OL'Dirty Bastards

02/11/2012

On pourrait décréter que la France n’est toujours pas un pays de foot. On va d’abord se dire qu’elle n’a pas encore réglé son problème avec ses supporters. La preuve par l’effet, celui provoqué par Biolay en ces pages depuis deux jours.

Le chanteur ne s’est jamais caché pour clamer son amour pour l’OL, bien avant cette interview. Quitte à envoyer, comme n’importe quel supporter, son lot de vannes à l’adresse de son meilleur ennemi stéphanois ou à tourner en dérision sa propre passion. C’est bien parce qu’il n’est jamais question que de cela que Biolay s’est prêté au jeu en cette fin d’après-midi d’avant OL-Bilbao, loin de la réserve attendue et du grand cirque qui accompagne n’importe quelle promo menée tambour battant.

Cafés, clopes et quelques noms, ceux des cinq joueurs en tête du Rank’n’OL après une dizaine de matchs, suffisent alors à dérouler le bon début de saison lyonnais. Et comme les souvenirs ne sont jamais loin, c’est une autre histoire qui finit par se dessiner, celle qui relie les supporters de l’OL, ces types revenus de nulle part – ou de la banlieue de Saint-Etienne, c’est kif kif – pour lesquels l’heure de la revanche a fini par sonner, au prix de bien des malentendus. Cette interview n’aura peut-être pas permis de les lever. Pas bien grave. Après tout, Lyon n’en est plus à un malentendu près. Entre la Saône et le Rhône. Entre la colline qui prie et la colline qui crie. Entre Lacombe et Domenech. Entre le sérieux et le dérisoire rappelés à sa manière par Biolay au moment de mettre fin à la bonne demi-heure d’échange : « J’aurais bien aimé poursuivre… La seule interview intéressante de la journée ! » La polémique pourra toujours se charger du reste, l’essentiel est bien là : le supporter lyonnais a une âme. Raison de plus pour reprendre à son compte l’un des titres les plus intenses de Vengeance : Ne regrette rien.


1. Steed Malbranque – 125 points (7 apparitions, 4 x 1er)

Le titre de ton précédent album, La Superbe, allait bien avec ce que l’OL a pu vivre toutes ces années de domination. Le prochain, Vengeance, pourrait raconter aussi quelque chose de l’équipe du moment ?
J’aimerais bien qu’il y ait cette notion de vengeance, de revanche à prendre. J’ai quand même l’impression que l’effectif est motivé. Après, quand t’es lyonnais, tu sais comment on est : on parle pas. Ou quand on parle, on parle mal. A en paraître arrogants parfois.

Un type qui ne parle pas, c’est Malbranque.
C’est le meilleur depuis le début de saison. J’avais eu les boules qu’il signe chez les Verts. Heureusement, il a signé dix minutes ! (Rires) Sur le coup, j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’ingérable pour lui, aussi bien sportivement qu’humainement. Quand le club l’a fait revenir cet été, j’ai été un peu sceptique. Jusqu’à ce que je le vois jouer en CFA sur OL TV. Quand il joue, tu repères l’effet Pemier League : le mec qui va constamment de l’avant, qui te fout jamais la gonfle 50 mètres derrière quand il l’a récupérée.

Il y a aussi une histoire de come back à la maison mère qui plaît à Gerland.
Face à Brest, il a eu une belle ovation quand Rémi l’a sorti. C’est quand même pas le genre de la maison, comme ça, aussi vite. Après, c’est l’intelligence de Rémi Garde de lui avoir proposé de rejouer avec la réserve au cas où. Gérald Baticle a checké l’affaire avant d’envoyer très vite des rapports : « Steed, il pète le feu ! Il faut le faire signer ! » Là, Rémi a tout de suite compris. Pour moi, ce retour après une année de break, c’est une leçon de vie. A méditer dans bien des métiers.


2. Maxime Gonalons – 116 points (8 apparitions, 1 x 1er)

Si le milieu lyonnais tourne, c’est aussi grâce à Gonalons qui a fait ses débuts dans ton club, à Villefranche-sur-Saône…
Je crois qu’il a gardé de la tendresse pour le FCVB. Comme moi, il a d’ailleurs mis un peu d’argent dans l’affaire. Si un jour il y a un gros transfert le concernant, pour l’économie d’un club qui vise la montée de CFA en National, tu peux t’acheter huit joueurs ! (Sourire) Max, c’est une bénédiction pour le club.

Tu le vois partir un jour ?
Dans l’absolu, c’est possible. Le président Aulas vient de dire qu’il lui fallait trente bâtons… Mais Rémi Garde s’opposera farouchement à son départ. Et puis, ce serait un coup à foutre le feu à Gerland ! Max est devenu un très bon joueur qui commence à avoir une putain d’expérience. Même s’il y a encore des moments où tu vois qu’il y va pour faire mal.

Il fait partie des types qui portent la nouvelle politique du club, un retour à l’identité assez forte. C’est quelque chose qui ressort à leur contact ?
Moi, je reste impressionné par les footballeurs. Je sais pas si c’est une admiration candide, mais je suis pas très disert devant eux. Je vais pas les emmerder… Surtout que le Président a toujours la gentillesse après un match de m’inviter à descendre dans le vestiaire. Là, les mecs sont cannés : c’est quand même pas évident…

L’ambiance de la fin de match qui brûle encore…
Ouais, il y a une vraie sobriété dans ce vestiaire. Les soirs de victoire, ça rigole pas trop. La plupart, c’est des gars assez taiseux… C’est comme moi, si tu veux me choper en sortant de scène, si tu me laisses pas du temps, je suis encore dans ma bulle. Pour être capable de reverbaliser les choses et oublier ce que tu viens de faire pendant deux heures, il faut une bonne heure.

3. Clément Grenier – 93 points (6 apparitions, 2 x 1er)

Grenier a failli partir, avant de s’imposer façon boy next door.
Lui, il a le potentiel d’une star. Techniquement, il est très, très à l’aise. Les mecs à l’entraînement sont unanimes : il fait des trucs de fou !

Un peu comme Ben Arfa…
Hatem à l’entraînement, il les énervait tellement ! Avec Squilacci, ça a fini par mal se passer. L’autre lui met un grand pont, « Va te faire enculer ! », « Et ta mère ! », et bam ! Clément, lui, il a quand même une belle vision du jeu.

Il a surtout ce geste, la passe, sans doute le plus apprécié à Gerland.
C’est vrai que c’est beau à regarder, mais ça n’a pas empêché de se faire enculer par Bordeaux. C’est peut-être pas toujours efficace, mais c’est quand même plus agréable à regarder que sous Puel.

Gagner moins, mais jouer mieux, alors ?
J’ai quarante ans. Je suis pas un footix. L’OL, je l’ai connu tellement mal…

C’est quoi tes premiers souvenirs de matchs à Gerland ?
Le tout premier, c’était pour voir Villefranche, quand les deux clubs jouaient en D2, en 1982. J’avais neuf ans. Mais le plus beau, ça reste encore la remontée en 1989 avec Raymond et le but de Jacky Colin. Tout ce qui vient après, pour moi, c’est caviar à volonté.

Tu fais partie des nostalgiques de la période de domination ?
Un peu, ouais. Ce qui m’énerve le plus, c’est la gestion de cette époque-là. Il y avait du fric de partout. Je crois même que les dirigeants négociaient à peine les joueurs. Ils prenaient une liste et ils disaient : « C’est combien Lloris ? C’est cinq ? Bon, on le prend à huit ! » Et c’était signé dans l’après-midi. Ce que je déplore aussi, c’est qu’à cette époque, on ait enrichi le LOSC comme des cochons. (Sourire) Avec des transferts tous plus foireux les uns que les autres. Sauf Abidal.

Qui reprend l’entraînement...
Ce mec est un héros. Je me rappelle la première galère, il y a un an et demi. Tout le monde était effondré dans le vestiaire du Barça et on m’a dit que c’était lui qui était venu faire les blagues. A Lyon, je sais que certains lui en veulent toujours pour son quart de Ligue des Champions face au Milan (en 2006, ndlr). Moi, je resterai toujours indulgent avec les défenseurs. Alors que pour un milieu de terrain qui perd un ballon facile avec un but derrière ou Bafé et Jimmy qui manquent des occasions impossibles, je deviens complètement hystérique. Jimmy, j’ai envie de lui dire : « N’essaye même plus de cadrer et vise la tribune ! » Des fois qu’elle rentrerait. Comme il tire surtout sur la foule, les mecs ont même fini par l’appeler Pinochet ! (Rires)

Il a aussi ce côté qu’on ne voit pas forcément, du joueur abrasif qui ne ménage pas sa peine.
Quand il est à droite, c’est rare qu’on s’en prenne un de son côté. Comme avec Sidney, l’attaquant qui mettait le moins de buts au monde. François Clerc, le plus mauvais latéral de l’histoire de l’OL, lui doit sa carrière. Je le suis pas trop à Nice, mais il rame là, non ? Ah mais non ! Il est à Saint-Etienne ! Bon, il est mort ! (Rires)

T’as calmé le jeu avec les supporters stéph’ ?
Je calmerai jamais le jeu ! Si je ne joue pas à Saint-Etienne, c’est par conviction. C’est le club que je déteste le plus ! J’aime pas leur maillot, ça me dégoûte ! Et puis, c’est un club qui n’a pas à nous faire la morale. Parce que moi, la caisse noire du président Rocher, je me rappelle très bien : double billetterie dégueulasse pour éviter de payer les taxes. Il y a eu aussi le mépris à notre endroit pendant des années. Après, ils ont su avoir une finesse dans le recrutement qu’on n’a pas eu forcément. Quand ils prennent Matuidi à Troyes, le mec fait à peine 40 kilos. Je l’ai vu dans la rue l’autre jour, il est toujours gringue. Licha te fait la même impression hors du terrain.


4. Lisandro – 88 points (6 apparitions, 1 x 1er)

Lisandro, un autre type qui ne parle pas, lui aussi mystérieux.
Intelligent surtout. Parce qu’en privé, il parle, en français. La gloire, lui, il en a rien à secouer. Mais une fois sur le terrain, quel engagement ! Quelle colère ! Il est même sans pitié. Pour moi, c’est l’archétype du joueur argentin. Alors que je suis désespéré quand je vois Lavezzi et Pastore qui font passer les Argentins pour des starlettes brésiliennes.


5. Réveillère – 72 points (6 apparitions, 1 x 1er)

Réveillère a manqué de les côtoyer. Le type revient et continue malgré tout à faire le boulot.
C’est dur ce qui lui est arrivé. C’est quand même un des derniers glorieux de la grande époque et toujours un des deux latéraux de l’équipe de France, avec Debuchy qui est meilleur en ce moment. Le jour où il a annoncé qu’il ne se ferait pas opérer, je me rappelle du Professeur Moyen qui avait déclaré : « Il ne rejouera jamais. » Il revient en trois mois et Puel lui dit à son retour : « Qu’est-ce que tu branles ! » Rien que pour ça, je l’adore.

Il y assez peu de joueurs qu’on n’aime pas finalement à Lyon.
Il y assez peu de joueurs que j’ai dans le pif. Ederson, sa façon de jouer, je pouvais pas le blairer, même si je sais que le mec est charmant. Et quand j’ai vu l’affaire des trente millions à combler, je me suis dit, c’est exactement Gourcuff. Je sais pas ce qui lui arrive à ce garçon…

Son début de saison sentait bon la relance.
Mais il y a encore quelque chose qui ne va pas. Pour moi, il est venu salement de Bordeaux. Et quand c’est pas propre, ça peut vraiment te casser.

Il sortait aussi de Knysna.
Ouais, le truc foireux, les claque de Ribéry… Moi, j’y étais pas. J’ai juste eu des échos de ce bus, par un pote de Mandanda. Lui voulait descendre. On lui a fait comprendre que c’était pas une bonne idée. La fin de l’ère Raymond.

Comme d’autres Lyonnais, tu l’aimes un peu Raymond ?
Je l’adore ! Avant l’arrivée de Rémi, je me disais même : « Pourquoi pas Raymond ? » Tu fais chier tout le monde. Un truc pas très lyonnais… Quand il est parti à la fin de sa cinquième saison, j’ai ce souvenir des lumières du stade qui s’éteignent en plein milieu de son tour d’honneur. (Rires) Ils étaient brouillés avec Bernard, alors que c’était des copains d’enfance… Je crois que maintenant tout va bien.

Lacombe est toujours là pour l’ouvrir.
Ce qui m’a frappé quand on s’est rencontré et qui le rend encore merveilleux, c’est que dans son bureau, y a pas de trophée. Juste le drapeau « Adieu D2 ! » de la remontée en 1989. C’est son seul gri-gri. Bernard, c’est un monument ! Je l’ai vu jouer en vrai. C’était un putain de joueur.

Avec Lacombe, tu as eu d’autres héros ?
Quand j’étais petit, on m’a surtout parlé des glorieux anciens que je n’ai jamais vu jouer : Serge Chiesa, Angel Rambert, évidemment la Fleur’ Di Nallo. Et puis après, j’ai aimé l’équipe de transition des années 90, avec Delmotte qui est un type qui me plaisait beaucoup. On a eu aussi Edmilson qui me faisait bien marrer.

Qu’est-ce qu’il a de marrant Edmilson ?
C’était le genre à te faire un coup du sombrero dans une phase défensive. Je fais une roulette en pleine surface, je tente le grand pont pour voir et je repars jusqu’au milieu de terrain ! (Rires) Le mec nous foutait des frissons. Après, le plus grand joueur étranger qui ait jamais joué à Lyon, ça reste pour moi Juni.

L’histoire se construit autour de lui.
L’histoire se construit autour de lui et s’achève avec lui. Les départs de Karim et Juni, c’est la fin des années de gloire.

Propos recueillis par Serge Rezza

Retrouvez le Rank’n’OL sur OL Dirty Bastards et sur La 89ème Minute.


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