Never trust a marxist in football !

31/07

105 ans . Plus d'un siècle que Jean Jaurès a été assassiné, le 31 juillet 1914, par un certain Raoul Villain qui sera acquitté juste après la guerre, avant d'être lui même tué par des anarchistes espagnols en 1936. Si le fantôme du grand homme panthéonisé plane aujourd'hui sur une gauche sans repère et sans courage, est-il possible de retenir également pour le foot deux ou trois choses de son ou ses engagements ? Tentons l'impossible, et gageons qu'il nous pardonnera du haut de son éternité ce petit jeu quelque peu forcé, lui qui se révéla si souvent iconoclaste. Après tout, ce fut dans "l'Humanité" qu'écrivit Henri Kleynhoff, footballeur « socialiste », père fondateur du sport ouvrier en France…

1) Un foot français sans complexe d'infériorité


Quand Jean Jaurès rejoint un socialisme hexagonal divisé en de nombreuses chapelles (allemanistes, guesdistes, etc..) et un mouvement ouvrier ou le syndicalisme se cherche, le point de gravité mondial de son « nouveau camp », sur tous les plans, notamment intellectuel, se situe en Allemagne (avec des figures phares telle qu' Edouard Bernstein). Mais loin de se laisser impressionner par un univers qu'il connaît parfaitement - pensons à sa thèse en latin sur « Les origines du socialisme allemand »-, il décida de bâtir, notamment au travers d'une lecture très particulière et distanciée du marxisme (un peu à l'instar, à l'autre bout du spectre, de Georges Sorel), une conception singulière du socialisme. Le foot français va surement devoir s'inventer lui aussi, et enfin, un modèle assumé et décomplexé, ce qui ne sera pas simple avec la pression que fait peser sur ses épaules et ses crampons la réussite hégémonique teutonne. Il est peut-être temps surtout d'intégrer et d'expliciter la singularité historique de notre foot, de la penser, sans forcément s'évertuer à copier l'impossible osmose pop et financière à l'anglaise ou l'acculturation inimitable du calcio. Bref il nous faut un Jaurès du foot français.


2)La force du verbe


Si Jean Jaurès resta et reste un des grandes personnalités de notre vie politique, même après 100 ans de deuil, c'est qu'il fut d'abord un immense tribun et un homme de lettre, et que dans les deux cas, il marqua son temps par ses écrits, par ailleurs aussi par ceux qu'il fit écrire dans l'Humanité, et évidemment ceux qui l'entendirent haranguer les foules de grévistes à Carmaux ou lors des congrès ou il devait batailler dur, notamment contre Guesde, à une époque ou les mots pesaient leur poids de vérité et de conviction (et non de buzz sur les réseaux sociaux). Le foot français a perdu les deux, si tenté qu'il ne les ait jamais possédé. Revenir « au début était le verbe », et surtout croire que le jargon appelle l'action tout autant que l'inverse, à une époque ou le sélectionneur nationale en incarne la négation absolue, s'apparente à une nécessité aussi bien éthique que pragmatique. Les centres de formations devraient y penser avant de balancer quelques cours basique de citoyenneté pour combler les vœux du ministère et trouver la bonne manière de redorer le rôle de la parole et de la prise de conscience, et se dire que le langage du foot peut aussi devenir son principal moteur...


3)L'ancrage populaire et le socialisme


Le combat d'une vie, tenir les deux bouts d'une conviction et du combat politique. Le syndicalisme et l'unité socialiste, s'ouvrir aux luttes ouvrières et garder le contact avec les républicains. Tout ce qui manque au foot actuel. Le respect des droits individuels et le souci de l'intérêt collectif tout en rejetant le pouvoir de « l'aristocratie de la richesse ». Jaurès défendit les mineurs de Carmaux et le peuple de la ruralité, le foot français semble désormais incapable de rassembler celui des cités et des zones périurbaines, de forger l'unité de toutes les composantes du foot populaire.


4) La république (du foot ) repensée


On écrit souvent que Jaurès convertit les socialistes à la défense de la république, tout comme il les rallia à la cause d'un capitaine juif et bourgeois, Albert Dreyfus, aux noms des grandes valeurs universelles de 1789 dont le socialisme devait porter l'esprit jusque dans le social. Pourtant, et c'est le plus important dans l'affaire, le républicanisme jaurésien, pour peu qu'il n'ait jamais survécut à son unique maitre à penser, ne se limitait pas ou ne se résumait pas à un banale idéalisation de la révolution, il voyait plus grand, il enchaînait sur un second souffle, il exécutait de grandes transversales. Il ne se contentait pas du briandisme et de ses faux apaisements à l'instar de l'actuelle équipe de France avec son unanimisme si sage et parait-il réconciliateur. Il souhaitait bien l'alliance avec les républicains, mais pour établir l'impôt sur le revenu. Une telle disposition sur la fiscalité partageuse devrait recouvrir tout son sens pour un football qui ne sait toujours pas formaliser ce qu'il peut apporter à la société française au lieu de toujours réclamer son « du ».


5) le patriotisme et l'internationalisme


Une phrase mille fois usitée dans les colloques, les brochures et autres récupérations de bon aloi : « Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène. » Ce bel aphorisme symétrique n'en est néanmoins pas dépourvu d'enseignements en philosophie politique pour le foot français qui ne cesse de battre sa coulpe face à son inextricable déchirement entre mondialisation heureuse et sélection nationale douloureuse ( de l'exode de nos joueurs aux débats nauséabonds sur la binationalité). Le patriotisme jaurésien n'est ni craintif ni belliciste. Il ne se pose pas la question de chanter la marseillaise, mais chez ce grand défenseur par exemple des langues régionales ou celui qui commença (un peu) à percevoir l'enfer colonial, il importe d'abord d'éclairer ce que peut signifier de le faire. Le foot français devrait également se le demander : qu'est qu'être patriote ? On lui impose bien de le dire, de le chanter, de le proclamer quand plus personne ne s'en sent l'obligation ailleurs, il a bien de le droit en retour d'en donner ou d'en élaborer sa version et sa définition…

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