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17/04

Le tour de France, ou le mythe mobilisateur du sport populaire...

Le tour de France va s’élancer donc tardivement fin août. Cette institution, créée en 1903 par le Journal « L’Auto », peu respectable (à l’époque, il est clairement anti-dreyfusard et pendant la guerre plutôt collabo) ancêtre de « l’équipe », reste encore aujourd’hui un des événements les plus populaires en France et l’un des grands spectacles sportifs mondial (notamment au niveau médiatique). Et cela malgré les scandales du dopage, ses morts et ses repentis. En dépit surtout et encore d’un Lance Amstrong qui avoue béatement qu’il est impossible de gagner cette épreuve sans se charger.


Pour comprendre un tel engouement, il faut un peu remonter le fil de l’histoire et des histoires, celles notamment racontées par tant de belles plumes (s’il existe un sport littéraire, c’est bien celui la, comme le démontre la très belle anthologie de Benoît Heimermann « Ils ont écrit le Tour de France : La Grande Boucle vue par les écrivains » chez Flammarion). Il faut peut-être commencer par le détour inévitable des usines et de leurs masses laborieuse, d’une certaine culture ouvrière de l’effort et du courage, «  […] le moment crucial ou le progrès industriel de la société contemporaine est entrée en contradiction avec la dure condition de vie imposée aux milieux populaires ».( Patrick Gaboriau, Le tour de France et le Vélo. Histoire sociale d'une épopée contemporaine, Paris, L'Harmattan)


La grande boucle n'a cessé de dessiner et redéfinir les contours du pays, les imaginaires et les légendes. Elle a apposé quelques lignes dans le roman national. Une mémoire collective constitue bien un ciment plus ou moins solide pour ce fameux "vivre ensemble" dont se gausse aujourd'hui nos politiques. Cette épreuves cycliste dépasse son sport -même ceux ou celles qui ne l'aiment pas la suive. Elle a également donné à la France l sentiment d'être le centre d'un Monde, celui de la petite reine, ce qui ne lui arrive pas ou plus souvent. Il y a bien sûr les laissés pour compte, notamment les immmigrés des dernières vagues d'Afrique ou d'Asie. Des banlieues ou les suceurs de roues ne passent que très rarement. Sa persistance, sa résilience, dans le coeur des français et des française n'en demeurent pas moins remarquable quand il lui manque tant des ressorts et des recettes de son grand rival qu'est le football (collectif, abordable, y compris économiquement culturellement ouvert, et qui se pratique ou se regarde en continue).



Le vélo, objet du désir ouvrier, du rêve paysan, transformé en emblème écolo des néo-citadins, parfois en amour vintage chez certains bobos, va donc suivre un destin débordant l’« emprise » économique de cette discipline éminemment professionnelle (et qui concentra précocement la critique du sport commercial, cf. « Les forçats de la route » d’Albert Londres en 1924 ). Rappelons-nous au passage que le jeune brigadier Pierre Sémard, futur dirigeant communiste et héros fusillé de la résistance, arrondissait sa solde en participant à Valence à des courses. Donc alors au-delà de la caravane publicitaire, des contrôles contrariés de l’AFLD , c’est bel et bien d’abord cette grande messe symbolique que tout le monde s’apprête à célébrer : l’amour du peuple peut être aveugle, il signifie toujours bien davantage qu'il ne semble.

King Martov


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