Never trust a marxist in football !

01/08/2012

Il arrive que la grande histoire rencontre celle que l'on qualifie parfois un peu facilement de « petite ». Ainsi Lise London, décédée le 31 Mars dernier, fut durant les années trente une vibrante militante du sport rouge à la FST, l'ancêtre de la FSGT. Cette héroïne des Brigade internationales, résistantes puis déportée à Buchenwald, qui incarna également, avec son époux, la lutte contre le stalinisme ( immortalisée par le livre puis le film « L'aveu »), a donc d'une certaine façon beaucoup de chose à nous raconter sur l'histoire du sport populaire. Des interrogations qui paraissent étrangement d'actualité, tout comme, plus largement les combats de toute son existence contre le fascisme.

(paru dans sport et plein air, revue de la FSGT, juin 2012)

Née Elizabeth Ricol, cette fille d'immigrés espagnols va grandir dans la commune de Vénissieux, cité ouvrière ou se côtoient de nombreuses communautés de migrants venues travailler dans les usines de région lyonnaise (ce qui reste encore aujourd'hui le cas). C'est un fief du mouvement ouvrier et de la gauche ( mairie socialiste jusqu'en 1935, puis communiste) face à Lyon « la Bourgeoise ». La jeune Lise rejoint vite les rangs des JC ou elle se montre très dynamique sur le terrain social et culturel. Par ce biais, elle s'investit également en faveur de la démocratisation des pratiques sportives auprès des jeunes ouvrières. Non sans sans rencontrer des résistances qui sonnent étrangement actuelles , comme elle s'en souvenait dans ses mémoire parues en 1996 « Le printemps des camarades » : « Nous avions maintenant un club féminin, rattaché à la Fédération Sportive du Travail (FST), ou l'on pratiquait l'athlétisme et le basket-ball. C'était une nouveauté et les parents se faisaient tirer l'oreille avant de permettre à leurs filles de venir s'entraîner , courir, sauter en maillot et petite culotte sur le terrain municipal. Que de préjugés avons nous du combattre. »


Elle dresse aussi un tableau saisissant des rapports entre la FST et le Parti communiste, ainsi que, déjà, les difficultés de faire rentrer la jeunesse dans le rang et le besoin de tenir compte de la réalité du terrain :
« A Vénissieux, Dupic et Turel animaient déjà l'équipe de football de la FST, mais plusieurs dizaines de jeunes gens refusant d'adhérer au club pratiquaient le sport sauvage. Par nos cours d'alphabétisation, nous avions la liaison avec eux et nous nous efforcions de les convaincre d'entrer à la FST. « D'accord, répondaient-ils, mais à la condition d'avoir notre propre club à nous, indépendant de celui qui existe déjà, dirigé par des gens dont nous n'acceptons pas l'autorité. «  cela posait un délicat problème : deux clubs de la même fédération dans la même localité ! Cela ne s'était jamais vu ! Nous fîmes valoir à la réunion du Parti que mieux valait regrouper la jeunesse sportive dans deux clubs de la même fédération dans deux clubs de la même fédération que pousser une partie d'entre elle dans les bras d'une fédération rivale qui lui promettait monts et merveille afin de pouvoir s'implanter à Vénissieux.  Que de discussion sur ce sujet ! A la fin, Turel et Dupic se rallièrent à notre point de vue , certains que plus tard se réaliserait la fusion des deux clubs : ce fut d'ailleurs le cas. Je me souviens avec amusement des combats que se livraient sur le terrain municipal les deux équipes rivales soutenues par leurs ,dans respectifs... Nous étions en plein vaudeville digne de Clochemerle ! Les joueurs se retrouvaient ailleurs , ensemble, dans nos cellules de la JC, les comités de jeunes chômeurs, les syndicats.. »



Sa rencontre avec le sport « rouge » aura aussi des répercussions décisives sur la vie de jeune fille.
« Durant l'année 1932, il y eut un événement qui nous occupa beaucoup et qui joua un rôle décisif dans ma vie : la tenue , cet été-là à Lyon, d'un rassemblement sportif national dans le cadre des Spartakaides mondiales lancées par l'Internationale rouge des sports, sous le signe de la fraternité entre sportif et de l'antifascisme. » Elle rencontre en effet Auguste Delaune, secrétaire national de la FST, à cette occasion. Ils se marient rapidement. Elle le suit à Moscou ou, comme tous les bons militants, il est envoyé se former au marxisme-léninisme à la sauce Stalinienne. Là-bas elle croise la route d'un jeune militant révolutionnaire tchécoslovaque du nom d'Arthur London dont elle partagera désormais le destin. Mais ceci est une autre histoire.


Lise London « L'écheveau du temps : Le printemps des camarades » (Seuil)


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