L'oeil de Tatane

30/07/2013

Jean-Marc de la compta ne rentre plus dans nos plans, Martine des RH ne sera pas avec nous à la rentrée, Christian du service technique doit partir maintenant”.
Et si la nouvelle mode aujourd’hui était à l’annonce du licenciement dans les medias avant la mise en place de la procédure. Le comportement des dirigeants de l'Olympique lyonnais avec leur attaquant Bafétimbi Gomis ces dernières semaines le laisse penser.

Successivement poussé vers la sortie par son entraîneur, son adjoint et par le Président, le joueur a également été privé de stage et de voyage aux Etats-Unis avec ses coéquipiers. Mis de côté aujourd’hui lors des matchs amicaux, Bafétimbi Gomis n’est plus sur la feuille de match.

Depuis toujours pourtant, le joueur de football professionnel est considéré comme un « salarié d’usine », pour utiliser une expression de Jacques Barthélémy. Il dispose d’un contrat de travail à durée déterminée d’usage et de fait, de la protection du Code du travail. L’annonce par un Président de son souhait de se « débarrasser» de son joueur peut alors être assimilée à l’annonce d’un licenciement avant la mise en place de la procédure. A ce sujet, la Cour de cassation a estimé que la procédure devait être considérée comme irrégulière (Cass. soc., 11 juill. 2007, no 06-40.225). Et déjà les commentaires se font entendre : “on va pas les plaindre ces riches de footballeurs”. Pourtant, tout l’enjeu est là. Si à leur niveau et alors que la moindre déclaration est médiatisée, les clubs employeurs ne semblent pas respecter le droit du travail, qu’en sera-t-il dans la PME de Jean-Marc, Martine et Christian? C’est parce qu’il s’agit de personnages publics que l’on doit respecter le droit du travail et montrer que la règle est la même pour tous. Aujourd’hui, Bafétimbi Gomis est victime de ce qui ressemble à un acharnement. Et pour cause, le footballeur moderne est davantage considéré aujourd’hui comme une marchandise plus que comme un travailleur.

De fait, son statut social est affaibli. Bafétimbi Gomis, en étant privé de stage avec ses coéquipiers, est tout simplement privé de travail (1). Il ne peut plus évoluer au sein du groupe professionnel et ne peut plus, en conséquence, exécuter son contrat. Dès lors que l’Olympique Lyonnais n’exécute pas son contrat, le salarié est en capacité de demander des dommages et intérêts ou de prendre acte de la rupture de son contrat de travail aux torts exclusifs de son employeur. L’affaire sera très vite enterrée et tout le monde souhaite à Bafétimbi Gomis de trouver un point de chute qui lui permettra de rugir à nouveau. Sans doute ce diffèrent se réglera dans les bureaux. Et pourtant, le chemin judiciaire aurait peut être permis de dénoncer, condamner ce genre de pratique et de montrer que le Code du travail s’applique sans exception à tout détenteur d’un contrat de travail : à Jean Marc, Martine, Christian et Bafétimbi.

Tatane

(1) L’article 507 de la Charte de football. Ce dernier énonce que :
« Les clubs doivent donner à leurs joueurs professionnels sous contrat les moyens de s’entraîner pour leur permettre d’atteindre ou de conserver un niveau de condition physique suffisant à la pratique du football professionnel en compétition. Dans l’hypothèse où un second groupe d’entraînement serait constitué, il doit être composé d’un minimum de 10 joueurs sous contrat professionnel, élite ou stagiaire pour les clubs de Ligue 1 et de 8 joueurs sous contrat professionnel, élite ou stagiaire pour les clubs de Ligue 2 ». (…)


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13 réactions sur 3 pages Précédent 1/3 Suivant ;
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  • Message posté par Jay-Jay (76) le 30/07/2013 à 21:09
      Note : 2 

    Vikash, ou la défense systématique du point de vue du footballeur. Et uniquement.

  • Message posté par 2yemklubapanam (5098) le 30/07/2013 à 21:29
      


  • Message posté par Steven (917) le 30/07/2013 à 21:30
      Note : 5  /

    J'me connecte pas souvent, mais là je le devais. L'analyse de Vikash est plutôt pertinente et bien menée. Il de défend pas le gentil salarié contre le méchant employeur, il dit le droit. Et le droit est (ou plutôt devrait être)le même pour tout le monde !

  • Message posté par El Putsch (2090) le 30/07/2013 à 22:01
      Note : - 1 

    Je n'avais pas lu que cet article venait de Vikash jusqu'à la fin, et n'ai donc pas été influencé.
    Je le trouve très pertinent, et c'est une belle analyse de la situation, et même plutôt originale dont la façon dont elle est traitée.

    Juste, je chipote, mais un "différend", lorsqu'il fait référence à un conflit entre deux personnes, s'écrit "différend". Avec un "d". (Le mec qui insiste bien alors qu'il a écrit dix fois le mot).

    Nice job en tout cas.

  • Message posté par Appelle-moi Jack !!! (5074) le 31/07/2013 à 00:46
      Note : - 1 

    J'aime pas trop les "écrits" de Vikash d'habitude, je les trouve un peu lourd et souvent basé sur le "moi"... Mais là, c'est clair, net, précis.

    C'est vrai que si le salarié millionnaire n'est plus protéger par le droit du travail, le salarié smicard a du souci à se faire dans les prochaines années !


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