OL'Dirty Bastards

05/04/2015

Si les faits de jeu lui ont souri, c'est surtout pour avoir fait le jeu que l'OL l'a emporté à Guingamp (1-3). Pour cela, il a pu compter sur Nabil Fekir, meneur d'un genre particulier, parce qu'il ne fait pas que passer.

31ème journée de Ligue 1

En Avant Guigamp – Olympique Lyonnais 1-3

Pour Lyon : Fekir (27ème), Lacazette (39ème, sp), Njie (64ème)

Le mode d'emploi



1. Nabil Fekir

Des passes, des passes et toujours des passes. Voilà à quoi a ressemblé le jeu lyonnais pendant 80 % du temps. Des passes pour posséder le temps avant de penser à le tuer. D'ailleurs, l'OL se met à étirer la défense guigampaise avec tellement de scrupules qu'on finit par en bailler. Le match aurait pu s'arrêter là s'il n'y avait eu Fekir pour ramener cette qualité la mieux partagée aux yeux des suiveurs, son « truc en plus ». Comme bien souvent avec l'OL, on n'en veut à personne de ne pas prendre la peine d'écouter pour comprendre de quoi il retourne. Pas forcément l'histoire du gamin surdoué trop tôt négligé qui se met à brûler les étapes pour se retrouver un beau jour de mars en équipe de France. L'histoire est trop belle pour ne pas être suspecte. On préfèrera s'en remettre à la seule parole qui compte à Lyon, celle des hommes de la formation qui, plutôt que de parler du « truc en plus », ont toujours évoqué la part manquante. Soit précisément celle qui dynamite le dispositif lyonnais quand il se met à ronronner à force de réciter les consignes appliquées, pour certains, depuis leurs années de formation. C'est comme ça que Fekir a pu s'en faire sortir. C'est par là qu'il a fini par revenir. Quitte à passer, autant que ce soit par la fenêtre. Celle qui s'ouvre à la 27ème tient d'abord dans une hésitation de rien du tout de Sorbon et Kerbrat. Les deux défenseurs impeccables jusque-là ont cette fois une seconde d'hésitation. C'est déjà trois mètres de marge pour déclencher le hasard. Lequel, quand Nabil s'en mêle, ne fait pas trop mal les choses.

2. Alexandre Lacazette

Même sans la mène, ça peut-être Pâques pour l'OL. On sait bien que la parenthèse ne restera enchantée que le temps de retenir les rois du Rank, Lacazette et Fekir. Lesquels devaient composer avec Njie pour cette fois. Autant laisser au chien son jeu de quille et se partager tout le reste. Comme cette place de meneur à la limite de la déshérence depuis que ceux qui y étaient pressentis n'y sont plus. A ce jeu, c'est Lacazette qui se révèle le plus efficace. Parce qu'il connaît le terrain pour y avoir goûté il y a un an dans des circonstances presque similaires (demi-finale de Coupe de la Ligue face à Troyes, 2-1). Parce que, surtout, à se refiler le ballon sans fin, c'est le sens des responsabilités qui se dilue. Le Kid de Mermoz se fait une trop haute idée de celles qui incombent à son nouveau statut pour s'en tenir éloigné plus longtemps. Juste ce qu'il faut pour délivrer la seule passe qui manquait à toutes celles envoyées depuis le début de la partie, la dé' pour le tir chatteux de Fekir (27ème). La décision ne s'arrête pas aux passes. Elle se lit aussi dans l'attention toute particulière que les défenseurs adverses vous accordent et qui leur vaut d'être punis pour pas grand chose, sans doute parce qu'ils n'y pouvaient rien. Lacazette gratte un pénalty et envoie son vingt-quatrième but de la saison (39ème). Tout ce qui suit peut bien appartenir à ce même registre de l'accident – du rouge pour Kerbrat (44ème) au but de Njie (64ème) –, l'OL ne remerciera jamais assez de tenir en Lacazette celui qui sait les rendre heureux.

3. Corentin Tolisso

A force de ne plus pouvoir célébrer les mérites du collectif lyonnais, on s'en est remis à ceux qui ont pris l'habitude de faire la différence sur leur seul nom. Après tout, il fallait bien commencer par quelque part au moment d'expliquer la déconvenue d'il y a quinze jours. Après les retours de Lacazette et d'Umtiti, on était tout prêt d'anticiper la fin de la course au titre en apprenant l'absence de Gonalons. Un match plus tard, c'est à peine si on s'en souvient. La prouesse tient en grande partie à l'absence d'intensité mise par les Guigampais, plus précisément dans les affaires du milieu. Elle tient aussi à la façon dont Tolisso s'y est pris pour les tenir, loin du modèle en la matière établi par Gonalons. Washing Maxime impose son engagement, quitte parfois à faire frémir son monde à vouloir créer le décalage qui fera sens à la première relance. Coco a pour lui une lecture du jeu qui tient l'adversaire à distance. Ce n'est pas qu'il veuille à tout prix se tenir à distance de la lutte des crasses. Disons qu'il n'a pas (encore) la caisse pour tenir cette intensité sur un match entier. Du coup, il reprend à son compte la règle la mieux partagée par la formation lyonnaise : anticiper. En faisant valoir sa science placement pour intercepter avant de récupérer. En faisant tourner encore et encore la balle pour faire suer son monde – encore le meilleur moyen pour qu'il ne se passe rien. Tolisso sait trop ce qu'on lui demande pour s'en accommoder. Le mieux est l'ennemi du bien. Pas du rien.

4. Steed Malbranque

Une des premières décisions d'Hubert Founier à son arrivée en mai dernier avait été de prolonger de deux ans le bail de Steed Malbranque avec l'OL. On ne criera pas au génie, mais l'idée de s'appuyer sur un type de 34 ans avait ce qu'il faut de panache et d'intelligence pour nous plaire. Un an après, on n'a pas changé d'avis. Malbranque n'est plus le leader qu'il fut la saison de son retour, mais sa contribution dans ce rôle d'appoint reste inestimable. Parmi les seuls à submerger au cours de l'été, il a accompagné l'équipe dans sa montée en puissance au début de l'automne avant de prendre, contraint mais pas découragé, du recul quand les jeunes prenaient eux le pouvoir à Tola et sur la Ligue 1. Depuis, les choses se sont un peu compliquées et, quand il a fallu puiser dans la réserve, Fournier n'a pas hésité : ce sera Malbranque. Malbranque n'a pas besoin de plusieurs matchs pour être dans le rythme. Malbranque ne sait pas forcément mieux jouer au football que les autres, mais il maîtrise toutes les bases du jeu : la baston, le placement, le choix, la passe, qu'elle soit longue, courte, du plat du pied ou de l'extérieur, mais toujours efficace. Au final, sans être décisif, il initie le premier et le troisième but, et aurait pu se faire une ligne de stat sur l'action géniale construite avec Benzia et conclue par Fekir mais contrée par Lössl (75ème). Malbranque sait tout faire, si ce n'est courir vite. Mais ce n'est pas ça qui va l'empêcher de lancer le sprint.

5. Lindsay Rose

On a à peine eu le temps de s'y habituer qu'il va déjà falloir s'en passer. Titulaire depuis quatre matchs, Lindsay Rose a reçu son troisième carton à Guingamp, qui le privera donc du match contre Bastia. Coup de bol, par la grâce du décalage du match pour cause de finale de Coupe de la Ligue Bastia-PSG, il ne ratera pas le Derby, ce qui aurait été le cas si la rencontre précédente avait eu lieu avant le lundi 13, date de prise d'effet de la suspension. Tout cela fait un peu usine à gaz, mais s'il y a une chose qui est bien claire, c'est que Rose sera aligné contre Sainté. Pour en arriver à ce degré de certitudes, il lui a fallu conquérir trois Ranks d'affilée et même un peu plus. Parce qu'on parle bien ici du mec pataud de l'été dernier, limite pas au niveau à Chasselay en CFA en octobre et qui a dû voir dans le sens de l'anticipation et les passes de Bako Koné une formidable raison de reprendre son destin en main. À Guingamp, Rose a fait deux fois ce qu'il suffit à au Général pour être crédité d'un bon match dans les duels aériens, la maîtrise technique en plus, comme sur cette intervention délicieuse de l'extérieur devant Mandanne (22ème) ou encore cette passe de cinquante mètres qui trouve Lacazette pour l'action du penalty (38ème). Le Rennais a suffisamment bouleversé les certitudes qu'on s'était faites à son sujet depuis dix mois pour qu'on se laisse aller à le considérer comme une assurance. Mais force est de constater que le poste de stoppeur droit n'est plus le point faible de l'OL qui, dès lors, n'en a plus beaucoup. C'est pour cela que le Rose peut devenir la couleur de l'espoir, y compris le plus fou.


Par Serge Rezza et Pierre Prugneau

Retrouvez le Rank'n'OL sur OL Dirty Bastards et sur Le Libéro Lyon.


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  • Message posté par Brice_I (2285) le 20/04/2015 à 14:01
      

    Aïe aïe aïe. Parti en vacances pendant quinze jours et déconnecté des écrans, je viens ici après cette pause me mettre à jour de rank.

    ET voilà donc que je tombe aujourd'hui, lendemain de derby, sur ce paragraphe qui nous explique comment les subtilités du calendrier ont permis à Rose de jouer le derby. Qui me dit aussi que Rose serait la couleur de l'espoir, alors même qu'il a viré au rouge hier soir, au plus mauvais moment.

    La vérité du football est si éphémère...


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