Never trust a marxist in football !

20/02/2014

Alors que les JO de Sotchi se déroulent plus ou moins bien, le CIO se trouvent confrontés au cas de sportifs ukrainiens se positionnant face à la situation intérieure de leur pays au bord de la guerre civile. Ce n'est pas la première fois que le petit monde tranquille de l'Olympisme doit reconnaitre que la bulle de la "trêve des anneaux" ne résiste jamais longtemps à la réalité du terrain. Et que le monde sportif ne peut pas faire éternellement l'impasse,même pour le bonheur des sponsors et des états assoiffés de médailles. Surtout lorsque son apolitisme fleure bon l'hypocrisie... Le cas de la crise hongroise de 1956, et l'attitude d'une fédération aussi "marquée" que la FSGT d'alors, certes dans un tout autre contexte, reste malgré tout assez éclairante à ce propos.

Rappelons brièvement les faits (1). La "destalinisation" (rapport Kroutchev en février 1956, libération importante d'une frange des détenus pour "crimes politiques" dans les camps d'internement, etc.) - très timide au sein du PCF - prenait un tour de plus en plus radical dans les pays du "bloc socialiste". En Hongrie, le "réfomrateur" Imre Nagy avait procédé, dès sa nomination au poste de ministre-président, fin d'octobre 1956, à une libéralisation accélérée du régime qui, sous la pression des cercles d'écrivains et des conseils ouvriers, dépassa le seuil critique de la tolérance soviétique : proclamation de la neutralité de la Hongrie, sortie de ses armées du pacte de Varsovie, restauration du pluralisme, de la démocratie parlementaire... Le 4 novembre, alors que la crise du canal de Suez (suite à la nationalisation du canal par le président égypptien, Nasser et l'échec diplomatique de l'opération militaire franco-israélo-britannique pour le reprendre) monopolise l'attention de l'opinion française, l'Armée rouge rentre de nouveau dans Budapest. Les combats dureront jusqu'au 12. On estime à 5000 le nombre de tués parmi les insurgés, 200 000 personnes s'exilent. Imre Nagy fut arrêté, jugé deux ans plus tard et exécuté en juin 1958.En France, le PCF condamne l'opération de Suez, mais approuve inconditionnellement l'intervention soviétique qui a sauvé, à ses yeux, la Hongrie de "la contre-révolution".

La crise hongroise déclenche en retour une vague d'anti-communisme trés virulente, inédite par la diversité d'origines et des réprobations. Les sièges du Parti communiste et de l'Humanité sont attaqués par des manifestants d'extrême-droite durant la nuit du 7 au 8 novembre. Cet épisode constitue la première grande rupture avec le PCF et la frange progressiste des intellectuels français qui lui assurait auparavant son prestige et lui garantissait une certaine hégémonie culturelle.

Une fausse alternative !

Dans ce contexte, la FSGT, assimilée à la fédération sportive du PCF, se trouve sur la sellette. Non de la part des fédérations officielles ou du journal l'Équipe, chez lesquels les tragédies d'Europe centrale n'inspirent, au même titre que la guerre au Proche-Orient, que des inquiétudes au sujet de la participation des sélections nationales aux JO de Melbourne. Par exemple, dans son numéro du 31 octobre, le quotidien sportif se félicite seulement d'une trêve qui offre à la délégation magyar l'opportunité de se rendre sur le site olympique. Ce qui donnera lieu à un terrible match de Water-Polo Hongrie-URSS dont la légende affirme que l'eau en vira rouge sang. De même le fameux "Onze d'or" ne s'en relèvera pas, ainsi que pour tout dire le foot hongrois...

En revanche, en France, les autorités profitent de cette occasion pour pousser la fédération travailliste dans ses retranchements et enfoncer le clou après la suppression de la subvention. La FSGT ne faisait pas mystère de ses contacts privilégiés avec les "démocraties populaires". Néanmoins, à l'instar des affaires nationales (la guerre en Algérie, etc.), son orientation politique avait pris une forme plus "souterraine". Ainsi, Guy Mollet, président du Conseil, la somme, dans une lettre du 10 novembre 1956, de prendre position afin de "supprimer toute équivoque sur le caractère de votre organisation", "caractère" qui avait justifié la suppression de la subvention... le chantage est à peine masqué. Le dirigeant socialiste connaît d'avance la seule réponse possible pour la fédération travailliste, c'est-à-dire un silence gêné, qui entérine le maintien de la mesure discriminatoire.

Ultime attitude pour sauver ce qui pouvait l'être sans trop se renier, la presse FSGT (y compris ses bulletins internes) se réfugie dans un mutisme embarrassé [M. Amar]. Les dirigeants de la FSGT ne pouvaient faire tenir à leur déclaration un discours qui s'écarte du "postulat de l'accord de principe avec la ligne politique du parti communiste." (2) Et ils peuvent désigner légitimement le comportement similaire des fédérations officielles ou celle du CIO.

Des pesanteurs partisanes

Les rapports avec les pays de l'Est, où les cadres vont se "former", ce nouvel "internationalisme sportif", rendaient impossible, mentalement et culturellement, toute réaction contraire à la norme communiste de l'heure. La FSGT reprend les discussions avec le nouveau gouvernement magyar. Un an après la tragédie, André Gyenes représente officiellement le sport syndical de la Hongrie normalisée au XIIIe congrès national de la FSGT. Il y annonce la participation des sportifs hongrois au cinquantenaire du sport travailliste en 1958. L'UST (Union Sportive Travailliste, scission socialiste de la FSGT à la suite de "l'affaire" du cadeau à Staline en 1950) reprochera cette compromission à la FSGT refusant des commémorations communes tout en insistant sur la présence à "ses manifestations" d'athlètes hongrois réfugiés à l'étranger (3).

Les relations étroites avec les pays de l'Est, telles que la FSGT les a pratiquées et développées, le combat pour leur reconnaissance (principalement pour la RDA), et plus largement la fascination pour leur modèle de société, sont historiquement situés dans le temps et résultent du contenu politique du sport travailliste depuis la scission de 1923 (lire ...). Or, dans ce cas, la FSGT se trouve confrontée à une contradiction théorique profonde. Sa condamnation des guerres coloniales, puis, par la suite, du sport sud-africain de l'apartheid ainsi que sa solidarité avec les sportifs palestiens représentent une facette de sa spécificité, reposant justement sur le devoir qu'elle s'imposait de s'impliquer dans des questions "extra-sportives" parce que le sport n'est jamais détaché des considérations politiques au sens large. En se réfugiant derrière l'apolitisme quand cela l'arrangeait, c'est-à-dire dès que le bourreau était habillé de "rouge", elle ouvre une zone d'ombre dans son discours "solidaire".


(1)Cf. F. Fejto, Budapest l'insurrection, Paris, Complexe, La mémoire du sicèle, 1990.
(2)J. Varin, "Les jeunesses", Politique". La Revue, n°2, oct.-déc., 1996, p.32.
(3)Sport-Travail, 10/1957
(4)Sport et plein air, octobre 1996, p.5.


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