, le Brésil devient un pays émergent, avec tous les espoirs de développement et d’ouverture planétaire qui l’accompagnent. Depuis 1958, la Seleção avait déjà inversé l’aventure conquistador, en allant chercher de par le vaste monde l’Eldorado et la Toison d’or, soit ses quatre premières coupes du monde. Même si la France (et Adidas) l’emporte finalement le 12 juillet à Saint-Denis (3-0), c’est bel et bien Nike qui réussit, à l’époque, son opération marketing : avec son clip, l’équipementier américain ne vend pas de produits à proprement parler, mais une attitude que chacun aimerait adopter, imiter. Une coolitude, où les joueurs déconnent comme des mômes dans les aéroports, et entrent sur le terrain en se tenant tous par la main. Une sorte de Brazilian way of life qui a surtout permis à Ronaldo le cyborg de se réhumaniser: à la fin de la pub, celui qui avait pour habitude de ne jamais rater le cadre vendange un but et s’excuse, en montrant ses chicots écartés. Les impayables dents du bonheur.

Pirouettes et évangélistes


Sur le terrain, O Fenomeno est plutôt ce grand requin blanc impitoyable qui déchiquette les défenses adverses. Dans la vie réelle, son cynisme est aussi implacable que son flair devant le but puisqu'il s’impose très vite comme la première star marketing du foot-business. Bien avant Beckham. Naturellement doué, Ronaldo est programmé pour réussir dés l’âge de 14 ans, lorsque ses droits sont achetés 5 550 euros par les redoutables Martins et Pitta, deux agents porteurs d’un global management hyper lucratif qui leur vaut de toucher 10 à 15 % des revenus de leur poule aux œufs d’or... Pas étonnant donc que Ronaldo ait multiplié les changements de clubs. Des transferts dénués de tout sentiment et n’obéissant qu’aux impératifs du compte en banque du joueur et de ses cornacs. Une course aux dollars qui empêchera notamment R9 de soulever la Ligue des champions. Un détail. Comme le rôle central qu’il occupe dans les joyeux ballets du ballon chorégraphiés par Nike. Dans ces pubs, ses coéquipiers y accomplissent aussi des pirouettes, tel Denilson jonglant sur le tapis roulant. La copie conforme du concept de Dream Team US qui reposait sur la projection équitable de ses trois monstres sacrés : Magic Johnson, Air Jordan et Larry Bird. Pas de star au-dessus des autres. Ronaldo appartient à un groupe, à une équipe, à une famille.

Reste qu’en réalité, le buteur en série capitalise sur son image ultra-individualiste, telle cette pub pour Pirelli où il domine la baie de Rio, de dos, en Christ du Corcovado, bras écartés tout comme il célèbre ses buts. Il est affublé d’un maillot floqué RONALDO, frappé du numéro 9. Un chiffre fétiche qui représente sa griffe commerciale : R9 est ainsi la ligne de produits consacrée au Brésilien chez Nike et 9ine le nom de l’entreprise de marketing sportif fondée par Ronaldo lui-même. Comme le 10 de Maradona et le 14 de Cruyff. Ou même le 23 de Jordan, également figure universelle franchisée Nike d’un sport US où les noms floqués singularisent les stars. Ronaldo incarne ainsi, à la fin des années 2000, le virage néolibéral d’un nouveau Brésil, riche et fier de l’être, en rupture avec la morale antifric catholique. « Je fais du business depuis que j’ai l’âge de 15 ans » , proclamera cet enfant de la pub formaté à l’américaine au moment précis où déboulent dans son pays les évangélistes protestants venus des USA !


Du Fenomeno à Gronaldo


Mais il n’est pas de success -story hollywoodienne sans drames, ni rédemption. C’est même comme ça que naissent les légendes durables. En novembre 1999, Ronaldo est perdu pour le foot après que son genou droit s’est fracassé face à la Lazio. Crac de fin ! On parle alors de lui au passé. Cramé à 23 ans, il n’aura été qu’un phénomène passager. Suzy Fleury, l’ex-psy de la Seleção, fait alors passer des tests d’évaluation mentale au convalescent. Son verdict est sans appel : « Ronaldo a une grande stabilité émotionnelle sous la pression et une approche très positive des moments qu’il traverse. Dès que ses ennuis physiques auront disparu, il va sourire de nouveau, et redevenir cet emblème joyeux du football brésilien, avec la maturité en plus. » À l’époque, personne ne la croit. Même pas les sponsors du joueur : « Quand je me suis blessé gravement, beaucoup m’ont abandonné. Ils pensaient que je ne reviendrais jamais » , explique aujourd’hui Ronaldo, dont le come-back pour le mondial 2002 apparaissait à l’époque comme une chimère... Lorsqu’il revient pourtant de l’enfer, Ronaldo n’est plus le même. O Fenomeno est devenu Gronaldo. Avec son genou en vrac et ses bourrelets en trop, le Carioca est obligé de se réinventer en tant que joueur. L’ancien raider surpuissant lancé de loin devient dès lors renard des surfaces en réactivant ses exploits passés de surdoué du futsal qu’il jouait, à 12 ans, au Ramos Social. Ronaldo complète définitivement sa renaissance au mondial asiatique de 2002 où ses huit buts, dont deux en finale contre l’Allemagne (2-0), le propulsent à nouveau au zénith de la footosphère. Oublié le mystérieux malaise épileptique de 1998 qui plombe la Seleção au Stade de France et qui sert d’alibi commode à l’insuccès inattendu d’un Brésil favori d’office de toutes les coupes du monde.

« Quand je me suis blessé gravement, beaucoup de mes sponsors m’ont abandonné. Ils pensaient que je ne reviendrais jamais. » Ronaldo
Au moment du mondial 2002, le foot brésilien vit également un choc des générations symboliquement piquant : alors que le Roi Pelé promeut le Viagra, Ronaldo s’exhibe, lui, avec une toison pubienne sur le crâne, prouvant par-là que le Brésil est encore capable de bander et de faire bander. Car en 2002, le concept proche du futur joga bonito, c’est d’abord une Seleção spectaculaire qui se fond dans la constellation des trois R : Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho. Tous des Ballon d’or ou futurs tels. Huit ans plus tôt, Romário avait adoubé son héritier Ronaldo, malgré ses 17 ans et zéro minute de jeu aux États-Unis. En 2002, devenu l’aîné à son tour, Ronaldo transmet le témoin à « petit Ronaldo » , Ronaldinho. Ces deux-là, footballeurs YouTube par excellence, sont d’ailleurs à l’origine du concept de viralité appliquée au football, grâce à la démocratisation de l’ADSL. Très vite, un autre Ronaldo, Portugais celui-là, accapare une large part de la bande passante. C’est sans doute cette usurpation d’identité sacrilège qui vaut aujourd’hui à CR7 d’être moins aimé que Messi, lui aussi escamoteur impitoyable du Fenomeno.

L’avènement du joga mochito


Après le triomphe asiatique, le lauréat du Ballon d’or 2002 rejoint les Galactiques du Real où il connaît un déclin en pente douce ponctué de buts encore magnifiques, souvent servis par son pote Zizou. Leur duel en quarts du mondial 2006 scelle leurs adieux internationaux. C’est la fin d’une époque, mais le début officiel du joga bonito. Paradoxalement, c’est lors du mondial allemand que Nike choisit de lancer une campagne qui deviendra au fil des années un fardeau pour une Seleção orpheline de Ronaldo. La retraite internationale du deuxième meilleur buteur de l’histoire de l’Auriverde scelle la fin de la parenthèse enchantée actée plus tard sous forme d’autopsie au mondial brésilien. Petit à petit, le Brésil, incapable de trouver des héritiers dignes des Ballon d’or qui lui conféraient une aura quasi mystique, se vide de sa substance et de sa fantaisie au profit de l’exportation de joueurs calibrés pour les standards européens. Problème : en 2014, la crise sociale et la récession économique plombent le Brésil et font peser sur sa sélection une pression insoutenable. Tout se disloque alors au pays du futebol... Symbole d’une mondialisation désormais malheureuse, le traître Diego Costa opte pour la Roja et laisse son pays natal se démerder avec Fred, le sosie de Francis Perrin, à la pointe de l’attaque jaune et vert. Dur.

« Je fais du business depuis que j’ai l’âge de quinze ans. »
Ronaldo
Côté musique, ce n’est guère mieux. L’entraînant Mas que nada de 1998 a laissé place au fataliste Dar um Jeito ( « On va s’en sortir » ), l’hymne officiel défaitiste et prémonitoire d’une Coupe du monde tragique pour les locaux... Ronaldo, la machine à créer du bonheur, n’est plus là. La magie non plus, et les Brésiliens, pour conjurer le sort et retarder leur mise à mort, entonnent deux fois l’hymne national avant leurs matchs. RIP le joga bonito des aéroports, envolé depuis longtemps et remplacé par le pousse-ballon très peu technique d’une sélection dramatiquement moyenne. Et à la grande différence de 1998-2002, où Ronaldo était épaulé par le collectif, Neymar est l’âme souriante qui tente tout seul de donner vie à une Seleção triste, éparpillée, atomisée. Fini aussi l’époque où les Brazileiros entraient sur le terrain main dans la main. Thiago Silva chiale dans son coin, tel un capitaine déserteur. Imaginerait-on Cafu lâcher les siens du temps où il commandait l’Auriverde ? Évidemment que non. C’était une autre époque. Une époque où il ne fallait pas rajouter « le vrai » , « le gros » , ou « le Brésilien » quand il fallait mentionner Ronaldo. Une époque où O Fenomeno était au Brésil et au football ce que les plumes dans le cul sont toujours aux danseuses de samba : un accessoire indispensable.

Article paru initialement dans le SO FOOT 134 de février 2016.

Par Chérif Ghemmour Propos de Ronaldo recueillis par WP et JPS, ceux de Suzy Fleury tirés de L’Équipe Magazine et ceux de CAP tirés de la Gazzetta dello Sport.
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