Never trust a marxist in football !

23/05

De fait, que cela plaise ou non aux frustrés de la grandeur contrariée du foot hexagonal et autres journalistes regrettant le manque d'ambition de nos clubs (et désormais la faiblesse de la valeur « travail » chez les pros « de chez nous ») – admettons-le en toute cohérence capitaliste avec cette pointe de masochisme caractéristiques de nos ultra-libéraux tricolores du ballon rond- , le coeur de notre championnat bat toujours davantage vers le bas du classement que dans la course à la Champion Leaguele. Rien ne résume mieux la passion française pour le foot que la lutte pour le maintien.

La France resta trop longtemps un pays ou l'on jouait plus au foot qu'on ne le regardait ou le supportait pour que la situation se transforme radicalement en à peine vingt ans. Et peut-être aussi que les médias et les « spécialistes » regardent au mauvais endroit dans le classement. Et si de fait, la véritable colonne vertébrale, l'essence et le particularisme du foot français, se nichaient dans la course au maintien, en plein accord avec l'histoire et la culture politique de l'hexagone?

La France aime transformer les défaites et les retraites en grande épopée. Bir-Hakeim, « héroïque » défense de la 1er brigade Française Libre qui bloqua seule du 26 mai au 11 juin 1942 les troupes italiennes et de l'Afrika Korps, est ainsi devenue le symbole d'un honneur militaire retrouvé . Et une station de métro au même titre qu'Austerlitz. Quand à la grande guerre, dont nous célébrons le centenaire, elle fut surtout l'hécatombe obstinée des tranchées, sur le territoire nationale, pour contenir la poussée des armées allemandes et ainsi éviter une seconde humiliation après 1870. D'ailleurs sur le terrain politique, l'un des symboles politiques les plus forts demeurent la barricade, qui de la Commune à mai 68, se signala davantage par sa capacité à encaisser les assauts qu'à remporter la victoire. A gauche comme à droite, celui qui tient (De Gaulle le premier, « préservant », quitte à jouer au charmeur de serpent face au peuple, le statut de « grande puissance » de la France) surplombe éthiquement et moralement le vainqueur ou le conquérant.


De ce point de vue le maintien en L1 , ou dans les divisions inférieures de manière plus accessoire, joue un rôle singulier dans la vie d'un club et dans les livres d'or qui fleurissent à chaque anniversaire. Finalement, la saison 2007-2008 du PSG, frôlant l'humiliation d'une descente en l2 a presque plus marqué les mémoires des supporters que les titres et les exploits européens, avec le plus beau rôle jamais composé par Pauleta sous le maillot parisien. Le FC Nantes célébra son maintien peut-être plus fortement que ses remontées. Et garder sa place dans l'élite au fil des décennies constitua presqu'un exploit aussi fort que d'aligner les trophées. Sans oublier que quelque part la vraie question qui agite l'esprit du promu réside évidemment dans son envie d'éviter l'implacable mécanique de l'ascenseur. Le contrat est rempli dès qu'il remet le couvert une seconde fois d'affilé.

Alors que la L1 semble de plus en plus destinée à un PSG sur-armé financièrement et une ASM fiscalement épargnée – et pour tout dire, que ceux qui s'en étonnent demande au gouvernement la nationalisation du foot pro ou l'annexion totale de Monaco- , cette tendance lourde n'est pas prête de s'affaiblir. Le combat chaque saison du FC Sochaux pour sauver les meubles illustre à merveille la persistance de la qualité première de cette vénérable institution emblématique de l'ancien modèle paternaliste patronal et de la toute puissance de l'automobile « bleu-blanc-rouge » au sein du capitalisme « dans un seul pays », , qui tente dorénavant par tous les moyens de garder son rang et sa visibilité. Ne s'y projette-t-il pas quelque chose qui rappelle les débats sur le « déclin » français et autour des moyens de le conjurer dans un contexte économiquement tendu, socialement fragilisé et idéologiquement instable


Le futur championnat de France aura donc certainement la tête tourné vers les modèles anglo-saxons, ou les « valeurs » travail et réussite permettront de récolter en échange quelques gains dans le classement UEFA. Toutefois le reste des clubs ne seront préservé de l'ennui du milieu de tableau que par la lutte pour demeurer à bord du radeau des droits télés. Les plus beaux instants, ceux qui forgent une âme ne se vivront plus dès lors que de trop rares victoires offriront ces bouffées d'air des trois points qui épargne in extrémis le naufrage une saison. Nul doute que le palmarès des Césars ce soir offrira aussi sa version de ce besoin très « national » de croire que seule la « résistance »- l'art de résister- est belle.


Votre compte sur SOFOOT.com

0 réaction ;
Poster un commentaire


0 réaction :
Poster un commentaire