Never trust a marxist in football !

06/11

A l'occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin, un petit papier écrit sur les relations pour le moins ancillaires entre le sport travailliste français et le "modèle" est-allemand....

À la suite de la réunification, l’Allemagne a été le théâtre d’une série de procès retentissants concernant la pratique institutionnalisée du dopage en ex-RDA. Les faits révélés à cette occasion soulignaient, alors que cette question devenait une des préoccupations majeures du monde sportif, l’ancienneté du mal, jusqu’au sein de l’arène olympique. Or, la FSGT a longtemps défendu l’organisation du sport en RDA. Un rappel historique, plus que jamais, s’impose donc…


La RDA ne représentait pas un pays ordinaire. Déclarée fin 1949, dans la zone d’occupation soviétique - réponse de l’URSS à la création de la RFA dans les secteurs contrôlé par les occidentaux-, elle appartenait consubstantiellement au « camp socialiste », avec parti hégémonique (le SED), économie nationalisée, suspension des libertés publiques, … La naissance des deux Etats allemands figeait la ligne de front européen de la guerre froide, le fameux rideau de fer évoqué par Churchill
Petit pays, tant en population qu’en superficie, il est confronté à une situation singulière : vaincu de la seconde guerre mondiale (les deux Allemagne ne furent admises à l’ONU qu’en 1973), soumis à la tutelle omnipotente du « grand frère » soviétique (l’écrasement de l’insurrection ouvrière à Berlin-Est par les chars de l’armée rouge), mais par ailleurs économiquement le plus riche du bloc communiste. Cette situation amena souvent ses dirigeants à jouer le rôle du meilleur élève « progressiste » et le plus orthodoxe en terme idéologique. Dans ce contexte, la volonté d’obtenir une véritable reconnaissance internationale se heurta à la prééminence déjà acquise par la RFA sur la scène internationale. Ainsi, jusqu’au début des années 1970, seuls les pays « frères », plus quelques non-alignés, avaient établi des relations diplomatiques avec la RDA (la France seulement en 1973). À la différence de la Hongrie ou de la Roumanie, dont personne ne contestait la pérennité de leur Etat, nonobstant le régime politique (De Gaulle parlait plus souvent de Russie soviétique que d’URSS), la RDA se trouvait contrainte de justifier sa simple raison d’être.

La puissance athlétique, ersatz de légitimité diplomatique.

Dans cette optique, le théâtre sportif va progressivement s’affirmer comme une arène décisive, un moyen unique d’imposer de facto la présence internationale de la RDA, son droit à incarner le peuple allemand, démontrant du même coup l’efficacité du modèle socialiste. Certes, tout prédisposait cet usage politique du sport. D’une part, installé grossièrement sur le territoire de l’ancienne Prusse, la RDA hérite d’une forte tradition gymnastique, qui fonde partiellement l’importance de la culture physique dans son système éducatif. D’autre part, devenu un pays socialiste, le sport incarne une dimension sociale étatisée, une orientation politique planifiée, un symptôme musclé de la nouvelle société, un vecteur de propagande.

Le sport de haut niveau, et les JO notamment, offrirent, à partir de 1968, un espace unique que « L ‘Etat ouvrier et paysan » sut parfaitement mettre à profit. Les résultats sont à première vue impressionnants. En 1972, la RDA atteignit le troisième rang au classement du nombre de médailles emportées (à ce moment elle ne siège toujours pas à l’ONU). Ces succès possèdent donc pour le régime une incomparable valeur politique. L’étroit contrôle, notamment par la stasi, des athlètes, qui pouvaient avoir la fâcheuse habitude de passer à l’ouest et de révéler de gênants secrets, en constituait un corollaire inévitable. Il n’est pas besoin de revenir davantage sur les méthodes qui garantirent en partie le triomphe olympique de la RDA : un dopage gérer directement par l’encadrement et décidé directement par le pouvoir, sacrifiant les sportifs, et surtout les sportives, sur l’autel de la raison d’Etat.
La FSGT : l’avocat du diable ?

La FSGT va accorder au sport est-allemand une attention extrême, et petit à petit, à partir des années soixante, il va se substituer à celui d’ URSS dans le panthéon travailliste. Plusieurs considérations se chevauchent dans la manière dont la fédération française aborda le sujet. D’abord, guerre froide oblige, les liens et des échanges amicaux se tissèrent naturellement avec le régime socialiste de RDA et son mouvement sportif. La FSGT va toutefois graduellement élargir son propos et mener un combat significatif, dans son discours tout du moins, pour que la RDA soit pleinement reconnue dans le monde sportif, notamment par la France. La presse fédérale associe le cas de l’Allemagne de l’Est à ceux des pays récemment décolonisés et/ou communiste comme la Chine, victimes, à ses yeux, d’une forme larvée de discrimination politique incompatible avec l’humanisme du projet olympique.

Ensuite, et là réside le plus gros de sa réflexion, surtout dans les années soixante-dix, la FSGT s’intéresse grandement à l’organisation du sport en RDA, à la base. Elle va principalement s’attacher à décrypter les causes du miracle est-allemand, petit pays de dix millions d’ames dotée de la quatrième puissance athlétique mondiale. Un numéro spécial de SPA « Radiographie du Sport en RDA » (1973) condensa la vision FSGT : le sport est-allemand est inscrit, selon elle, dans un système social harmonieux. Il est fondé sur le développement d’un sport de masse attentif aux besoins de la population. La haute performance en forme l’aspect le plus exemplaire, « contrairement à ce que disent beaucoup » La FSGT conteste alors les propos journalistiques qui commencent à se généraliser dénonçant un sport fortement militarisé et « chimiquement » aidé (les fameux commentaires sur l’allure des nageuses est-allemandes).

Ce travail de propagande repose notamment sur l’activisme de personnalité charnière tel que Yvon Adam, en pivot sur la FSGT, l’association France-RDA et le syndicalisme EPS (les profs de sport furent particulièrement soumis à cette opération de charme et d’explication).Dans les années quatre-vingt, la FSGT prit ses distances, sans revenir sur ces présupposés argumentaires accumulés durant les deux décennies précédentes. Si La FSGT oeuvra afin que la RDA échappe à ce qu’elle considérait comme une forme inadmissible de mépris et reconnu comme un Etat à part entière, au même titre que n’importe quelle autre nations européenne, en revanche, elle fut incapable de se soumettre à cette approche égalitaire. En effet, Elle ne sut jamais poser sur la RDA le même regard critique qu’elle appliquait à son propre pays, pour y scruter les travers spécifiques du sport « socialiste ».


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