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Connaissez-vous beaucoup de clubs de foot dont le nom est celui d'un poète ? Fidèle abonné au Stade d'Ornano (tribune Centre, rang I, siège 166), qui a vu l'épanouissement de William Gallas et la chute de Dangbeto et a vénéré Xavier "le routard" Gravelaine, Arsenic écrit pour vous démontrer que ce nom ne doit rien au hasard. Malherbe qui joue, c'est peut-être pas du Baudelaire, et ça rime pas toujours, mais c'est toujours rock'n'roll.

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Garande : mais pourquoi tant de haine ?

Garande : mais pourquoi tant de haine ?
06/11/2017

Il a suffi d'une seule déroute, retentissante, il est vrai, pour voir de nouveau les loups sortir du bois. Le Stade Malherbe a volé en éclats à Marseille, tous les joueurs ont été pathétiques dans le jeu (à l'exception peut-être de Rémy Vercoutre, et éventuellement d'Ivan Santini) mais pour une frange des supporters caennais, il n'y a qu'un seul responsable à désigner : Patrice Garande, coupable d'être revenu à un schéma tactique inadapté et de s'entêter dans ses choix. L'occasion de constater une nouvelle fois ce dont nous sommes tous conscients depuis bien longtemps : il y a un problème Garande.

Garande, le mal-aimé

Si dans 50 ans, des historiens du foot se plongent dans les archives et dissèquent les résultats du Stade Malherbe en ce début de siècle, ils auront sans doute un peu de mal à comprendre comment Patrice Garande a pu générer autant d'animosité, en tel décalage avec les résultats comptables d'un club pourtant modeste. Parce qu'il faut bien poser ce postulat une fois pour toutes : le bilan global de Patrice Garande à la tête du Stade Malherbe est à peu près inattaquable.

2012-13 : 4e de L2
2013-14 : 3e de L2, montée en Ligue 1
2014-15 : 13e de L1
2015-16 : 7e de L1, à 4 points d'une place européenne
2016-17 : 17e de L1

Si les difficultés de la saison précédente sont réelles - on y reviendra -, elles ne doivent pas effacer tout ce que le club doit à son entraîneur actuel : il est le premier à avoir maintenu le club plus de deux saisons consécutives en Ligue 1, il a permis l'éclosion de joueurs qui ont rapporté beaucoup de liquidités au club (Kanté, Delort, Karamoh, etc.), et surtout, il a marché sur l'eau pendant près de 18 mois, sauvant l'équipe qui traversait l'une des pires crises de son histoire au cours de l'hiver 2014-15 (en étroite collaboration avec un Xavier Gravelaine inspiré), et réalisant dans la foulée une saison magnifique (le deuxième classement le plus haut de l'histoire du club), résultat d'une mise en place tactique qui restera comme LE chef d'oeuvre de Patoche.

Disons-le tout net : ce bilan aurait dû permettre à Patrice Garande d'être à peu près intouchable à la tête du club. Ou du moins, de bénéficier d'une certaine clémence en dépit des difficultés au cours des douze derniers mois... Et pourtant, il n'en fut rien. Mais alors, pas du tout de chez pas du tout. La cote de popularité de Garande auprès des supporters est exécrable. On a même atteint des sommets ubuesques, l'été dernier, lorsque le Malherbe Normandy Kop s'est pris pour le Conseil d'Administration du club, en organisant une "concertation" de ses membres (très objectivement, donc, on ne s'attendait pas du tout au résultat) et en décidant qu'il était temps pour Patrice Garande de faire son baluchon et céder la place :

"Nous ne souhaitons pas vivre en tribune et sur le terrain une saison aussi compliquée que celle qui vient de s'achever. Les propos irrespectueux tenus par Patrice Garande sur nos joueurs dans la presse ont confirmé son manque de professionnalisme, de cohérence et soulève (sic) un problème évident de communication. Si nous remercions Patrice Garande pour le travail accompli, s'il est responsable également des bons résultats obtenus, il est désormais temps pour lui de quitter le club".

Le communiqué du MNK est à consulter dans son intégralité ici.

Patrice Garande était-il le seul responsable de la très mauvaise saison 2016-17 du club ? Non, bien sûr, il a été victime d'une campagne de recrutement incomplète et pas toujours inspirée, et les performances de ses joueurs n'ont pas été au niveau de ce qu'on pouvait attendre d'eux. Quoi qu'il en soit, il est indéniable que le tacticien normand, s'il a décroché le maintien par miracle, a sa part de responsabilité dans les mauvais résultats obtenus, à la fois sur le plan tactique et dans sa gestion du vestiaire. Et puisqu'il était question d'aborder un "nouveau cycle", il aurait été logique de poursuivre avec un autre entraîneur. C'était la décision qu'on attendait tous. Et on s'imaginait même que lui le premier.

Finalement, Patrice Garande est resté. Parce qu'il s'entend bien avec les dirigeants et qu'il a accepté de faire son introspection, sans doute. Parce qu'il connaît déjà la maison et que ses émoluments sont raisonnables, évidemment. C'est un choix surprenant, mais il faut bien faire avec. Et le Stade Malherbe a fait avec.



Les raisons de la colère.

Garande est toujours sur le banc. D'aucuns annonçaient une nouvelle saison de galère, et pourtant, après douze journées de championnat, Malherbe est 7e d'une Ligue 1 plus relevée qu'elle ne l'avait plus été depuis longtemps. Le Stade Malherbe compte l'une des plus mauvaises attaques de L1 (8 buts inscrits en 12 matchs), mais aussi l'une des meilleures défenses, malgré la rouste subie au Vélodrome (13 buts encaissés en 12 matchs). Et il est hors de question de désigner le hasard ou la chance comme seuls facteurs de ce très bon début de saison. Sans bouleverser son effectif, sans tout remettre en cause, comme chacun s'y attendait, Patrice Garande est parvenu à retrouver un équilibre défensif et un socle collectif sur lequel il a construit le renouveau du SMC.

Même privé de Djiku (qui n'a joué que 5 rencontres pour le moment), en alignant Genevois et Da Silva en charnière centrale (pourtant en-dessous de tout l'an passé, tous les deux), le Stade Malherbe a retrouvé de la sérénité, de la maîtrise, et s'est imposé froidement dès qu'il a croisé un adversaire plus faible sur sa route. Oui, le renouveau de Stade Malherbe fait plaisir à voir, et Patrice Garande, qu'on le veuille ou non, est son grand artisan (parce qu'il est inenvisageable d'attribuer toutes les défaites à l'entraîneur et toutes les victoires à la providence). C'est Patrice Garande qui a décidé de revenir à ce 4-5-1 (ou 4-4-2 selon le positionnement de Rodelin), c'est lui qui a lancé rapidement Mbengue dans le grand bain, c'est lui qui a compris qu'il était urgent de filer les clés du camion à Aït-Bennasser, et c'est donc grâce à lui, aussi, surtout, que le SMC est 7e après 12 matchs. Non, Caen n'a pas été eu de réussite, et n'a volé aucun point pour le moment. Bref, il n'y a franchement pas de quoi se plaindre du début de saison.

Et pourtant, il a suffi d'un non-match pour que tout s'écroule de nouveau... Ou plutôt, pour que ceux qui restaient muets depuis quelques semaines sortent enfin de leur réserve pour répéter encore leur litanie : "Dehors Garande !".

Il faut le dire : Patrice Garande est sans doute le premier responsable de sa cote de désamour auprès des supporters. S'il est difficile de lui reprocher grand-chose sur le plus strict plan sportif, parce que bon, ses résultats parlent pour lui, il n'en est pas de même sur tous les autres aspects du travail d'un entraîneur. Le communiqué du Malherbe Normandy Kop, aussi incongru soit-il, a le mérite de mettre le doigt sur ce qui est vraiment fâcheux au quotidien : la communication. Eh oui : en 2017, le travail d'un entraîneur est aussi de répondre aux questions des journalistes, de se présenter aux conférences de presse (c'est le règlement), et même d'être le visage du club.

Or Patrice Garande n'est pas un très bon communicant : sa sortie complètement folle en fin de saison passée à l'encontre de ses cadres n'est qu'un exemple parmi d'autres de son manque d'aisance face au micro, où il préfère généralement s'en tenir à des banalités et à des constats pragmatiques. Quand il s'agace, il a tendance à bafouiller un peu, à se laisser emporter, à monter dans les tours... Bah c'est humain, après tout, non ? Hm, ce n'est pas aussi simple. Le discours de Garande n'est pas toujours linéaire, et s'avère parfois même assez insaisissable. Son obsession devenue comique à trouver du positif dans les défaites les plus misérables, si elle est compréhensible d'un point de vue managérial, s'avère également négative auprès des supporters, qui ne voient que le décalage entre les paroles et le terrain, et qui traduisent cela par une absence de prise de conscience des problèmes réels. Sur le plan de la personnalité, il n'est pas le type le plus avenant, le plus chaleureux qui soit. Ok. C'est un fait. Le service communication du Stade Malherbe ne fait sans doute pas non plus tout ce qu'il faut pour protéger son coach ; jamais rien n'a été fait pour redorer son blason ou le rendre sympathique aux yeux du public, d'une façon ou d'une autre.

En revanche, il est impossible de lui reprocher quoi que ce soit quand il disjoncte face à une bande de supporters venus l'attendre à la sortie du stade (comme on vient chercher la bagarre à la sortie du collège), l'an dernier... Et surtout, il est indiscutable que Patrice Garande n'a aucun compte à rendre aux journalistes ou aux supporters de la façon dont il fait jouer son équipe. Libre à chacun de lui demander des explications, des éclaircissements, mais il n'est pas évidemment pas tenu de répondre. C'est justement là, que Garande échoue : dans sa façon de contourner les questions qui ne lui plaisent pas, de s'agacer quand on remet en question ses préceptes de jeu, de monter au créneau pour des choses qui n'en valent pas vraiment la peine...



De l'eau dans notre calva...

Seulement, avant Patrice Garande, il y avait Franck Dumas. Et Franck Dumas était-il vraiment plus habile en termes de communication ? Avec les journalistes, certainement pas. Avec les supporters, sans doute un peu plus, mais à peine. Alors quoi ? Pourquoi Garande est-il si honni ? Qu'a-t-il fait de si grave pour mériter qu'on lui tombe dessus à chaque contre-performance ? Est-ce seulement ses mauvais rapports avec le MNK qui conditionne tout le reste ? Est-ce seulement le mal de notre époque, de donner trop d'importance aux plaintes systématiques qui tournent sur les réseaux sociaux ? Pas seulement... Garande ne sait pas se vendre. Avec les résultats qu'il a obtenus à la tête du Stade Malherbe, il devrait être intouchable. Impérial. Il devrait aborder chaque conférence de presse comme un roi devant ses sujets. Sauf que non. Il ne sait pas faire. Il a le sentiment, à chaque fois, qu'on vient lui faire son procès, sauf que ses véritables accusateurs ne sont pas face à lui, mais en tribune, tout autour du terrain.

Quoi d'autre ? Il y a le cas Thomas Lemar, aussi, et le sentiment partagé par la plupart des supporters qu'il a été vendu sans que le SMC ait pu profiter de son immense talent parce que Patrice Garande ne croyait pas en lui, et que la vente aurait dû être bien supérieure à celle qui a finalement été conclue avec l'ASM. Éternel débat du développement qu'aurait pu connaître un joueur s'il n'avait pas été dans un contexte donné, éternelle questionnement autour de la nécessité ou non pour un "petit" club de conclure une vente pour assurer sa pérennité... Mais quoi qu'il en soit, même s'il est certain que Malherbe a raté une occasion de glaner quelques millions supplémentaires pour Lemar, les ventes de Kanté (8M€), Delort (10M€) et Karamoh (10M€), pour ne citer qu'eux, ne sont-ils pas à mettre un peu au crédit de Garande, qui a su les valoriser et accompagner leur progression ? Non ? Là aussi, il a seulement eu de la chance ?

On a le droit de ne pas aimer Patrice Garande. De ne pas partager sa vision du foot, un peu butée, de ne pas goûter à ses "efforts" de communication et à ses réactions parfois malvenues. On a le droit de critiquer ses erreurs tactiques et de pointer du doigt ce qui ne va pas (cette année, depuis le début de saison, il y a des choses à redire, sur le temps de jeu accordé à certains, notamment), on a le droit de penser que, pour un match donné, Malherbe aurait pu faire mieux. Mais toute critique doit s'accompagner de la rigueur morale qui consiste à évaluer avec le minimum de recul les deux côtés de la balance.

Ceux qui conspuent Garande et sont incapables de reconnaître tous les aspects positifs de son travail devraient boire un grand verre d'eau. Il va falloir admettre que le bilan de Garande est toujours plus que correct, cette saison encore, et que ses idées de jeu ont souvent été récompensées. Quelles que soient les critiques les plus alarmistes, Garande n'a jamais mené le SMC dans le mur, bien au contraire - la saison passée est la seule au terme de laquelle le bilan comptable n'était pas en progrès (et pour le coup, on est passés tout près du mur). Il va enfin falloir convenir que Patrice Garande sera l'entraîneur du SMC jusqu'au mois de juin prochain, sauf catastrophe. Et que tous, on va devoir faire avec.


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