Never trust a marxist in football !

23/02/2014

Voici le texte de mon intervention lors de la Journée Hommage à Rino Della Negra à l’invitation du Collectif Red Star Bauer. Bravo encore à eux pour cette initiative…

L’importance et l’impact de la politique sportive adopté par le régime de Vichy pose inévitablement la question du positionnement de la résistance, dans ses diverses facettes. De fait, il faut distinguer deux dimensions.
D’une part, les formes de résistances qui s’exprimèrent se manifestèrent à l’intérieur du champ sportif. Le sport, ses réseaux associatifs, ses événements et ses spectacles, deviennent dès lors le lieu où se manifeste le geste résistant en tant que tel sans être la cible es qualité. D’autre part, le seul mouvement de résistance qui intervint dans le sport et au nom d’un contre-projet spécifique, comparable à celui de la France libre. Il s’agit naturellement du réseau sport-libre, issu des rangs de la FSGT, dont nous verrons qu’il tenta de se prolonger au-delà de la libération dans le cadre d’un Congrès National du Sport, inscrit dans le cadre CNR. ...


I) La Résistance et le sport


À l’instar de n’importe quel autre secteur de la société française, le sport hébergea partisans et adversaires de l’Etat Français, sous les regards d’une majorité immobile, même si elle manifesta occasionnellement son agacement face à l’autoritarisme du commissariat ou à la présence de l’occupant.
C’est naturellement la politique de répression mené par Vichy qui offre dans un premier temps d’observer cette réalité. Les rapports de préfet notamment illustrent fort à propos les diverses formes qu’ont pu prendre la présence de la résistance dans l’univers sportif, avec naturellement comme fil conducteur l’obsession anticommuniste.

Le préfet du Loiret signale ainsi dans son rapport daté du 2 octobre 1941, qu’il a du « prononcé l’internement du nommé Giscart […] ex-lieutenant du parti communiste […] » qui cherchait en particulier « à exercer une mauvaise influence sur les jeunes sportifs de la localité. » [Loudressac] Toujours dans le même ordre d’idée le préfet d’Ardèche signale dans son rapport du moi juillet 1941 que les communistes du Teil avaient réussi à hisser un drapeau rouge sur mat du stade réservé aux cheminots.

Par ailleurs, les membres des divers organisations et réseaux résistants surent utiliser le milieu sportif comme une zone d’ombre fort utile pour échapper au regard de la police et des autorités allemandes, notamment quand il s’imposa de fuir dans la clandestinité. À Toulouse la section socialiste, hostile au ralliement de la mairie à Vichy, se reconstitua « sous forme de société sportive ». Jacques Sapin utilisa sa participation aux épreuves d’athlétisme à travers le pays pour couvrir ses activités dans la résistance « une espèce de dualité qui m’a peut-être sauvé la vie » Il y eut donc beaucoup de résistant par ailleurs sportif et peu de sportifs résistants.


II) Résistance dans le sport le réseau sport libre


Les organisations et mouvements de résistances s’avérèrent plutôt discrets sur le chapitre du sport, voire quasi-silencieux.

Le réseau Sport Libre constitue la seule exception et répond d’une logique singulière. Il ressort pour une part de la stratégie clandestine du Parti communiste. De l’autre il s’inscrit dans le cas d’un singulier d’un sport politique et donc soumis plus que les autres fédérations à la logique antinomique et extrême de la collaboration et de la résistance.

Sport Libre est né au sein de la FSGT, fédération du sport travailliste, branche sportive du mouvement ouvrier. Il s’agit d’abord de la réaction des communistes exclus à partir du 15 octobre 1939 des rangs la FSGT car ils refusaient de dénoncer le pacte germano-soviétique. Cette décision conduisit à l’exclusion de 11 membres de la commission exécutive dont Auguste Delaune et Robert Mension, la dissolution de 21 comités régionaux et e nombreux clubs.

Ce sont Robert Mension et Auguste Delaune, après son évasion en novembre 1941, qui se retrouvent à la base de la naissance du réseau en tant que tel. Dans un premier temps, le réseau s’acharne à dénoncer le coup de force de la nouvelle direction composées essentiellement de socialiste ou supposé proches de la SFIO. Sport libre pousse également les militants restés fidèles à l’ancienne direction à s’investir dans les clubs pour mobiliser et sensibiliser les sportifs de base. Ainsi le CPS X sera refondé dès septembre et rassemblera de nombreux jeunes militants juifs communistes jusqu’à l’été 1941 ou les responsables club mirent fin à ses activités pour ne plus exposer inutilement les membres du club. Signalons au passage que la majorité des adhérents ou des militants de la FSGT, ou même de futures figures marquantes de la FSGT, traversent les années guerre sans apparemment s’engager radicalement dans un camp ou l’autre. (Maurice Baquet publie même son ouvrage de référence en 1942).

Toutefois si on retrouve à ce point des parcours emblématiques, dans un camp ou l’autre , cela tient évidemment à au profond engagement politique de la plupart des cadres, et de nombreux adhérents, de la FSGT d’alors, leur inscription en particulier dans la mouvance communiste.

La nouvelle direction de la FSGT, qui deviendra l’USGT en 1942 pour se conformer à la charte des sports, s’accommode fort bien du nouveau régime. Composé de militants socialistes proches avant guerre de la droite de la SFIO et de son courant pacifiste, elle va même se rapprocher de plus en plus de la frange qui bascule dans le collaborationnisme. Ainsi le comité USGT parisien, qui condense la quai-totalité de l’activité de l’USGT national, organise des compétitions cyclistes sous le patronage de la « France Socialiste », et recourt à l’entremise de Marcel Déat pour obtenir des avançages de la part de l’occupant.(Albert Guillevic, un des dirigeants de l’USSGT avaient été avant guerre proches des néo-socialistes au sein de la SFIO). De même des délégations de la FSGT puis de la USGT participe au serment de l’athlète citation. Ce type de parcours se retrouve également dans le cas de Pierre Marie, qui tenait la rubrique sportive du Populaire et participa un temps au cabinet de Léo Lagrange. Sa dérive politique pendant l’occupation le conduisit à la rédaction du Rouge et le Bleu de Charles Spinasse, et y compris en 1944 dans les colonnes de Germinal, la revue de Jamet.. Toutefois l’ensemble des militants de la FSGT ne bascula pas dans le mauvais camp. Le comité du Nord, acquis à la SFIO, décida par exemple de se saborder et refusa «malgré de multiples pressions venues de partout de reprendre [son] activité.» Les sportifs socialistes établiront même un projet «dans l'ombre» intitulé «L'éducation physique au service de la race et de la nation»

Sport libre se plaçait naturellement à l’opposé. Mouvement clandestin, animé par dees militants communistes, il dénonçait l’œuvre de Vichy dans le sport, critiquait ses échecs, fustigeait le « bluff des équipements sportifs », stigmatisation les ponctions allemandes et le poids de l’occupation sur la vie sportive, dénoncerait l’autoritarisme du commissariat ( le tract « Tempête sur le football » à l’occasion de l’affaire de l’Avia club en …) et à l’occasion de l’affaire Nakkash sa participation à la politique antisémite du régime et de l’occupant.

Sport libre eut des activités essentiellement concentrées dans la propagande te la diffusion de tract et de son organe de presse Sport Libre, souvent un simple recto-verso. Il s’agissait de rallier les sportifs travaillistes bien que le réseau tenta de s’ouvrir vers d’autres fédération sans apparemment rencontrer de grand succès. Sport Libre était également très proche des JC clandestines, d’ailleurs le mouvement se présentait généralement, surtout à partir de 1943, comme « la section sportive » du front Uni de la Jeunesse Patriotique. De la sorte l’activité de sport libre fut progressivement abaissée quand le parti transféra certains de ces cadres pour refonder les JC clandestines saignées par la répression et les arrestations. Ainsi Robert Mension devint à partir de février 1943 un des principaux dirigeants de la JC, remplacer à la tête de sport libre par Raoul Gattegno, rentre en clandestinité, qui devint ensuite responsable des imprimeries clandestines des JC. Robert Mension préféra en effet s’entourer d’ancien membre de la FSGT moins « grillés » que les JC pour coordonner l’action des JC clandestines. Auguste Delaune fut arrêté le 27 juillet 1943 par la police française, et mourut le 12 septembre des suites de son interrogatoire.

À la libration reprennent, les membres de sport libre reprirent les locaux parisien de l’USGT les armes à la Main. Rebaptisée de nouveau FSGT, ils relancèrent l’activité sportive dès fin 1944. La F.S.G.T. met en place une commission d'épuration qui doit permettre de régler le sort de ceux qui ont gardé leurs postes sous l'occupation ou demande à revenir dans la fédération. Il va de soit que la direction de l'U.S.G.T. est exclue et certains de ses membres déjà poursuivis pour des causes judiciaires, au passage plus proche de la crapulerie (le vol de la caisse, une vieille tradition du mouvement ouvrier) que des problèmes politiques de l'heure.

Cependant dans un premier temps et de façon significative, ce sont les personnes qui ont votés l'exclusion de 1939 - ce qui ratissait large- qui sont visées , comme le montre la circulaire du 3/10/1944. Ce déploie une volonté de revanche propre à l'organisation. Les ex-U.S.S.G.T. sont accusés de ne pas s'être conformés au fonctionnement régulier de la F.S.G.T.. Par la même , pour avoir procédé de façon «anti-statutaire», ils doivent être expulsés du sport travailliste. L'interprétation, qui devient alors dominante, et pour longtemps, tisse une filiation directe entre la condamnation du pacte germano-soviétique, l'interdiction du P.C.F., la répression anticommuniste, et, in fine, la collaboration.

Après coup, la commission d'épuration dirigée par Charles Le Mansois répartira les cas individuels en trois catégories, «Les collaborateurs, les escrocs, les scissionnistes». Seuls les troisièmes (on notera au passage une désignation lourde de sens) peuvent solliciter d'être réintégrer dans la F.S.G.T., à condition de «s'engager, par écrit, à ne plus commettre un acte préjudiciable à l'unité de la Fédération.» et de se prévaloir d'une action dans la résistance .
La FSGT épurée reste cependant la seule composante du sport française à pouvoir se prévaloir en tant qu’organisation d’une participation à la résistance nationale et intérieure. Elle se dote de nouveaux statuts révélateurs de son nouvel état d’esprit. Elle désire désormais contribuer à former les citoyens d’une « république laïque et démocratique ».Son président Georges Marrane élabore un projet de fédération multisport unique à présenter devant la représentation nationale, qui s’inscrit dans la prosélytisme unitaire du PC en directionnel tous les secteurs de la société (par exemple avec l’URJF).

Pour accentuer sa légitimité et se présenter à l’avant-garde de la reconstruction sportive la FSGT lance , sous couvert d’un comité largement ouvert mais présidé par Jean Guimier , un congrès du sport qui se tiendra en juin 1946 à, sous l’égide du conseil national de la résistance. Des commissions nombreuses abordent quasiment l’ensembles des questions imaginables. Toutefois dans un contexte qui voit s’effriter l’unité fragile de la résistance, ce congrès ne rencontre quasiment aucun écho auprès tant des autres fédérations sportives que de l’administration. Il marque l’apogée de l’influence de la FSGT avant la traversée du désert de la guerre froide.


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