Never trust a marxist in football !

15/07

Je vais juste vous raconter comment désormais je vois, parfois, le foot à travers le regard de mon fils de 7 ans …. Ce ne sera pas long... on retournera vite à nos occupations habituelles ici...

Nick Hornby racontait dans « 31 songs » le rapport singulier et forcément biaisée qu'entretenait son fils avec la musique (et en l'occurence un morceau de reggae), dont on sait la part immense qu'occupe cette passion dans la vie de l'écrivain. Mon garçon du haut de ses six ans me confronte au même désarroi. Le foot garde une place centrale dans ma vie, et en grande partie dans la relation avec mon ainé. Pour mon cadet, notre étrange occupation avec ce ballon rond, ce « jeu balle » qui par ailleurs lui sert également à désigner la totalité des jeux sur mon smartphone, prend surement des allures de rites kabbalistique. De son monde et de la manière dont il regarde de loin le notre, avec sa normalité si lointaine et mystérieuse, le mode d'emploi du foot doit prendre des allures de notice ikea, il manque toujours la bonne pièce. Du moins c'est ainsi que je l'imagine pour essayer de me mettre à sa place, et rapprocher nos rivages. Il sent bien qu'il faudrait embrasser le truc. Il y a toujours un pas, un mètre, un vide qu'il ne franchit pas. Il lui arrive de participer dans la cours, à taper le ballon, de fait il est seul quand il le fait.

Toutefois, pour arriver à s'immiscer dans notre dimension, celle de son père et de son frère, et rejoindre nos incompréhensibles ébats, il a finit par découper ce sport en petit carré qu'il pouvait assembler et coincer dans le puzzle de son esprit, entre arabesque et kaléidoscope. Il savait sûrement intuitivement que nous l'attendions et il doit vouloir certainement nous rejoindre. Il a pris les chemins qu'il devinait. La chose la plus signifiante et amusante , la finalité de tout ce bazar, sa raison d'être, son essence, il l'a concassé en une phase simple et répétitive, le tacle et surtout la joie de faire tomber son frère pour crier « carton rouge » comme la plus belle des victoires, se le donnant à lui-même ou à sa victime. Un moment fugace qu'il exige donc de reproduire à l'infini sur la pelouse du square, comme si ce règlement compte avec la gravité terrestre et l'appel de la sanction fournissaient enfin une de ces boucles qu'il affectionne – elle lui sont indispensables-, ou il pouvait enfin nous inviter à y contribuer. Bien sur nous l'avons accompagné et intégré parfois à des matchs – y compris au stade Bauer ou les fumis attirèrent davantage son attention que la pelouse synthétique et ses 22 protagonistes-, multiplié les ouvertures vers les activités "classiques, comme lors d'événements « Tatane » à Belleville. Rien n'égale pour lui le sentiment qu'il semble éprouver "d'être avec nous" quand il commet la faute parfaite qui lui procure le sentiment que nous aussi sommes du coup avec lui

L'autre césure que parvient à provoquer le foot chez lui, qui ouvre une porte entre lui et nous, c'est quand il enfile à l'instar de son frangin un maillot ou une écharpe , durant l'hiver. Souvent trop grand, ce qui procure à le regarder déambuler la rassurante impression qu'il a trouvé sa cape de super-héros. Comment expliquer la vague chaleur qui envahit le cœur quand il marche devant vous, de dos avec ce signe évident de banalité réconfortante. Cela ne dure pas. On apprend vite à saisir ces instants de fierté au fond de ses yeux.

Le soir du 15 juillet, au milieu de fumée blanches, des klaxons, des cris, des marseillaises, il a agité un drapeau tricolore. Il m'a regardé longuement, puis a tourné sur lui même à 360 degrés, contemplé autour de lui, perplexe, interrogatif puis indifférent, avant de retourner ailleurs en nous laissant à notre vacarme, la tête sur mon épaule pendant que nous remontions à l'appart, loin du tumulte de la rue, nous réfugier dans le calme de ses repères.

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