Never trust a marxist in football !

04/09

Pour mémoire et pour l'histoire je pose en ligne cet article originellement paru dans un magazine à la mode et qui rassemble divers témoignage sur les débuts de la La Souris Déglinguée. Un retour très élégiaques sur le Paris du début des années 80 et les figures du pavés qui y trainaient leur guêtres, à une époque ou ni Facebook ni Youtoube ne venait parasiter la transmission orale de la mythologie Urbaine. Une période de la préhistoire des bandes, ou la banlieue ne jurait que par le rock des années 50, ou les tribus (Teddy, fiftos, punk, skinhead, etc.) se disputaient les rares endroits qu’elles avaient réussi à s’approprier comme la fontaine des Innocents et Le rose bonbon. La Souris Déglinguée, en même temps les Cockney Rejects, les Météors et les Madness français, et leur intenable Raya, racontent comment personne une capitale habitée de « week-end sauvages » et prise d’assaut par un « parti de la jeunesse » qui se croyait « nation ».

Les rockers banlieusards


Farid, skinhead, première bande des Halles  : « Parmi les tribus, les plus présents, dès les années 60 restent les rockeurs. Il y avait toujours une banane et une paire de tiagues qui trainaient près de chez toi. C’est les premiers que j’ai vus et ils comptaient de sacrés clients. De même il n’y avait alors que les vieux voyous gaulois qui se faisaient tatoués, et les marins ou les Légionnaires…»


Madj, ex-teddy boy, ancien responsable d’Assassin Production et dj défenseur des musiques populaires
« De 78 à 81, j’étais jeune rockers puis Teddy boy à l'anglaise, j’écoutais du Rock’n’Roll 50’s et aussi beaucoup le revival anglais de l’époque, sans lequel des groupes comme les Stray Cats ou les groupes de Psychobilly n’aurait certainement jamais existé... Ce qui m’a marqué à la fin des années 70, c’était la proéminence au niveau du pavé parisien des bandes de rockers, qui sortaient du métro par grappes de dix pour se rendre aux puces de Clignancourt où les commerçants à l’époque faisait plus dans le style Rock'n'Roll que dans le sportwear comme aujourd’hui. L’essentiel de ces mecs venaient de banlieue, de milieux populaires, chaque ville avait sa bande. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer c’était bien plus basané qu'on ne le croit, avec pas mal de rebeus et de reunois. Cette vision a complètement disparue de l’histoire des banlieues, le coté rock’n’roll est désormais occulté. Pourtant au golf Drouot, tous les dimanche lors des après-midis Rock'n'Roll, tu avais 2 à 300 keursro massés à l’angle du boulevard et de la rue Drouot."»


Cochran, ex-fiftos, auteur des « Roi du Rock » (Libertalia) : « Je venais de ma banlieue lointaine du coté de Mantes et j’ai été en lycée à Vernon. Je me souviens des premiers disques de rock’n’roll que j’ai acheté. Par chez moi, il y avait pas mal de Teddy Boys, souvent portugais ou rebeu, ou même des cats du coté des Mureaux. « 


Farid des Halles « J’ai failli me faire choper par les teds de la place d’Italie, des monstres comme King Kong et Moutstique, c’était vers 78-79. Je commençais à être skinhead. J’allais chercher mes potes et je les croise sans qu’ils me percutent, le temps qu’on ressorte avec mes amis ils étaient descendus au Gibus, et c’était nous en fait qu’ils voulaient choper… » 
 

La Raya


Thai Luc : «La Raya rassemblait toute sorte de gens très différents des uns et des autres, qui venaient de Colombes, Gennevilliers, Meudon et qui passaient néanmoins par la même porte. C’est un peu le souvenir que je garde de cette époque. De notre moyen-âge artistique.. Si les gens se côtoyaient, c’est qu’ils avaient un intérêt, une passion commune qui passe par la musique, c’est déjà pas mal… »


Nico, ancien Bassiste des Wampas « On était un peu les petits frères de Thai Luc, trop jeunes pour la première vague punk et trop vieux pour le « punk not Dead ». Il y a eu notamment un concert de LSD à Lyon qui est sorti plus tard en CD. La salle était surtout remplie de lyonnais, les parisiens de la raya avait été pour beaucoup retenu pour un match de foot France-Angleterre... »


Farid des Halles : « Quand je tombe désormais sur la Souris, J’ai l’impression de retrouver de la famille que j’ai pas vu depuis longtemps. Car il ont vu des choses de ma vie que personne n’a vu a part eux, car ils étaient là au bon moment au bon endroit. Pour moi cela reste surtout le meilleur groupe de rock français... La raya constituait une masse informe, avec de tout, des cas sociaux, des mecs perdus, paumés, des fétus de paille qui flottent, de tout.. un tel panel de background que tu as mal à la tête, je te parle même pas des comportements et des accoutrements. Quant à la politique, mon seul crédo, c’était « je veux m’amuser et foutre la merde quand je le veux ». Si je faisais des choses avec les totos, c’était pas pour la cause.. »


L’Opéra Night – 7 janvier 1981


Farid des Halles : « On s’est pointé avec toute la raya – tout ce qui trainait à la fontaine aux halles, punk, neuskis, sauf peut-être les fiftos, et aussi une équipe de totos, bref nous étions un bon paquet. Un moment Roudoudou est venu me chercher pour une embrouille avec un mec que j’aligne dans la foulée, je le met ko. Commence la merde avec les videurs, c’est parti dans tous les sens, un des mecs de la sécu a même tiré un coup de fusil à pompe, à blanc mais à bout portant, sur un pote, heureusement qu’il portait un flight. Après le festival a débuté, nous nous sommes retrouvés dans la rue à plus de 200. On a tout pété sur l’avenue de l’Opéra , tout le quartier était bouclé. On s’est fait serré par wagons. A un moment nous étions planqués dans une porte cochère avec pote et une voix nous crie «  sortez ou on appelle la police », une bonne ambiance de collabo digne de l’occupation. On se retrouve tous au Commissariat. Un keupon très connu à la fontaine, FUCK, a été encastré dans un des petits casiers de rangement à coup de pieds. J’avais 17 ans, c’est mon père qui est venu me récupérer avec Fan, un autre skin d’origine asiatique, qui était aussi mineur. Mon daron, le modèle qui ne rigole pas, n’a étrangement rien dit si ce n’est « tu aurais volé, je t’aurais coupé la main, après c’est normal que des garçons se bagarrent. »


La Fontaine des Innocents – Les Halles 1978-1982


Farid : « C’était un zoo humain mâtiné de théâtre, et tu avais des sketchs tous les jours. Inévitablement ceux qui n’avaient pas visas se prenaient un coup de botte, ceux qui se défendaient bien gagnaient leur droit de séjour, ceux qui avaient parfois simplement une bonne gueule avaient droit au visa. En fait moi, Amour, Pierre, Fan, Hugues, Albert, Poisson, Munch, Tristan, etc.. Nous étions en quelque sorte préposés au Visa. »


Thai Luc, chanteur de la Souris Déglinguée : « C’est la faute à la régie des transports parisiens, quelle idée d’établir des lignes de RER qui se croisent en venant de l’ouest et du nord, au cœur de Paris.. Ce n’était pas très inspiré pour juguler la délinquance potentielle des jeunes des zones péri-urbaines . Aujourd’hui, les seuls images qui existent de la Fontaine durant cette période, avant que le poste de police ne soit installé, existent au début du film « La Brune et Moi » de Philippe Puicouyoulde. Tu y aperçois Farid, certains personnages cités dans « week-end sauvage » comme isabelle et a sœur jacqueline. Il faudrait réaliser un arrêt sur image. »


La Rue et Les bastons


Thai Luc : « En 1978, Les Black Panthers nous ont soumis dans le métro à un interrogatoire. Eux cherchaient les Teddy et autres Rebels, amateur de rock’n’roll qui portaient le drapeau confédéré. J’étais avec des gars aux dégaines improbables, avec nos perfectos et nos tiags achetées au carreau du temple, et tous les cheveux longs. Pour résumer, on était branchables, pas branchés. On a ensuite retrouvé tout ce beau monde portiers à l’entrée des salles parisiennes.»


Manu de Sherwood Pogo, street punk of PSG : « Je n’ai du assister qu’à un ou deux concerts de La Souris Déglinguée. Cela craignait trop pour moi, beaucoup de skins y traînaient. Je connaissais Farid car je suis également de Colombes mais je m’étais fait embrouillé sévère par Pierre, futur PierPolJak, au Concert de Sham 69 au Palace, parce que j’étais punk plus qu’en tant que chanteur des Sherwood. Ce qui est marrant c’est que je l’ai produit bien des années plus tard. »


Cohran : «  Ma vision doit être faussée. Je n’étais personne dans ce monde. Même un skin comme Jean-Marc l’Araignée que tout le monde craignait m’aimait bien. Finalement je passais plutôt entre les gouttes, y compris dans les concerts des Météors avec son public hyper dur de skins, psychos et rockeurs. En 1983 je me rappelle au Gibus, les Del Vikings, une bande de fifitos, barraient les deux cotés de la rue, mais ils laissaient passer les français, ils cherchaient juste les anglais. Surtout cela dépouillait beaucoup, comme en 84 à l’Eldorado pour les Cramps. C’était juste l’ambiance du moment. Je me souviens m’être rendu en 85 à un festival psychobilly a Rotterdam, j’étais choqué devant tous ces gros skins et psychos qui faisaient tranquillement la queue devant la salle, sans embrouilles ni dépouille. »


Farid des Halles « C’était rarement sanglant et sans pitié. Cela arrivait bien sur, des mecs se sont fait schlappés copieux. Pourtant, quand en face il cédait tout de suite à la menace ou à un coup de poing, on n’allait pas cherché plus loin. Pour moi le code de la rue n’existe pas, tu as autant de codes que de gens, et tu ne peux t’appliquer un code qu’a toi même… Et ensuite, il y avait les règles qui régissaient notre monde, dans les tribus, et à coté les autres. J’étais poli avec les gens en général, avec les vieilles dames. Dans notre monde, c’était une toute autre affaire. Si un mec s’était bien battu alors tu le respectais… »


Thai Luc : « Je me souviens une fois rue fbg du temple en 79, des mecs avec des dégaines de bikers ont fais retirer à un autre les couleurs de son club de Moto. Mais pour le reste dans nos concerts, j’ai le sentiment que tout se passait bien peut-être ai-je une perception un peu idyllique de l’époque… » 


Les Légendes


Farid des Halles : « C’était la guerre des boutons. Tu écoutes certains, tu as l’impression que nous étions sur le front russe. Ok certains ont bien mangé, mais rien en comparaison de ce que je peux observer aujourd’hui … »

Cochran : « À partir de 1982, je montais sur Paris. Pour moi qui était petit, je les voyais un peu comme des super-héros, de la mythologie. Quand dans mon lycée dans l’Eure on me parlait de Farid roi des skins, je l’imaginais sur un trône au milieu de la place des innocents. »
Thai Luc : «Souvent tu avais connaissance des gens avant de les rencontrer. Un rockeur de Malakoff, en garnison avec moi, m’avait raconté qu’une bande terrible était en train de se monter « les blacks d’Elvis ». Je suis en permission, je sors de gare de l’est et je descend jusqu’ a Strasbourg-St-Denis pour manger un hamburger et je rentre là ou il ne fallait pas... Je vais au comptoir pour acheter mon mcdo. Toute cette fameuse bande barre la porte et je découvre que le gars de la caserne a légèrement commis une erreur sur le nom, en fait ils se dénommaient « Les Black Devils ». Nombreux et très jeunes, Jimmy métis est venu me saluer. Il m’a dit «  nous aussi on écoute du rock ‘nr roll » on écoute les Flamands roses. »


Nico ex-Wampas « De Lyon on entendait parler des Halles, des bandes, des Balck Devils, des Balck Panthers, des Del Vikings… c’était ainsi, déjà beaucoup de légendes urbaines »
Cochran « Ceux qui m’impressionnaient le plus c’était des gars comme Petit Jean ou Jimmy Le Métis, qui foutaient la merde partout.. ils reculaient devant rien. Moi je n’ai jamais eu de problème avec eux. Mais ils étaient entourés de petits lycans qui en profitaient. « 
Thai Luc : «  Petit Jean (RIP), à qui j’ai consacré une chanson dans le nouvel album, je l’ai aperçu d’abord devant le Gibus, une bande de Teddy Boys de Meudon le cherchait. Il était fiftos mais il a vite basculé fan des meteors, dans le sillage de gars comme Zeljko, pas encore Lord. Quand je l’ai recroisé ensuite en 84, ils avaient une bonne dégaine : jean délavé et bombers retourné. Je pense que c’est l’un des premiers, avec avec Dino, le frère du boxeur Jaïd, à l’avoir fait… Une tenue idéale pour effrayer la population…. »


Le Palace


Farid des Halles : « C’est moi qui y a emmené Thai Luc, je veux dire qui a trouvé le plan. Paradoxalement c’était pas forcement pour les concerts qu’on aurait aimé. C’était plutôt « Tiens on a rien a foutre, on descend au palace… ». Une fois nous sommes tombés dans les couloirs sur Aswad, et un gigantesque jamaïcain avec poignard à la ceinture, j’ai fait ni une ni deux, j’ai pris mes docs et je suis reparti... A une autre occasion, on fraude par les toits, et nous atterrissons au concert des flying southers, que des teddy boys dans le public, et nous trois rasés, pierre, moi et son frère Hugues… »


Thai Luc : « J’y ai vue Siouxsie and the Banshees, etc… C’était la fin de la période des punks primo-arrivants à la Asphalte Jungle qui servaient de décorum pour les soirées branchées au Palace. Après 80, des concerts vraiment bien se sont succédés, The Clash ou Dennis Brown.. Et pour nous gratuitement.. On rentrait avec Farid, Roudoudou, Tristan, Guy la rose.. tous les mecs et les filles dans nos chansons.. Tu descendais grand boulevard, tu remontais la rue du faubourg, la cité bergère, s’y trouvait une porte, jusqu’au sommet par les chambres de bonnes, on redescendait par la cours intérieure c’était un peu dangereux. » 


Musique


Nico « Le premier 33t de la Souris tournait en boucle. J’avais découvert LSD par la presse, un papier dans Rock’n’Folk. Bizarrement j’écoutais aussi Taxi-Girl.  »
Cochran : « Il y avait ce coté de la souris, assez œcuménique. Je pense qu’avec le recul leurs textes deviennent de plus en plus intéressants. Ils parlent d’un microcosme, mais c’est un peu comme François Villon, qui narrait les aventures de quelques gars autour de lui et finalement tout le monde comprend. Thai Luc a un réel talent pour rendre tout cela universel. »
Farid des Halles : « En fait on suivait un groupe, « garde du stade », celui d’un mec qui m’a mis au keupon quand j’avais 14 ans, lui était lycéen « gare du stade ». Ils repéraient chez un gros bourge qui avait son propre studio au Vésinet. La souris y réalisait aussi ses maquettes. Ils avaient après un concert en commun dans un lycée porte de Clichy. Quand le proviseur a vu les modèles, il a annulé le truc immédiatement. Cela nous a rapproché. C’était en 78.

Madj : « J’ai rencontré Thai Luc sur la fontaine à l’été 80, ils me semble qu'à ce moment, ils n'avaient sorti qu'un 45t. Je lui ai demandé si La Souris était un groupe Punk, il m’a répondu par la négative mais que c'était entre Bill Halley et Sham 69. Pas de meilleure définition finalement. Je garde le souvenir d'un concert en 84 dans une casse de voiture, au fort d'Aubervilliers, avec un décor fait d’épaves de caisses. Nos routes se sont également recroisées quand en 90 ils m’ont sollicité pour établir le contact avec Suprême NTM afin que ces derniers tiennent leur première partie pour un concert à l’Olympia. « 


Thai Luc : « Les réputations sont marrantes avec le recul. On a été interdit sur Paris après l’Opéra Night, c’est pour cela que nous nous sommes retrouvé au Rose Bobon, ou d’ailleurs répétaient aussi Oberkampf et Nicolas Sirkis avec Indochine.  Je raconte parfois cette anecdote. La première fois que j’ai vu Les innocents, c’était lors d’un concert à la fac d’Orsay, en 81. Sur scène JP Nataf avait marqué skinhead sur sa guitare.. J’étais outré je me serais jamais permi.. Je pense qu’il devait triper sur la compilation OI sorti pas longtemps avant. »


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