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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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Un monde entre la Normandie et la Bretagne

Un monde entre la Normandie et la Bretagne
06/08/2019

Match box #2 : Caen - Lorient

Score : 1-2
Buts : J. Deminguet (1er de la saison) pour Caen ; Y. Wissa (2e de la saison) et P-Y. Hamel (1er de la saison) pour Lorient
Possession : 61 / 39

Hier soir, ce n'était pas seulement le premier match de la saison à d'Ornano : c'était aussi, et surtout, la première fois cette saison que le Stade Malherbe croisait un favori désigné à la montée en Ligue 1. Lors de la première journée, Lorient avait balayé le Paris FC (3-0) et se présentait donc en Normandie sûr de sa force et de la crédibilité de ses ambitions. Côté caennais, inutile de rappeler que le mercato n'est pas terminé, et que Rui Almeida, s'il a pu compter sur la présence de Casimir Ninga, ne dispose pas encore à l'heure actuelle de tout le matériel nécessaire en attaque. Oui, le SMC qu'on a vu hier soir ne possède pas encore sa forme finale. Oui, il faudra trouver mieux que Tchokounté et Moussaki si on espère vraiment jouer le premier quart du tableau. Oui, l'effectif du SMC sera plus fort à la fin août qu'il ne l'est aujourd'hui, à n'en pas douter.

Cela suffit-il à dédouaner les Caennais de la prestation qu'ils ont délivrée hier soir ? Assurément, non.

Il y avait un monde entre ce qu'ont proposé les deux formations hier soir, et tout particulièrement en première période. D'un côté, on avait donc les Merlus, qui n'avaient pas fait le voyage jusqu'en Normandie pour ouvrir les praires : pressing furibard sur la défense caennaise pour gêner la relance et attaques menées tambour battant pour parvenir jusqu'aux buts caennais avant que le SMC ne se drape dans son double rideau défensif. Les Caennais, quant à eux, se présentaient donc, sans surprise, dans ce schéma à cinq défenseurs si cher à Rui Almeida, composé d'Armougom à gauche, Gradit, Weber et Rivierez dans l'axe et de Gonçalves, utilisé dans un rôle de latéral droit pour ses qualités d'endurance et de rigueur défensive. Cinq mecs derrière et trois au milieu, et une volonté farouche de ne surtout pas presser au-delà de la ligne médiane, et de privilégier plutôt un replacement rapide. Lesquels de ces choix se sont avérés payants ?

Jugez plutôt. Suite à un coup franc offensif pour les Caennais, Cabot récupère le ballon à l'angle de sa surface, remonte le terrain jusqu'aux trente mètres adverses, poursuivi par Moussaki (qui a fait l'effort et qui n'a juste pas pu revenir, il n'est pas fautif sur ce coup), et couvert par Gradit et Sankoh, lesquels font le choix de ne pas se rabattre sur lui. Cabot a le temps de lever la tête et d'ajuster un bon ballon en profondeur pour Wissa, lequel a échappé à Jessy Deminguet, pas très vigilant sur ce coup, et profite d'une intervention ratée de Rivierez pour ouvrir le score. 0-1. Le deuxième but caennais est encore plus gênant à revoir : Ousmane Kanté hérite du ballon sur l'aile gauche, n'est attaqué ni par Gonçalves, ni par Sankoh, ni par Rivierez, lesquels sont tous à six ou sept mètres, quand il ajuste un centre dans la surface. La défense caennaise est en place, et pourtant, Gradit laisse filer Hamel sous ses yeux et sans moufter, Weber est pris dans le dos comme un bleu, et Hamel, pourtant seul Lorientais au milieu de l'arrière-garde caennaise, double la mise. 0-2.

Rui Almeida a une explication pour ses buts : ce sont deux "cadeaux" offerts aux Lorientais. Admettons. Les deux fois, deux Lorientais ont suffi à prendre complètement de court cinq ou six Caennais pourtant pas si mal placés au départ de l'action. Les deux buts ne seraient donc que la conséquence de maladresses individuelles ? Possible. On est également en droit de penser que, en se refusant à exercer le moindre pressing sur le porteur de balle, une telle animation défensive favorise des situations aussi dangereuses et des erreurs d'appréciation immédiatement pénalisées d'une action adverse. Dans tous les cas : à quoi ça sert d'être bien en place et en surnombre, si deux joueurs peuvent nous surprendre aussi simplement ?

La vérité, c'est que Lorient a, pendant la première période au moins, dominé le Stade Malherbe de la tête et des épaules sur le plan tactique. La tactique, ce n'est pas juste un schéma jeté sur le papier : ce sont aussi, et surtout, une animation, des consignes défensives et des principes de jeu visant à amener le ballon dans la surface adverse. Or, quelqu'un est-il en mesure de dire de quelle façon le SMC compte attaquer au cours cette saison ? Quand ils avaient le ballon (et ils l'ont beaucoup eu, 61% de possession), les Caennais l'ont fait tourner en défense et... bah, c'est tout. Les Lorientais ont eu l'intelligence de privilégier le pressing sur les latéraux, systématiquement attaqués par deux joueurs dès qu'ils héritaient du ballon et contraints à chaque fois de revenir vers leur charnière. Combien de fois, au cours de ce foutu match, on a vu le ballon passer d'Armougom à Gonçalves, sans que l'un ou l'autre puissent prendre l'aile ? Logique : le bloc lorientais coulissait très bien, et les Caennais ne faisaient pas circuler le ballon assez vite pour les prendre de vitesse. Autre problème : le jeu sans ballon est toujours aussi insuffisant côté caennais, on a trois joueurs dans l'entrejeu, mais pas du tout assez de mouvements et de disponibilité pour proposer des solutions de passes aux défenseurs qui, de fait, ne savent pas quoi faire du ballon. Or, Rui Almeida n'a jamais trouvé de solution à ces problèmes : les latéraux ont continué de se faire presser et à remettre le ballon en arrière, et l'entrejeu n'a jamais fait preuve de davantage de mobilité, et à un quart d'heure de la fin du match, alors que le score était de 0 à 2, on assistait encore à des séquences pénibles où quatre joueurs caennais se trouvaient concernés par le ballon, pendant que les six autres, de l'autre côté du terrain, marchaient et attendaient qu'un ballon parte comme une comète vers les avants-postes. Bref, tactiquement, Malherbe a pris une leçon. Et il n'a jamais trop su comment se sortir de l'ornière.

Parce qu'il est là, le vrai problème du Stade Malherbe : il ne sait pas quoi faire pour s'approcher des cages adverses. Déjà, en se refusant à presser, et d'autant plus contre des formations de Ligue 2 qui ne seront pour la plupart pas des monstres de technicité et de sérénité derrière, on renonce à récupérer le ballon dans les zones dangereuses du terrain. Et ça, en 2019, c'est tout de même assez étonnant. Comment les Caennais se sont-ils donc procuré des occasions ? Ils ont seulement profité de l'usure physique des Lorientais, et attendu que le pressing s'affaiblisse en seconde période, pour avoir enfin le temps et l'espace pour allonger le jeu avec un peu plus de justesse - comme lorsqu'Armougom, touché par Weber sur une passe de quarante mètres, dépose un centre sur Ninga, dont la reprise manque de puissance et de maîtrise. Autre solution pour attaquer ? Les coups de pied arrêtés, évidemment, comme sur cette longue touche de Gonçalves dans la surface qui permet à Tchokounté de servir Sankoh (pour une reprise trop écrasée), ou sur le coup franc parfaitement tiré par Deminguet (1-2). Alors oui, Caen aurait pu revenir au score, et s'est procuré autant, sinon plus d'occasions franches que les Lorientais (une tête non cadrée de Ninga, une reprise trop molle de Ninga, une frappe trop enlevée de Ninga, une reprise trop molle de Sankoh et le coup franc de Deminguet), mais n'a pas pour autant trouvé des clés collectives, ni des pistes faciles à reproduire, à travailler et à améliorer. Caen a seulement allongé le jeu parce qu'il ne sait pas se trouver de relais dans l'entrejeu, et multiplié les centres parce qu'il ne sait pas créer des espaces dans l'axe par la passe ou par le dribble. Bien sûr, nous ne jouerons pas souvent contre des formations du calibre de Lorient. Mais le problème d'attaquer comme Malherbe l'a fait contre les Merlus, c'est que, même à des formations plus faibles, mais tout aussi regroupées en défense, rien ne dit que nous trouverons davantage de clés qu'hier soir.

On a donc disputé deux matchs, on n'en a remporté aucun, et on a toujours aussi peu de certitudes sur la valeur de cette équipe. Ce n'est pas encore inquiétant, mais c'est déjà assez préoccupant pour qu'on s'interroge sur la pertinence de certains choix. Rendez-vous à Ajaccio.

Les tops :

Ninga : 6 sur 10 au challenge Livio Nabab. Il a su se procurer trois ou quatre occasions franches, par ses appels tranchants et répétés dans le dos de la défense lorientaise. Le problème, c'est que cette générosité révèle aussitôt son point faible : il manque cruellement d'efficacité dans le dernier geste.

Armougom : 5 sur 10 au challenge Raphaël Guerreiro. Il a parfois été mis en difficulté sur son aile, mais son apport offensif, ses courses et sa disponibilité le long de la ligne lui ont permis d'être touché à plusieurs reprises dans des zones dangereuses, et notamment entre le latéral et la charnière centrale. Pour le coup, on tient bien, ici, une combinaison qui pourra être répétée à l'envi au cours de la saison.

Deminguet : 5 sur 10 au challenge Titi Deroin. Il a été sur courant alternatif, tantôt intéressant pour sa capacité à percuter balle au pied (parce qu'il est le seul à l'avoir fait), tantôt beaucoup trop discret quand ses partenaires cherchaient des solutions de passe, et pas assez rigoureux défensivement. Un joli coup franc en prime.

Les flops :

Weber : 3 sur 10 au challenge Tractopelle. Bon, ok, il a une vraie utilité à la relance si on persiste à créer sur du jeu long, mais par contre, cette lenteur à se retourner et cette capacité surnaturelle à laisser des mecs lui filer dans le dos, ça va vite être pénible.

Pi : 3 sur 10 au challenge Greg Proment. Bon, on ne va pas trop lui en vouloir, parce que des trois mecs dans l'entrejeu, il est sûrement celui qui a le plus proposé de solutions. Le souci, c'est qu'il semblait souvent en difficulté au moment de se retourner et de gérer le ballon dos au jeu.

Zelazny : 3 sur 10 au challenge Vincent Planté. Inutile de lui en vouloir pour les buts encaissés, même s'il est un brin raide sur ses appuis - après tout, le mec n'était pas supposé jouer la veille voire le matin du match. Mais il faut bien dire qu'il n'a pas été très rassurant balle au pied, et il a trouvé le moyen de se faire très peur à deux reprises sous le pressing lorientais. Pour sa défense... putain que ça manquait de solutions de passes.


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