Never trust a marxist in football !

01/12/2013

L'organisation du mondial 2022 au Qatar suscite aujourd'hui beaucoup de questions et de nombreux articles sont parus dans la presse sur les conditions déplorables de travail de ceux qui vont en bâtir les stades flambant neufs. Car au-delà du débat pour savoir s'il faut que la coupe du monde se tienne cette fois-ci en hivers, la situation des travailleurs immigrés pose directement le problème de l'adéquation entre les « valeurs » du foot et le prix social et humain à payer pour organiser un tel événement planétaire. Les syndicats notamment mobilisent de plus en plus l'opinion et les instances du foot sur le drame qui est train de se dérouler sur place. Tim Noonan, directeur campagnes et communication à la CSI (Confédération syndicale internationale), nous apporte tous les éléments de ce dossier à charge pour le foot mondial.

3 questions à Tim Noonan : le Mondial Qatar et le droit des travailleurs

paru dans Sport et Plein Air, revue de la FSGT, décembre 2012


1) Pouvez-vous nous décrire la réalité au Qatar aujourd'hui ?

Lorsqu'il a reçu l'attribution de la coupe du monde, le Qatar s'est lancé dans un vaste programme d'infrastructure générale - non seulement les stades mais aussi des hôtels ou des transports – pour environ 120 à 130 milliards de dollars. Aujourd'hui vous avez donc près d'1,3 millions d'immigrés qui y travaillent, essentiellement des hommes, qui viennent essentiellement du Népal, d'Inde ou encore des Philippines, voire désormais d'Afrique. Il faut bien comprendre comment fonctionne le système dans l'émirat. Lorsqu'un immigré débarque, il se trouve sous le contrôle d'un tuteur qatari qui peut décider pour lui s'il a le droit de changer de boulot ou encore simplement de quitter le pays. Le Qatar ne possède pas de salaire minimum ni de véritable inspection du travail. De ce fait la situation de ces travailleurs s'avère extrêmement vulnérable. Sur les chantiers les conditions de sécurité ou de santé sont en dessous des normes internationales minimums. Ils peuvent s'épuiser jusqu'à 12 heures par jour sous 50°, sans même que de l'eau potable leur soit fournie.

Nous ne connaissons pas avec précision le taux de mortalité mais les ambassades d'Inde et du Népal fournissent quelques statistiques sur le nombre cercueils qui rentrent au pays, autour de 400 par an. En outre, à en croire un rapport très détaillé d'Amnistie International sur le sujet, pas moins de 10 % des travailleurs subissent des accidents graves sur les chantiers. Enfin leurs logements sont indécents. Le CSI a pu visiter certains « camps de travail » ou les gens sont entassés à 12 par chambrée sans clim ni accès à des wc en état de marche ou des cuisines propres.

2) Quelles sont les différentes actions que vous menez?


Nous cherchons d'abord à sensibiliser et informer l'opinion publique. Il s'agit de briser le silence qui entoure depuis deux ans la situation des "travailleurs du mondial". Il s'agit d'amener l'opinion à faire pression sur le Qatar pour que les choses changent. Ensuite le CSI ainsi que la Fédération Internationale des Syndicats dans la construction ont rencontré en 2001 la FIFA, à laquelle nous avions demandé d'obtenir de nettes améliorations auprès du Qatar ou alors de revoter pour trouver un nouveau pays d'accueil. Nous n'avons pas eu de retour depuis malheureusement.

Ensuite nous collaborons avec des réseaux et des ONG sur place qui viennent en aide aux travailleurs immigrés, notamment lorsqu'ils doivent affronter des difficultés avec leur employeurs ou leur tuteur. Cette réalité existe même pour des footballeurs qui sont la-bas comme dans le cas de Zahir Belounis , longtemps retenu contre son grè et rentré en France récemment. Pour terminer nous nous somme rapprochés des organisation syndicales des pays d'origines des migrants, comme en Inde, afin notamment qu'elles informent mieux les candidats au départ de ce qui les attends vraiment, ce que cachent souvent les agences de recrutement. Enfin nous avons déposé plainte auprès de l'OIT concernant par exemple l'interdiction de se syndiquer ou encore le travail forcé. Elle doit rendre son avis en mars prochain.


3) Que peut faire le monde sportif ?

Une fois encore, il s'agit d'abord d'alerter la population, donc
les licenciés, les contacts, les partenaires. Nous avons lancé un appel auprès des syndicats dans chaque pays pour qu'ils sollicitent leurs fédérations nationales de foot, et que ces dernières répercutent auprès de la FIFA nos revendications. Il faut également questionner, comme nous le faisons en les rencontrant, les grand groupes internationaux du bâtiments, dont certains sont français et présents au Qatar, pour qu'ils appliquent un certains nombres de règles minimums auprès de leurs salariés et exigent de leur sous-traitants qu'ils en fasse de même.

Évidemment il importe de se tourner vers les gouvernements et de les placer face à leurs responsabilités en la matière. Le Qatar est un partenaire important. Ils doivent tenir un discours de fermeté sur ces questions. Sur tous ces sujets le monde sportif peut contribuer à mobiliser et réveiller les gens et donc venir en aide, aux cotés des ONG sur place, aux travailleurs immigrés.


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