Never trust a marxist in football !

24/11/2009

Le foot, c'est un peu comme le sexe : sans imagination, il y aurait peu de chance que l'espèce se perpétue. Bref ce sport comme un autre dépérirait vite si l'on ne pouvait fantasmer sur ce qu'il véhicule. Exemple type, le statut à part que monopolise l'OM dans le spectre idéologique du foot hexagonal. Il bénéficie en effet d'une étonnante et réelle indulgence, voire complaisance, de la part de l'intelligensia de gauche, y compris dans les milieux radicaux, et cela se manifesta bien avant que les bleus de 1998 ne provoquent cette inespérée épiphanie « progressiste » envers le ballon rond.

So Foot, novembre 2006



L'OM fut dès les années quatre-vingt intronisé comme le prototype du club « populaire », avec ses supporters antifascistes qui imposent leur loi, notamment sur les tarifs des abonnements, aux « méchants » dirigeants capitalistes, son public métissé, et ses « jeunes minots du cru ». Une belle carte postale provençale entre IAM et « Marius et Jeannette », avec Daroussin en sympathique supporter gréviste, bien que vaguement électeur du FN. Un joli condensé du peuple qu'on aime quand il aime le foot. Une image certes un peu écornée depuis avec les scandales à répétition et les soupçons «de fonctionnement douteux » en interne. Néanmoins, une illusion qui résiste malgré tout devant les croquemitaines d'un OL ultra-libéral et d'un PSG réduit au Kop de Boulogne.

En résumé, l'Om représenterait un club de gauche dans un milieu foot plutôt à droite ?
Samy Johsua, militant de la LCR marseillaise, qui essaie depuis longtemps de convaincre ses amis qu'il ne s'agit pas que d'une passion de beaufs avinés, nuance immédiatement le tableau : « Cette réputation est un peu usurpée. Le club s'est toujours aligné sur la mairie. Après l'époque Deferre, en gros PS, on vit désormais l'ère Gaudin. De ce point de vue, il ne penche pas vraiment à gauche. Par contre, il faut bien séparer le club et les supporters. » Pour Didier Mattera, président des South Winners, asso historique qui se vante d'avoir été la première en France à « agiter le drapeau de che guevara dans les gradins » « il faut éviter de mettre de la politique là ou il elle n'a pas lieu d'être. Un club peut avoir une image de droite et des supporters de gauche, comme à Bordeaux par exemple ».

L'affaire, et ses ambigüités, remontent à l'arrivé de Bernard Tapie à la tête du club phocéen en 1986. Les Girondins de Bordeaux dominent alors le foot français. La rivalité entre les deux clubs va installer la distribution des rôles. Claude Bez règne « à l'ancienne » dans une ville de viscéralement conservatrice, dont la vie bourgeoise affreusement rance parcoure l'œuvre de François Mauriac. Il manie la provocation sur un registre « le bon sens de chez nous» et se dit « fasciste éclairé ». Il arriva ainsi au Vélodrome en 1990 dans une limousine blindée, comme s'il visitait un pays du tiers-monde au bord de la guerre civile.

Bernard Tapie transforme alors radicalement la donne footbalistique. Il va se servir de l'OM, pour asseoir ses ambitions politiques (député puis ministre de la ville sous Pierre Bérégovoy avant la chute OM-VA), et non plus l'inverse. Didier Mattera s'en souvient encore : « L'OM, Ce fut un tremplin en politique, une vitrine dans sa quête d'une dimension nationale. Tapie ne nous a pas donné des idées, on les avait avant qu'il arrive ».

Mélangeant course à la coupe d'Europe et chasse aux voies, il va formaliser dans le même mouvement une nouvelle façon de penser le foot pro et de concevoir la gauche. Une gauche « entrepreneuriale », qui croit en la réussite individuelle, pratique la gym à la télé avec Véronique et Davina et apprécie le public métissé du stade vélodrome autant que la cuisine exotique. Une gauche «américaine » qui fait son show et du buisness, et qui va en donner aux suppporters marseillais, devenus des partenaires, pour leur argent. Un choc frontal aussi avec le FN. Les South Winners mène « un combat antifasciste quotidien » expulse les fachos trop expansifs des tribunes, pendant que Tapie affronte Lepen sur les plateaux de télé et dans les urnes. Résultat, un « miracle » qui ne cesse de surprendre au vue des tentations xénophobes qui s'expriment dans le reste des tribunes du pays. Alors que le FN totalise entre un quart et un tiers des voies (bien plus qu'il ne peut en rêver à Paris), le stade vélodrome reste, selon Samy Johsua, « un des rares, sinon le seul, endroit ou le racisme est absent à Marseille. Ici c'est aussi le fort sentiment marseillais qui joue. Dans le stade et autour de l'OM, le FN apparaîtrait comme diviseur, d'où un manque total de légitimité. »

L'extrême droite piégée par un réflexe identitaire dont elle profite par ailleurs. Le club participe ainsi, poursuit le militant trotskiste, d'une« pacification sociale dans les deux sens, en partie dans une atténuation de la lutte de classe, mais aussi en rassemblant dans une ville qui pourrait être violemment déchirée entre communautés. Les supporters mobilise davantage des valeurs populaires ou sociales qu'explicitement politiques. Enfin pour ce qui concerne le club, on bascule sur un credo classique dans le contexte du foot actuel. L'OM n'est certainement pas dans cette optique à gauche». Bilan contrasté, au final, pour tout marxiste qui se respecte, non ?


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