OL'Dirty Bastards

08/08/2012

Il y a deux façons d’envisager les discussions tactiques. La première, en faire le prisme à travers lequel toutes les performances d’une équipe peuvent s’expliquer. Exercice séduisant quand on veut rationnaliser le football et le considérer comme une affaire cérébrale à part entière. Mais comme l’a rappelé un jour Jérémy Toulalan : « Le foot, ça reste du sport ! » Soit une activité qui se passe sur le terrain, précisément là où on ne sera jamais.

Pourquoi alors y consacrer tout un post ? C’est là qu’intervient la seconde façon de considérer la tactique : à la manière d’un exercice critique comme les autres qui en dit plus long sur les obsessions de celui qui s’y emploie que sur le jeu de l’équipe dont il est question.

Comme mes obsessions et l’OL sont les deux grandes affaires de ce blog, autant vous dire que ça me va très bien de voir les choses ainsi. Et plus encore à ce moment précis où il est encore possible de donner un sens à la saison qui doit s’ouvrir. Avec un effectif un brin plus léger, mais avec cette idée d’une nouvelle mission confiée à Garde : celle du retour au jeu.

Le 4-2-3-1, le système attendu

Pourquoi ça peut marcher

On pourrait toujours réduire l’inconstance lyonnaise à sa difficulté à se défaire du 4-3-3 des années de domination. En vrai, les hésitations répétées autour du système de jeu révèlent autre chose : l’importance de tenir sur la durée le type au-dessus de la moyenne autour duquel viendra s’articuler le reste de l’équipe. Voyez la question qui sous-tend la fin progressive du jeu en 4-3-3 accords : comment faire après Juninho ? On mise d’abord sur des héritiers désignés ou annoncés comme tels (Ederson, Pjanic), avant de situer le gars en question un cran au-dessus, du côté de Lisandro, et lui monter un 4-4-2 sur mesure.

Problème, transformé en homme à tout faire, l’Argentin a fini par s’user et même par rompre. La preuve, il n’est déjà pas là au moment de reprendre en Ligue 1. Retour au milieu donc. Où l’on s’en remet à Gourcuff dans un genre de 4-2-3-1 qui lui a valu le titre d’enfant chéri du foot français, chez les Girondins et chez les Bleus. Le meneur de jeu s’est refait une caisse pendant la préparation, dit-on. Ce qu’on a pu en partie constater pendant certains matchs, les vingt dernières minutes de préférence, où on l’a revu pour la première fois depuis longtemps couvrir le terrain comme jamais, à 8-10 mètres du porteur de balle. Le reste du temps, il occupe surtout une position axiale, distribuant le jeu à sa guise, en première intention de préférence. On n’en est pas encore aux coups d’éclat techniques qui feront crier au retour sur le champ en Equipe de France. En attendant, rien à voir avec le joueur à la ramasse qui se planquait derrière des appels impossibles et temporisait plus que de raison, balle au pied, histoire de se rassurer. Reste encore à trouver la bonne formule à ce 4-2-3-1 renaissant. Sur les premières mi-temps, Gourcuff joue plutôt dans la verticalité, avec Gomis quand il veut bien servir de point d’appui, Lacazette et Briand – pointes de formation – quand ils viennent apporter des solutions dans l’axe. Reste ces vingt dernières minutes évoquées plus haut, celles où le retour aux affaires du n°8 lyonnais devient le plus crédible : au-dessus du lot physiquement, il peut occuper toute la largeur et venir demander des combinaisons avec ses latéraux.

En plus de servir la cas personnel de Gourcuff, le 4-2-3-1 présente un autre avantage de taille : il convient bien à la Ligue 1 qui le lui rend bien. La preuve, dans des registres bien différents, trois des quatre derniers champions ont chacun plus ou moins exploité le filon – Girondins, LOSC et Montpellier. A la différence près que les équipes types en question pouvaient s’appuyer sur ce qui fait encore largement défaut à l’OL : une défense aussi solide que difficile à manœuvrer. Faute de recrutement, Garde doit encore s’en remettre dans ce domaine à une solution de fortune, la paire Cris-Koné. Histoire d’éviter les moments d’égarement qui condamnent trop souvent Lloris aux sauvetages miracles, il a fallu renforcer la base défensive depuis le milieu autour d’un attelage Gonalons-Fofana. Vu de loin, avec deux joueurs qui évoluent dans le même registre en position basse, on pourrait croire à une combinaison par défaut – en attendant notamment de savoir si Källström aura bien Corgnet comme successeur. Pourtant, le tandem a laissé entrevoir comme une forme de complémentarité qui pourrait en faire l’autre point fort de ce 4-2-3-1. D’un côté, Gonalons qui travaille la verticalité, faisant preuve d’un joli brin de talent pour remonter le ballon à travers les lignes et poursuivre son soutien jusqu’aux abords de la surface pour créer le surnombre. De l’autre, Fofana dans un rôle qui s’apparente davantage à celui d’un relayeur orientant le jeu d’un côté vers l’autre du terrain sur les phases offensives. Sa présence aux trente mètres peut proposer un autre atout : une qualité de frappe que le garçon s’emploie à travailler à l’entraînement, quand il ne réclame pas le droit d’y aller de son coup franc – comme ce fut le cas pendant le Trophée des Champions.

Pourquoi ça va foirer

A l’OL, on n’a peut-être pas de nouvelle recrue, mais on a des idées. Oui, mais il manque quand même des recrues. On peut bien demander à Rémi Garde de trouver la formule qui fera rappliquer le public au stade, l’animation offensive est encore hésitante. En cause, la pointe de la structure. Avec Gomis et Lisandro, l’OL possède deux profils aussi complémentaires en 4-4-2 qu’inachevés une fois ramenés au 4-2-3-1. Le premier propose un jeu en pivot quand le second s’active à la façon du 9 ½ à la recherche d’intervalles. Or, au vu des premières prestations, le système établi par Rémi Garde a besoin de l’un et de l’autre. Faute de pouvoir trouver la meilleure formule et en l’absence de Lisandro, le coach lyonnais a quand même trouvé le moyen d’alterner l’un puis l’autre : Gomis pour mener le travail de sape en première période, puis Benzia pour apporter la touche de provocation qui tentera de faire exploser les lignes adverses. Si la variation a pu se révéler séduisante lors du Trophée des Champions, elle a aussi montré ses limites face à Porto. Dans l’absolu, Gomis est peut-être l’attaquant dont le profil rappelle le plus celui des types qui ont fait le bonheur des derniers 4-2-3-1 sacrés champions : Chamakh avec les Girondins, Sow avec le LOSC ou Giroud avec Montpeul’. L’efficacité en moins ? Disons plutôt la qualité du jeu aérien en moins (Giroud, Chamakh) pour servir de relais dans la surface, la vitesse aussi en moins (Sow) pour se retourner, s’excentrer et prendre de vitesse ses adversaires. Car le rôle de point d’appui de Bafé se situe le plus souvent ailleurs, à une trentaine de mètres du but, en début de séquence offensive, dos à la défense. Presque une mission de conservation. Ce que la dizaine de buts la saison de l’homme tressé peut aussi rappeler à sa manière.

L’animation offensive montrée du doigt en fin de saison dernière et à l’issue de la dernière sortie en date (à Porto) ne saurait se réduire aux lacunes du seul attaquant. Garde l’a suffisamment confié, ce qui lui manque pour le moment, ce sont des joueurs de couloir. Une question qui revient avec d’autant plus d’insistance à mesure que l’avenir de Michel Bastos se dessine en pointillés entre Saône et Rhône. Les titulaires du moment, Lacazette et Briand, évoluent l’un et l’autre dans un même registre : celui des attaquants excentrés. Ce qui explique en partie cette tendance aperçue au fil des derniers matchs à venir apporter des solutions le plus souvent dans l’axe, confiant l’animation sur les côtés à leurs latéraux respectifs (Cissokho et Réveillère). Résultat, faute de pouvoir faire les différences attendues (vitesse, technique), les couloirs se transforment le plus souvent en impasses, sur un centre envoyé en bout de course qui ne peut trouver preneur et/ou un duel remporté par la défense adverse. Avec une base défensive qu’il faut renforcer depuis le milieu, difficile de se contenter de cette occupation des couloirs, au risque d’en faire un déversoir du jeu plutôt que la solution attendue comme telle.

Dernier détail, pour tourner à bloc, le 4-2-3-1 doit reposer sur un onze type plutôt solide qui tourne à plein régime sur une saison. La dimension collective des efforts et leur répétition impliquent de s’appuyer sur des caisses capables de tenir sur la durée. Pour reprendre le seul cas de Gourcuff, son rôle et son jeu dépendront d’abord de sa résistance physique au-delà des trois premiers mois bien plus que de sa technique superlative. Etendu au reste de l’effectif, le problème reste le même : avec un groupe réduit au strict nécessaire et à moins de compter à nouveau sur une hypothétique bonne pioche sortie de la formation, la saison en 4-2-3-1 risque aussi de se jouer sur la corde raide.

Le 4-4-2, le système qui pourrait prendre le relais

Pourquoi ça peut marcher

- Parce que c’est ensemble que Lisandro et Gomis restent les plus efficaces.
- Parce que c’est ainsi que l’OL a fait ses preuves comme équipe de coups – bloc défensif plus compact, exploitation des couloirs réduite au strict nécessaire, explosion sur contres.

Pourquoi ça va foirer

- Et on fait quoi de Gourcuff ?
- Depuis le départ de Källström, l’OL ne compte plus de milieu taillé pour le 4-4-2. A moins que Grenier, Corgnet ou Malbranque…

Le 4-3-3, le système qu’on aimerait revoir

Pourquoi ça peut marcher

- Parce que le retour à l’identité lyonnaise ne peut se faire sans un reprise des affaires du jeu en 4-3-3 accords.
- Parce que triangle médian Gonalons-Fofana-Gourcuff rappelle celui des origines, Diarra-Essien-Juninho.
- Parce que le One+One peut reprendre du service sur les côtés. A gauche, tant que Bastos reste dans le coin. A droite, en jouant l’alternance avec Briand, à son affaire dans le travail défensif façon Govou, et avec Lacazette que Lacombe a bien voulu comparer à Wiltord.

Pourquoi ça va foirer

- Parce que le 4-3-3 à la lyonnaise avait ouvert la voie au jeu sans attaquant en faisant disparaître les siens à tour de rôle : Luyindula, Carew, Fred, voire Benzema. On voit mal l’OL diluer le talent de Lisandro de la sorte.
- Parce que sans une défense retrouvée, la base du triangle lyonnais ne peut apporter le soutien qui vient faire la différence sur phase offensive.

Par Serge Rezza


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