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  1. // LIGUE 2 – 21E JOURNÉE (BREST/NANCY)

Brest, le bateau ivre

Ridicule l’an passé en Ligue 1, Brest n’est pas mieux à l’étage en dessous. Potentiellement 19e après la réception de Nancy ce vendredi, le SB29 traverse une crise énorme. Car en plus des mauvais résultats, les polémiques et même les faits divers pourrissent la vie d’un club qui a pourtant tout pour être tranquille.

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Le geste n’est pas vraiment assuré, mais les pintes se remplissent quand même. Derrière le comptoir du désormais célèbre Penalty Bar, Yvon Kermarec paye sa tournée de houblon aux quelques supporters présents. Un geste commun dans les club-houses des clubs amateurs, beaucoup moins chez une équipe de Ligue 2. Mais le président brestois n’avait pas vraiment le choix s’il voulait éteindre un feu qu’il avait lui-même allumé. Pour répondre aux supporters mécontents du prix des places pour le 32e de finale de la Coupe de France contre le PSG (de 25 à 65 euros !), Kermarec n’avait rien trouvé de mieux que de balancer : « Je voudrais avoir des supporters comme en Angleterre, où on soutient le club quand ça va mal. Là il s’agit d'une frange de supporters qui dépensent plus au Penalty Bar (établissement d’ailleurs partenaire du club, ndlr) que le coût de la place et viennent polluer l'équipe. On a besoin de leur soutien et celui des collectivités. » Classe.

Si l’anecdote fait sourire, elle n’est en fait qu’un résumé plutôt correct de la crise que traverse le club du Finistère : un problème d’hommes et de communication. Supporters, dirigeants et même joueurs entre eux, plus personne ne se comprend vraiment. Dans la lignée d’une saison 2012-2013 bouclée sur une série de onze défaites consécutives en L1, les résultats ne suivent plus. Même en Ligue 2. Même avec Alex Dupont de retour à la barre. 17e à égalité avec les deux premiers relégables (Laval et Châteauroux), avant-dernière équipe à domicile, le SB29 a la tête d’un club dont on ne sait pas vraiment jusqu’où il va dégringoler. « Je suis d’un naturel optimiste mais par rapport au jeu pratiqué, on ne peut pas dire qu’on soit dans les favoris pour se maintenir en Ligue 2 en fin de saison, souffle Pakito, ancien chef d’un groupe de supporters du club. Le jeu est pauvre. Franchement, on se fait chier. Déjà l’année dernière, on s’emmerdait et cette année, ce n’est pas mieux. On n’a franchement aucun plaisir à voir un match en ce moment. »

« Il y a des joueurs qui sont à bout  »

Parfois chambreur mais toujours bruyant, le kop brestois s’est tu petit à petit, rendant Francis-Le Blé bien triste. «  On voit bien que les supporters en ont ras-le-bol et c’est compréhensible parce qu’à domicile, avant le match de Lens (0-1), on ne produisait pas de jeu et on était moribonds, explique Nicolas Verdier, meilleur buteur du club avec 7 buts en championnat. Contre Lens, ils nous ont supportés tout le match et ça nous a vraiment fait du bien. » Mais malgré toute la bonne volonté des joueurs, le temps sera long avant de recoller les morceaux. « Les supporters ont perdu confiance en leurs dirigeants. Kermarec, c’est plus le pauvre bonhomme qui prend tout sur la gueule parce que c’est lui le président, estime Pakito, toujours actif au club. Il faut se mettre à la place du mec qui n’est pas à fond dans le foot mais qui donne une cotisation pour le Stade brestois, le plombier ou le charcutier du coin, à qui on dit qu’il passe son temps au bistrot du quartier et pas au stade. Bah oui, mais les gens n’ont pas envie de venir au stade car on se fout de leur gueule ! »

La tension entre tribunes et dirigeants est donc palpable. Mais en se penchant un peu sur les sphères purement sportives, l’ambiance est également loin d’un rade un soir de retour au port. Chez certains proches du club, les rumeurs de clans très marqués au sein du vestiaire se sont répandues. Fantasme de supporters déçus ou réalité ? Deux avis s’opposent. S’il assure que certains bruits lui paraissent « un peu gros » , notre ancien responsable d’un groupe de supporters explique : « Sur certains matchs, c’est tout juste si les mecs se regardent et se passent la balle. Tu te dis qu’il y a quand même un problème et Dupont a sa part de responsabilité. C’est flagrant sur le terrain, on voit qu’il y en a qui ne peuvent pas se blairer ! Il y a des joueurs qui sont à bout.  » Visiblement sincère, Nicolas Verdier assure pourtant le contraire : « Je ne pense pas qu’il y ait de clans dans le vestiaire. S’il y en a, je ne m’en suis pas aperçu. S’il y avait des clans, la situation serait encore pire. Sur le terrain, il y a quand même de la solidarité. »

Baston joueurs-éducateur en sortie de boîte


Si sur le terrain le groupe semble donc encore « tirer dans le même sens » , selon la formule consacrée, d’autres affaires jettent un froid et démontrent l’ambiance qui peut régner le long de la mer d’Iroise. En sortie de boîte, un éducateur des équipes de jeunes du club a été agressé. Un fait divers comme il en arrive après toutes les soirées alcoolisées, éducateur ou pas. Le hic, c’est que c’est un petit groupe de joueurs qui s’en est pris à cet homme. Selon nos informations, une enquête judiciaire a même été ouverte, sans qu’une suite n’ait pour le moment été donnée à cette histoire.

Des guerres d’ego, des clans, de la baston et de la passion, Brest en ce moment, c’est Dallas, les Stetsons et les ranchs en moins. Les Brestois se passeraient pourtant bien de tout ça, eux qui ont déjà payé au prix fort leurs excès lors de la relégation administrative de 1991, en D3 Ouest. « Si on tombe une deuxième fois, on est morts, c’est clair, souffle Pakito. Les gens sont marqués par 1991, même les jeunes savent ce qui s’est passé et ils disent que leur père chialait à ce moment-là. Alors récemment, on a tous peut-être été un peu euphoriques. Mais il y avait 20 ans de frustration. C’est comme quand tu retrouves une femme après six mois en mer, ça explose !  » Et en ce moment, à Brest, il en faut peut pour que tout s’embrase.

Par Axel Bougis
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