Never trust a marxist in football !

12/06/2012

Tous les dix ans environ, la presse grand public se souvient que les jeux Olympiques ne constitue pas qu'un havre de paix et d'humanisme et qu'il n'existe pas qu'une seule Façon de penser et de concevoir pratiquement l'Olympisme. En fait à chaque anniversaire de l'Olimiada Popular de Barcelone en 1936. Pourtant, ces “olympiades oubliées” ne sont pas seulement un épisode "pittoresque" de l'histoire du sport. Elles constituent une tentative singulière de promouvoir une alternative à l'Olympisme du C.I.O., dans un contexte politique et international qui lui insufflait tout son sens et son originalité.

En d'autres mots, les partisans de l'Olimpiada Popular de Barcelone essayèrent de faire rentrer l'esprit «Front Pop'» dans le sport, en "rendant" l'olympisme au peuple - un peu à l'instar du mouvement ouvrier français qui prétendait restituer la République à la «nation laborieuse».

Dans le processus de maturation de cet événement, il faut distinguer entre la mobilisation contre les "olympiades de la honte" à Berlin, qui fut animée de manière distincte selon les pays, et l'organisation proprement dite sur le territoire catalan, prise en charge par le Comité Catalan pour le Sport Populaire, à l’origine du Comité d’organisation de l’Olympiade Populaire, et les autorités de la province autonome.

I) Le boycott de Berlin

«La participation à l’olympiade de la croix gammée signifie l’approbation silencieuse de tout ce que symbolise cette croix gammée. Elle signifie le soutient moral et financier au régime nazi. » J. T. Mahoney, président de l'Amateur Athlétic Union of U.S.A., New-York Times, 21/10/1935
«Les maîtres actuels de l’Allemagne utilisent l’olympiade comme un instrument de propagande pour le fascisme.» Résolution commune du 1er mars 1935 de L’Internationale Sportive Ouvrière Socialiste [dite de Lucerne] et de l’Internationale Rouge des Sports .

Si les jeux de Barcelone furent possibles, c'est qu'ils s'imposèrent progressivement à l'esprit d'une série d'acteurs, aussi bien sportifs que politiques ou syndicaux, qui s'étaient engagés dans la lutte contre la tenue des jeux à Berlin.

Ce fut le premier grand mouvement de boycott politique, qui ne se reproduisit dans une ampleur comparable qu'à l'occasion des J.O. de Moscou -«les jeux du goulag»- en 1980.
Entre le choix de la capitale allemande en 1931 pour organiser les jeux olympiques et leur déroulement, un épisode majeur se produisit, dont apparemment seuls les responsables du C.I.O. refusèrent de mesurer la portée:
les nazis étaient arrivés au pouvoir: anéantissant les libertés civiques, multipliant les persécutions antisémites (lois de Nuremberg du 15/09/1935) et les mesures discriminatoires de toutes natures, écrasant le mouvement ouvrier.

Un mouvement de protestation se développa d’abord aux États-Unis, dès 1933, qui émanait aussi bien :

- de certaines instances du sport américain, notamment au sein de l’Amateur Athlétic Union of United States
- d‘églises réformées (dont le Council of Churches of Christ of America)
- de la communauté juive (American Jewish Congress, Maccabi World Union of Jewish Sport,etc…)
- du syndicalisme (American Federation of Labour).

Mais en France ce fut essentiellement la gauche marxiste qui prit les choses en main. La F.S.G.T. y était sensibilisée en raison des principes qui avaient guidé sa récente réunification. Les premiers mots de la charte d'unité en témoignaient : «Devant les menaces fascistes et les dangers de guerre, les organisations sportives des travailleurs ne sauraient prolonger plus longtemps leur division …»

Le sport travailliste, qui s'était donc rassemblé en grande partie contre le fascisme, et ceci grâce aux leçons tirées de la "défaite allemande”, ne pouvait rester indifférent à ce qui se passait de l'autre coté du Rhin.

Par ailleurs le sport ouvrier nuance alors le jugement de valeurs qu'il porte sur l’olympisme. Avant 1934, il lui était farouchement hostile, et davantage sa composante communiste. Ainsi, dans L’almanach ouvrier et paysan publié par L’humanité en 1933, on trouvait, sous la plume de Robert Mension, ce commentaire sur les Olympiades de Los Angeles (1932): «Le sport bourgeois a tenu ses assises à Los Angeles. Commercialisé et militarisé, le sport bourgeois est une préparation déguisée à la guerre»

Avec l'unité, le sport travailliste décide de s’approprier le "message olympique". La condamnation de Berlin se réclame donc désormais de la défense de "l'esprit sportif". La F.S.G.T. s’investit dans le Comité pour la défense de l’idée olympique qui prolonge dans différents pays l’action du Comittee on Fair Play in Sports américain. Cette campagne pour le boycott au nom de l’idéal olympique atteint son apogée avec la Conférence internationale pour le respect de l’idée olympique qui se tient à Paris les 6 et 7 juin 1936 devant une trentaine de délégations nationales et des représentants des deux internationales sportives ouvrières. Dans l’appel qui l’avait précédé, on pouvait lire cette phrase révélatrice : «La tentative de certains des membres du Comité Internationale Olympique pour présenter le sport national-socialiste comme un modèle aux autres pays et donner par là le même contenue aux jeux olympiques a provoqué une indignation légitime parmi les partisans de l’idée Olympique progressiste.»

L’une des principales pierres d’achoppement résidait dans la politique antisémite de plus en plus virulente du régime hitlérien. Cependant cet aspect du nazisme ne semblait pas heurté la majorité des dirigeants de l’olympisme officiel. Tous n’étaient pas exempts des délires racistes de l’époque. Avery Brundage, élu président du C.I.O. en 1952, déclarait que «les juifs et les communistes ont menacé de dépenser des millions pour éviter la participation des USA aux jeux olympiques en Allemagne […]Ils ont utilisé la corruption, le mensonge et autres procédés vicieux.».
Comment aurait-il pu penser autrement, lui qui ne fut pas choqué de voire les juifs exclus des associations sportives allemandes alors que son propre club de Chicago leur fermait également ses portes.

Face à ces compromissions et ces capitulations, la F.S.G.T. tenta d'informer les sportifs sur le sort des juifs en Allemagne ainsi que sur celui des internés politiques, dont Ernst Thälmann, dirigeant du K.P.D., arrêté dès 1933 et qui mourut à Buchenvald en 1944. À Barcelone s'était aussi tenu en avril 1936 une Copa Thälmann de football, qui ne fut pas étrangère à la décision finale d'organiser les Olimpiada Popular par la suite.

La F.S.G.T. multiplia les initiatives et pressions sur les parlementaires, principalement contre le vote de crédits pour la délégation française. Elle fut rejointe dans un premier temps par La S.F.I.O. et le P.C.F., qui votèrent en décembre 1935 un amendement exigeant la suppression de la subvention attribuée à la représentation française.

La C.G.T. fit également un large écho à ce combat. La Vie ouvrière -la voix des ex-unitaires- du 7 février 1936 affichait des préoccupations identiques à celles de l'organisation sportive travailliste: «Il faut empêcher que le sport serve à la glorification du fascisme.»

La campagne du boycott fut soutenue par quelques personnalités du sport français, mais ce dernier resta dans son ensemble viscéralement “apolitique” et conservateur, prônant une participation sans condition qui le conduisit à procéder au salut olympique lors de la cérémonie d'ouverture, feignant d'ignorer ce que ce geste symbolisait pour les dignitaires nazis et le public allemand.

Malgré les espoirs que la F.S.G.T. avait placé dans l'arrivé du gouvernement de Front Populaire, celui-ci confirma l’envoi d'une délégation et l'assemblée nationale, ou pourtant le Rassemblement Populaire était majoritaire, vota même, par 521 contre une (Pierre Mendès-France), une aide d'un million de francs. En contre partie on concéda une somme (600 000 francs) aux athlètes qui partaient à Barcelone.

II) Vers Barcelone…

Les mouvements sportifs ouvriers organisaient déjà leurs propres jeux, que ce soient les Olympiades ouvrières de Francfort (1925), de Vienne (1931) et d'Anvers en 1937, mises sur pied par l'I.S.O.S. (socialiste), ou les Spartakiades à Moscou (1928) par l'I.R.S. En outre la vieille tradition des Sokols tchécoslovaques, qui devaient énormément marquer les sportifs populaires catalans par leur mélange de nationalisme et de progressisme, permettaient de tisser une filiation ancienne des jeux "populaires", remontant jusqu’au dix-neuvième siècle.

Toutefois les Olimpiada Popular de Barcelone ne furent pas inventées par les internationales sportives, mais par un comité local, ce qui témoignait de la vitalité du sport populaire en catalogne ainsi que de son originalité, aucun des deux courants du sport ouvrier n'y étant implanté. Les délégations annoncées (dont l'U.R.S.S. mais il n'y eut pas confirmation) sont composées de façon variable selon les pays. Dans le cas de la France, on perçoit parfaitement la dynamique du Front Populaire : un noyau dur, majoritaire, de sportifs travaillistes et syndicalistes, et une timide contribution d’autres courants du sport français, dont la plus notable est laïque: l'U.F.O.L.E.P.

Quelques chiffres permettent de prendre la dimension de l'événement:

-On attendait près de 6 000 sportifs dont 1 500 français et pas moins de 20 000 touristes.

- Le C.I.O. ne reconnaissait que les États. En revanche les 23 délégations prévues pour l'Olimpiada respectaient aussi le principe des nationalités :

•Algérie
•Alsace-Lorraine
•Angleterre
•Belgique
•Canada
•Catalogne
•Danemark
•États-Unis
•Euskadi (Pays Basque)
•France
•Galicie
•Grèce
•Hollande
•Hongrie
•Juifs émigrés
•Maroc espagnol
•Maroc français
•Norvège
•Palestine
•Portugal
•Suède
•Suisse
•Tchécoslovaquie

Tous les niveaux de pratiquants sont invités et répartis en trois grandes catégories:

-Compétitions d'élite
- Équipes de villes moyennes
- Clubs amateurs

A18 sports en plus des activités culturelles :

•Football
•Rugby
•Basket-Ball
•Natation
•Tennis de table
•Boxe
•Athlétisme
•Lutte
•Pelote Basque
•Tir
•Cyclisme
•Canotage
•Handball
•Échecs
•Base-Ball
•Gymnastique (exhibition)
•Aviation sans Moteurs (exhibition)

-On chercha également à donner une dimension généraliste à la manifestation, qui dépasserait le simple cadre des activités sportives, pour englober une conception plus large de la culture populaire. Le titre officiel et exact de ces jeux est de la sorte: Olympiades Populaires, semaine du Sport et du Folklore.

Les jeux ne purent se dérouler. Les premiers coups de feu dans la capitale catalane éclatèrent le jour où ils auraient du démarrer. La plupart des sportifs furent évacués par bateau spécial. Peu de participants restèrent pour se battre. Cependant la mobilisation en faveur des jeux de Barcelone établit un lien intense et particulier entre la F.S.G.T. et la cause républicaine. Dès lors les meetings de solidarité envers l'Espagne se multiplièrent. Les formes de soutien furent variées, de la grande “messe” sportive en présence des ténors du Front Populaire à la simple collecte parmi les adhérents, sur les bords des terrains, du niveau fédéral jusqu’au club de base. Les rencontres sportives de solidarité envers les républicains deviennent alors le moyen de rassembler des foules importantes.

Le 6 mars 1937, se déroule à la Cipale un match de football entre l'équipe de Barcelone et une sélection de sportifs ouvriers de la Métallurgie parisienne. L'humanité du lendemain constate avec plaisir la présence de 8 000 spectateurs «manifestant ainsi toute leur solidarité envers nos camardes en lutte pour leur liberté démocratique.»

Néanmoins le cours du conflit n'est guère favorable au Frente Popular. La rencontre à Pershing , le 1er janvier 1939, entre l'A.C. Espagnol et l'équipe du cartel des Produits Chimiques, fut disputée au profit de l'enfance espagnole. Le problème majeur devint celui des réfugiés. Les troupes franquistes rentrent dans Barcelone le 26 janvier. Les années noires ne font que commencer.


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