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11/07/2011

Nouveaux stades, nouveaux supporters ?

Quels publics garniront les stades de demain ? Des consommateurs de spectacle ou des supporters engagés ? C'est l'une des questions qui a été abordée fin juin à Lyon lors d'un débat sur l'avenir du football en France, rassemblant Danielle Lebail secrétaire fédérale PCF du Rhône, Nicolas Bonnet responsable de la commission sport du PCF, Jérôme Latta rédacteur en chef des Cahiers du football, Stéphane Merle géographe à l'université de Saint-Etienne et Nicolas Hourcade, sociologue à l'Ecole Centrale de Lyon et collaborateur à So Foot.

Suite à ce débat, L'Humanité a publié vendredi 8 juillet, dans sa rubrique débats, une double page sobrement intitulée « [Euro 2016 : le fric, stade suprême du foot ? ->http://humanite.fr/07_07_2011-euro-2016-le-fric-stade-supr%C3%AAme-du-foot%E2%80%89-475965]». Ce dossier comportait trois articles. [Le premier, de Stéphane Merle, analysait les transformations récentes des stades.->http://humanite.fr/07_07_2011-les-stades-fran%C3%A7ais-sont-amen%C3%A9s-%C3%A0-devenir-m%C3%AAme-timidement-des-centres-de-profits-475966] Le deuxième, cosigné par Danielle Lebail et Nicolas Bonnet, appelait à [un débat politique sur les nouveaux stades->http://humanite.fr/07_07_2011-citoyens-sportifs-supporters-%C3%A9lus-il-est-urgent-de-d%C3%A9battre-d%E2%80%99une-nouvelle-conception-du-]. Le dernier, de Nicolas Hourcade, était consacré aux [supporters->http://humanite.fr/07_07_2011-les-supporters-de-demain-seront-ils-trait%C3%A9s-comme-des-clients-ou-des-acteurs-%C3%A0-part-enti%C3%A8]. Il est reproduit ci-dessous moyennant quelques très légères adaptations.

Quels supporters pour demain ?

L'organisation de l'Euro 2016 par la France est présentée par les autorités sportives et publiques comme l'occasion de rénover les stades et, au-delà, le spectacle du football. Associée à la lutte contre le hooliganisme, la construction de nouvelles enceintes est censée offrir un meilleur accueil et attirer un public familial. Il s'agit ainsi de rompre avec l'ordre actuel des stades et d'en forger un nouveau. Par ordre des stades, j'entends les formes de comportement et de contrôle social qui s'y expriment ainsi que les normes qui y sont dominantes. En retraçant à grands traits l'histoire du football français, trois périodes peuvent être distinguées.

1) Des débuts du professionnalisme, en 1932, aux années 1970, l'ordre des stades est consensuel. Le public se comporte plus en spectateur qu'en supporter. Les associations de supporters ne cherchent pas à mettre de l'ambiance, mais à créer des relations de sociabilité entre fans, joueurs et dirigeants, en se positionnant comme partenaires du club. Les dirigeants du football adoptent une attitude souvent paternaliste à l'égard de leur public. Les incidents sont rares et, quand ils surviennent, ils ne sont pas perçus comme un problème grave.

2) Les années 1970-1980 connaissent des évolutions concomitantes qui bouleversent cet ordre. C'est d'abord la transformation du football en activité médiatique et économique. C'est ensuite l'apparition de nouveaux groupes de supporters qui, eux, prennent en charge l'ambiance dans les stades et s'approprient les tribunes. C'est enfin le développement des incidents et la découverte, avec le drame du Heysel, du hooliganisme comme problème social.

3) Depuis les années 1990, l'ordre des stades est conflictuel. Parce qu'il existe de la violence verbale et physique dans les stades et à leurs alentours. Aussi parce que les associations de supporters les plus actives affirment leur « indépendance » par rapport aux dirigeants, ne ménagent pas leurs critiques envers le « foot-business », défendent leurs « droits » et n'hésitent pas à faire la « grève » des encouragements en cas de mécontentement.
Le statut des supporters s'avère dès lors ambigu. Les associations qui prônent la proximité entre tous les acteurs doivent repenser leur rôle quand la distance ne cesse de croître entre fans, joueurs et dirigeants. Et celles qui s'approprient les tribunes pour y mettre de l'ambiance suscitent un regard ambivalent. Les dirigeants du football jugent indispensable leur ferveur tout en goûtant peu leurs débordements mais aussi leur esprit critique et leur revendication d'un rôle actif dans le football.

Les supporters : clients ou acteurs ?

Pour résoudre ces tensions, les autorités sportives et publiques prônent un nouvel ordre des stades en communiquant sur la nécessaire lutte contre le hooliganisme et sur le confort du public. Mais, derrière ces mots d'ordre consensuels, se cachent une volonté de reprise en main des supporters contestataires et/ou turbulents et une mise en avant de la figure du supporter-client qui consomme docilement le spectacle et ses produits dérivés, à une époque où la commercialisation du football franchit un nouveau palier. Cette offre de spectacle, qui accroît le nombre des places « business » et transforme le stade en centre commercial, rencontrera sans doute un public. A condition cependant que la hausse des prix ne soit pas exagérée dans un pays qui n'a ni le même réservoir d'amateurs ni la même qualité de jeu que l'Angleterre ou l'Allemagne.

Quoi qu'il en soit, ce nouvel ordre pose questions. Faut-il tendre vers un spectacle sportif à l'américaine où le prix des billets est élevé et le show formaté par les organisateurs ou convient-il de préserver un spectacle populaire et des espaces d'expression autonome pour les supporters ? Comment lutter contre le hooliganisme, sans s'attaquer par la même occasion à l'ambiance festive, aux libertés publiques (les méthodes actuelles posent des problèmes trop souvent occultés -; voir ma précédente tribune [« Ni défouloirs ni lieux de contrôle »->http://humanite.fr/07_04_2011-ni-d%C3%A9fouloirs-ni-lieux-de-contr%C3%B4le-469519] ) et aux supporters revendicatifs, dont certains s'opposent à la violence et aux discriminations et tentent de s'intégrer positivement dans le football ? Ce sport n'est-il qu'une activité économique, dirigée par les patrons des clubs et des fédérations, et les supporters seulement des clients ? Ou est-il une activité sportive et sociale qui pourrait être organisée de manière plus démocratique et au sein de laquelle les supporters pourraient constituer un acteur à part entière ?

Nicolas Hourcade


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