Never trust a marxist in football !

13/12/2009

Alors que le débat sur l'identité nationale se cristallise de fait sur l'islam et accessoirement sur l'immigration, y compris dans la tribune de Nicolas Sarkozy parue la semaine dernière dans [le Monde->http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/08/m-sarkozy-respecter-ceux-qui-arrivent-respecter-ceux-qui-accueillent_1277422_3232.html] dans l'intention de recadrer un opération droitiste qui lui revient à la figure comme un boomerang frontiste, une fois de plus le football, à défaut de résoudre les problèmes, permet au moins de replacer certains des termes de l'équation dans le bon ordre.

D'où cet article paru voici 3 ans et que je pense particulièrement d'actualité au moment ou notre président préconise une pratique « humble » de la religion. Quid alors du footballeur qui fait sa prière avant le début du match au moment ou son collègue se signe avant d'entrer sur le terrain ? Et surtout si le football se révèle la véritable religion du vingtième siècle, comment obliger ses « fanatiques » à respecter la laïcité à la française ? En leur interdisant de recevoir les subventions et autres aides déguisées des collectivités territoriales, [qui viennent tout juste d'être épinglées par la cour des comptes,->http://www.lemonde.fr/sport/article/2009/12/10/pour-la-cour-des-comptes-l-argent-consacre-par-les-villes-au-sport-professionnel-n-est-pas-toujours-bien-utilise_1278611_3242.html] décidément le véritable bastion de l'opposition dans ce pays.

Comme souvent dans le foot : capitaliste pour la fiscalité, keynésien pour la politique, et catholique pour les affaires d'argent.

Foot et islam, les nouveaux transferts...

So Foot, mai 2006


Si la présence massive de l'islam en France résulte sans conteste des diverses vagues d'immigration qui sont succédées depuis 50 ans (du Maghreb, d'Afrique noire, etc...) et de leur enracinement sur le territoire national, on oublie parfois qu'il se manifesta auparavant une réelle fascination intellectuelle pour la religion de Mahomet. De René Guenon, chantre de la pensée anti-moderne parti « se réfugier » au Egypte sous le nom de Cheick Abdel Wahed Yahya, au commandant Cousteau (sans comparaison évidemment), voire dans le registre des arts le cas du chorégraphe Maurice Béjart. Bref certains membres de nos élites embrassaient la foi du prophète par choix personnel ou anticonformisme mystique (il suffit de lire certaines déclarations de Michel Foucault sur la révolution iranienne pour comprendre le hiatus), et cela bien avant que la Kabbale soit assaisonnée la mode hollywoodienne.

Or depuis quelque temps, les sportifs ont pris le relais (avec le cas emblématique du basketteur Olivier Saint-Jean alias Tariq Abdul-Wahad). Toutefois leur geste semble nous enseigner bien autre chose que les quêtes de spiritualité de leurs prédécesseurs, même s'il reste difficile de démêler l'écheveau des motivations personnelles et du poids du contexte. Ainsi, ces conversions qui se multiplient de manière significative dans le petit monde du football nous révèlent des réalités profondes de notre société et de son rapport au religieux.

Et c'est peu dire, voire un euphémisme, que l'islam alimente de nombreux phantasmes. La deuxième religion du pays, bien qu'il s'avère très difficile de connaître le nombre exact de ses pratiquants (probablement entre 4 et 5 millions), reste encore fréquemment perçue comme étrangère (car liée à l'immigration), même si aujourd'hui une grande partie des musulmans sont des citoyens français, voire menaçante, puisqu'elle est fréquemment réduite à l'islamisme (le traitement médiatique style TF1). Philippe de Villiers s'apprête d'ailleurs à mener sa répugnante campagne présidentielle autour de la thématique de l'islamisation de la France, vieille rengaine xénophobe qu'il essaie de recycler pour récupérer les voies lepénistes.

Le dynamisme de l'islam inquiète donc autant qu'il interroge. Dans cette optique, le phénomène des conversions n'est pas anecdotique. Il reste encore toutefois difficile à mesurer, d'autant plus que les rares données disponibles, notamment des RG, demeurent focalisées sur la peur des réseaux terroristes. Plus prosaïquement, dans le domaine du sport, il suffit que Troussier reconnaisse sa conversion pour susciter un trouble certain chez les journalistes sportifs et un émoi réel dans les comités de rédaction. Il est peut-être temps d'aller au-delà des on-dit et de donner la parole aux principaux intéressés. Bismillah !

Car, pour commencer, ces conversions au grand jour reflètent plutôt une normalisation du rapport à l'islam. Il s'avère aujourd'hui plus facile et naturel d'assumer la religion musulmane, y compris dans le monde du football. Dans une France, où la norme demeurait un catholicisme laïcisé (autrement dit tout le monde trouve naturel de fêter Noël ou Pâques, mais on regarde comme communautariste Kippour ou le Ramadan), de petits signes indiquent une lente mais sensible dédramatisation. Mr Charaffedine Muslim, Président de l'Association des Musulmans de Gironde, ressent également cette nouvelle ambiance. « Avant, les joueurs cachaient le fait qu'ils étaient musulmans, par exemple, Jean Tigana avait choisi, pour percer dans le monde professionnel, de renier son nom, Touré Amadou Tidiane, alors qu'aujourd'hui, c'est l'inverse, les joueurs se convertissent, et certains revendiquent même leur religiosité. »

Cette normalité se retrouve dans les propos des joueurs concernés, qui présentent leur décision avant tout comme personnelle et leur pratique comme banale. Elle ne dérange personne, sans la cacher ou refuser d'en parler pour autant. Une option individuelle qui demande le respect en retour. « Omar »Troussier parle ainsi de « liberté de conscience » et Julien Faubert, milieu des girondins de Bordeaux « d'un truc vraiment personnel. » (chacun son vocabulaire). Jérémie Janot de Saint-Étienne va à l'essentiel: « Dans tous les cas, la religion se vit de manière très personnel, c'est entre moi et Dieu et ça ne regarde personne d'autre. »

Ce point de vue renvoie finalement davantage à un référent républicain du savoir-vivre ensemble, ou le religieux est réservé à la sphère privée, qu'à un sentiment revendicatif communautaire. Tous rejettent l'idée (ou l'accusation) de se livrer à quelconque prosélytisme, notamment auprès de leurs coéquipiers. Ce souci de normalité est d'ailleurs toujours rapporté à ce qui existe déjà dans le monde du football et le désir de voire l'islam traité à l'instar des autres religions. Par exemple, la prière avant de rentrer sur le terrain est ramenée à un équivalent du signe de croix chez les Catholiques. Julien Faubert, milieu de Bordeaux se « contente de faire une prière dans ma chambre d'hôtel avant le match, puis une autre ensuite sur le terrain, avant le coup d'envoi. J'en profite pour demander un soutien à Dieu, c'est comme le mec qui se fait un signe de croix quand il rentre sur la pelouse, il n'y a pas de différence. »

Il existe étrangement presque une dimension excessivement française dans cette aspiration à l'anodin, ce que semble confirmer, peut-être sans le vouloir, Nicolas Anleka, converti depuis 1996 : « Ma conversion date de 1996. Et je reste Nicolas Anelka. Olivier Saint-Jean se fait désormais appeler Tariq Abdul-Wahad. C'est son droit. Lui vit aux Etats-Unis, où les choses et les regards sont différents. »

L'attitude de ces joueurs convertis témoigne surtout au final de leur position sociale. Ils sont parfaitement intégrés dans la société française et même plutôt bien loti. Ils ne vivent que rarement leur choix religieux comme une rupture, mais plutôt comme une facette de leur liberté de citoyen. Malek Chebel, sociologue, précise ainsi que « le fait que les gens se convertissent et revendiquent leur appartenance à l'Islam prouve s'il en est besoin qu'ils sont intégrés. L'affirmation d'une identité religieuse n'est pas à rapprocher du repli communautaire au contraire, et les footballeurs ou les sportifs de haut niveau plus généralement sont évidemment plus à l'aise pour se convertir et embrasser l'islam qu'ils sont parfaitement intégrés à la société. En embrassant plus particulièrement ce que j'appelle l'Islam des lumières ils veulent cumuler les privilèges au lieu des handicaps».

Leur succès professionnel les éloigne du profil, réel mais ultra minoritaire, du converti néophyte en déshérence sociale qui rejoint les rangs du Jihad. Un entraîneur comme René Girard, avec un bon sens bien de chez nous, en arrive au même constat: « Peut-être aujourd'hui qu'avec le métissage plus important de notre société, ce sont des choses qui arrivent plus souvent, des joueurs fréquentent des filles musulmanes et ils se convertissent. Moi, je me suis marié à l'église pour faire plaisir à ma femme alors que je ne suis pas du tout catholique ! ça ne me pose aucun problème, même si c'est un phénomène un peu nouveau pour nous... on découvre, on apprend. »

Néanmoins, les conversions sont également le fruit d'un environnement. Personne ne prend ce type de décision sans qu'une rencontre ou un contexte déclenche et oriente une quête certainement sincère de spiritualité. La religion musulmane possède, il est vrai, une réelle facilité d'accès, comme l'explique Malek Chebel « Pour la religion musulmane, vous arrivez le matin, le soir vous êtes converti. L'islam bénéficie d'une facilité de conversion et de pratique confondante. Autre point fort aussi : elle est facile d'accès, on l'a dit, monothéiste et reconnaît les autres religions. C'est stimulant pour les gens qui se convertissent car il s'agit d'un prolongement de leur propre religion. Je pense notamment aux Catholiques, car ce sont souvent des Catholiques qui se convertissent : ils n'ont pas l'impression de trahir leur religion. »

Ces conversions procèdent en effet aussi d'une vision et de la place de l'islam en France, particulièrement dans les milieux populaires et les « cités ». Akhenaton, rappeur d'IAM, lui-même converti sait bien de quoi il parle: « Surtout culturellement, les gamins qui arrivent dans le football grandissent dans des quartiers pluriethniques ils ont une approche de cette culture que la société française a toujours refusé de vulgariser. »

Dans le chemin de la conversion, l'environnement de départ s'avère déterminant. Il représente l'espace indispensable de rencontre avec la religion musulmane concrète, dans un rapport positif à sa pratique et à ses valeurs. Au sein des cités populaires, la religion s'offre comme un élément stable et surtout une évidence, un point de repère, loin d'une société française qui s'était de plus en laïcisée et athéisée. Comme le dit Anelka, en forme de sublime tautologie : « Tout le monde sait qu'un dieu existe. Après, chacun son dieu. » Julien Faubert, milieu des girondins de Bordeaux, décrit lui aussi son parcours de la sorte, « En réalité, j'ai appris à connaître cette religion très tôt, dans la cité où j'ai grandi, près du Havre. Comme ma mère travaillait, j'ai passé dès 5 ans l'essentiel de mes journées chez mon meilleur ami, dont la famille était musulmane. C'est là que je me suis familiarisé avec les rites et les thèmes de cette religion. Puis j'ai commencé à lire sur le sujet assez rapidement. »

Bruno Etienne, Directeur de l observatoire du religieux, enseignant à l'IEP d'Aix-en-Provence, y voit le poids de l'identification à son groupe le plus proche et le besoin de façonner une identité, notamment en opposition au regard dominant (Le contre-exemple de Troussier qui résulte, selon ses propres mots, de sa présence au Maroc et donc se fondre dans le moule majoritaire) « C est ce qu'on appelle des groupes de pairs avec l'idée de convivialité, de jeunes qui sont dans la même galère. Ce sont des conversions qui leur donnent une identité factice, une solidarité avec leur pote. .. et dans ce cas, c'est aussi un problème d'identité par rapport à l'hégémonie, à la dominance. »

Malek Chebel rajoute que « ce clivage est aussi souvent un clivage de classe : les élites font souvent une démarche individuelle et alors que les classes plus populaires se convertissent plus pour des raisons de convention, ou des raisons basiques. Un intellectuel va stimuler sa conversion par une culture mystique, il y a ainsi beaucoup de physiciens, de chimistes, de chercheurs qui se convertissent et l'on imagine aisément que personne ne les y pousse. Le footballeur, lui, n'est pas censé avoir fait de théologie. Il s'inscrit plus souvent dans une logique de groupe, ou alors son épouse est musulmane, cela obéit en tout cas à une nécessité de fonctionnement, de vivre ensemble »

Cela dit certains pros poussent au-delà. Jérémie Janot, qui n'a pas encore franchi le pas de la conversion, cherche d'abord à se documenter au maximum « J'ai vu Tarik Ramadan un jour à Saint-Étienne faire une conférence de deux heures. Je suis arrivé en retard et les gens étaient assez surpris de me voir. Je n'ai pas du tout senti d'intégrisme dans ses propos ni de haine envers quelconque institution de la République. Il y avait beaucoup d'interventions. C'était vivant. J'ai lu le Coran, j'ai lu des essais et j'ai assisté à des colloques. Je ne me suis pas converti, mais si je dois choisir une religion monothéiste, ce serait celle-là. »

La présentation de l'islam dans les médias, sa caricature (sans jeu de mot) médiatique, souvent vécu de manière stigmatisante, avec des procédés d'amalgame cité=islam= terrorisme, joue paradoxalement en sens inverse dans l'appropriation d'une religion identitaire interprétée en terme positif dans le quotidien du quartier, et qui en devient emblématique. D'ailleurs Mr Charaffedine Muslim, Président de l'Association des Musulmans de Gironde ressent « qu'à chaque fois qu'il y a une surpression médiatique anti-islam, il y a une augmentation des conversions. » Malek Chebel ne dément pas « Oui parce que ces attaques renforcent l'image d'une religion plus humaine, plus sensible, plus souple... Et puis, les Musulmans dignes de ce nom ne prêcheront jamais la violence. »

Ce sentiment de rejoindre une religion « positive mais raillée », peut correspondre ensuite au sentiment d'être stigmatisé en tant qu'enfant des quartiers. Après son séjour à Dubaï, Nicolas Anelka n'avait n'a pas eu de mot assez dur sur le retour médiatique de son séjour « Chacun a droit à sa religion. On essaie de me casser sur un terrain autre que celui du football et c'est dommage. Apparemment, je gêne plus que ce que j'imaginais. Il ne me paraît pas important de savoir que Nicolas Anelka, dont la vie est plutôt calme, était en vacances à Dubaï alors que les Bleus préparaient l'Euro. L'an dernier, quand je suis parti à Miami, en Floride, cela n'intéressait personne. En revanche, j'accepte les critiques dès lors que l'on parle de foot. Je peux comprendre qu'on ne m'aime pas mais là

La conviction qu'il s'agit d'une religion des humbles, des opprimés, et des incompris du système, permet aussi par la suite de contrebalancer le sentiment d'éloignement social induit par la réussite professionnelle. Julien Faubert attache une grande importance au fait que « L'islam est une religion qui aide les plus démunis, donc cela me semble normal de faire des dons d'argent ou de vêtements. Je participe comme je le peux... »

Ce chemin vers Allah qui débute dans le quartier, par imprégnation, se prolonge souvent dans les débuts de carrière, on il arrive de croiser dans les centres de formation des personnes déjà pratiquante ou qui sont sur la même pente. Julien Faubert raconte que lors des réunions des matchs des espoirs: « On parlait de l'Islam entre nous, ainsi qu'avec Jacques Faty et Taïder. Disons qu'on échangeait nos expériences, sans toutefois réellement s'influencer.» Jérémie Janot, Gardien de Saint-Étienne, avait « partagé [sa] chambre avec Zoumana Camara, qui est un fervent croyant et pratiquant et qui a une vraie paix intérieure. »

En outre l'islam, à la fois religion « neuve » et « de son temps », offre en retour un cadre de vie très conservateur et rassurant face aux aléas de l'existence d'un footballeur professionnel, une sorte d'aide psychologique spirituelle. Nicolas Anelka insiste notamment sur le fait que « dans [son] quotidien, être musulman m'aide à mieux vivre, à être parfaitement bien dans ma peau. C'est tout. Quand parfois des situations sont délicates à traverser, heureusement que la religion est là. » Même le peu conciliant Alain Perrin ne dit finalement pas autre chose « L'islam est en train de se développer. On assiste à des conversions qui ne donnent pas lieu à des attitudes particulières, si ce n est plus de recueillement avant les matchs. Dans la difficulté, les gens ont besoin de se raccrocher, de puiser une force, d'affirmer leur foi mais pas dans un sens exhibitionniste. La foi des musulmans est plus forte. »

La conversion n'est toutefois pas un acte neutre et isolé dans l'intimité. Si elle renvoie à des logiques identitaires et/ou spirituelles personnelles, quels peut-être ensuite son influence sur l'activité du joueur professionnel stricto sensu? Cette question est loin d'être simple et sans conséquence dans notre société ou le football est parfois élevé au rang d'une « religion laïque » (et l'idolâtrie constitue un grave péché pour l'islam). L'islam reconnaît 5 catégories dans lesquelles tout musulman doit classer les actes de sa vie (interdit, blâmable, permis, recommandé ou obligatoire). Le football professionnel peut se retrouver, selon les moments, distribué dans chacune d'entre elles. [cf. Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh « Limites du sport en droit musulman et arabe « in. Confluences Méditerranée, n°50, été 2004]

Sur le fond théologique, le football et l'islam ne sont évidemment pas antagonistes. Par contre, lorsque certaines déviances se produisent comme le dopage (l'islam proscrit de porter atteinte à sa santé), il peut apparaître un conflit entre les intérêts sportifs et les valeurs religieuses. Les joueurs convertis n'admettent généralement aucun problème. Au contraire, beaucoup insistent sur les affinités entre les deux champs. Nicolas Anelka que « la religion ne l'a jamais empêché de jouer au football. Elle m'aide à être encore plus fort dans ma tête. Cela me permet de relativiser. » Jérémie Janot insiste à l'identique sur leur proximité : « En fait, la religion musulmane est en plus compatible avec la vie d'athlète de haut niveau : pas d'alcool, pas de porc. Ça t'impose une hygiène de vie. » Malek Chebel le confirme : « Il n'y a aucune contradiction... c'est au sportif d'adapter sa pratique de l'islam. Maintenant, l'islam est une religion exigeante physiquement, donc conjuguée à un sport de haut niveau, il faut que le sportif soit une personnalité forte. »

Néanmoins, certaines contraintes ou interdit de la religion peuvent rentrer en opposition avec les impératifs professionnels, par exemple la question de la pudeur et de la moralité. Mr Charaffedine Muslim fournit l'exemple de Kodjo Afanou et des conseils qu'il lui donnait en certaines circonstances « Kodjo n'a jamais été gêné dans sa pratique du football et dans l'exercice de son métier vis-à-vis de l'Islam. Les seules fois où il pouvait ressentir une gêne, c'étaient lors des fêtes organisées par le club. Il était obligé d'y assister, pour la cohésion de l'équipe, mais il n'aimait pas voir toutes ces filles habillées sans l'être et tous ces litres d'alcool qui coulaient à flot. Je lui avais dit que le fait de ne pas cautionner était l'essentiel, qu'il ne fallait pas tomber dans le piège de ces filles, mais que bon, il était contraint d'y aller pour l'équipe et qu'il fallait respecter ce principe aussi. Il avait sa conscience pour lui. »

Une autre question cruciale est celle du ramadan. Le mois de jeun forme un des cinq piliers de l'islam, et la contrainte qu'il suppose (ne pas manger ni boire durant la durée du jour) peut impliquer des effets négatifs sur la performance de l'athlète. Julien Faubert semble le confirmer « Au niveau de l'organisme, c'est plus difficile pour un converti que pour un musulman de toujours de pratiquer le ramadan quand on est sportif de haut niveau. Il faut s'adapter... on m'a dit que les athlètes de haut niveau ont le droit de ne pas faire le ramadan et qu'ils peuvent compenser par autre chose. Quoi, je ne sais pas encore, il faut que je me renseigne. »

Dans un autre registre, Alain Perrin avait reproché à Saifi et Ghazi, d'avoir utilisé le ramadan pour cacher des problèmes strictement sportifs. Hakim Chalabi, médecin du PSG, apporte un regard nuancé sur le sujet : « La pratique du jeûne quelle que soit la religion peut avoir des conséquences sur la santé. En faisant abstraction du domaine religieux, il vaut mieux avoir une discussion ouverte avec les joueurs pour les protéger. On a négocié pour que le jour du match, surtout en déplacement, les joueurs s'alimentent. A ma connaissance aucun joueur n a joué a jeûn. Pour l'entraînement le matin il n y a pas de problème car on peut être a jeûn. En revanche, les entraînements du soir, et surtout les périodes d'été, sont allégés à cause des questions liées à l'hydratation. La motivation spirituelle peut décupler le courage de certains à cette occasion. Il peut y avoir des effets positifs à la pratique du ramadan : si l'équilibre alimentaire est respecté, l'activité physique a jeun puise dans les graisses, et si l alimentation n est pas trop grasse et sucrée, le corps s'affûte. »

Par contre dans l'ensemble, preuve du changement, l'environnement des clubs s'avère de plus en plus compréhensif, ne serait-ce que sous la contrainte du nombre (et le coût d'un joueur doit pousser à la ménager). Philippe Bergeroo le confirme, on cherche surtout la conciliation « Moi, j'ai été confronté à deux cas seulement de joueurs musulmans pratiquants, Anelka et Aliou Cissé. On respectait leur croyance, on avait juste à faire une réunion avec le toubib du club pour adapter leur préparation à leur rythme notamment pendant le ramadan, afin qu'ils soient dans les meilleures conditions pour exercer leur profession. » Même sur chapitre Nicolas Anelka ne joue pas le persécuté « Partout où je suis passé, les clubs ont su que j'étais musulman. Et cela n'a jamais posé le moindre problème. Quand j'ai rencontré des soucis dans mes clubs, par exemple au Real Madrid puis au PSG avec Luis Fernandez, ce n'était pas du tout à cause de la religion. À Manchester City aussi, ils savent que je suis musulman. Ils le voient bien, puisque, notamment, je ne mange pas de porc ! Et pourtant, cela n'a jamais été ébruité. Le football a ceci de beau qu'il se pratique dans le monde entier sans barrière de langue ou de race. Le foot se joue tous ensemble, sans préjugé

Le cas de Kofi Afanou, qui aurait arrêté sa carrière pro pour raison religieuse laisse donc sceptique la plupart. Pour Julien Faubert : « ses problèmes et son départ des Girondins ont beaucoup plus à voir avec des soucis sportifs vis-à-vis de l'encadrement qu'avec l'islam, qui n'a rien à voir là-dedans. Comment je le sais ? C'est Kodjo qui me l'a dit.» Malek Chebel partage : « Cela dit, si un joueur arrête le foot à cause de sa religion, je me pose des questions, cela veut dire que sa religion l'empêche de vivre dans le monde d'aujourd'hui, alors que ce ne doit pas être le cas de l'islam, l'islam est une relation à Dieu, pas aux hommes, elle ne doit en aucun cas t'empêcher de vivre dans notre société. »

Dernière question, et non des moindres, un converti joue-t-il différemment en fonction de son investissement religieux ? Le rappeur Kery James n'avait-il changer radicalement son rapport au Hip-Hop après sa conversion, ayant même envisagé un instant d'arrêter ? Rien de tel sur les terrains ou sinon ce serait le banc de touche assuré. Prosaïquement Julien Faubert résume cet équilibre, musulman chez toi et footballeur sur l'homme: « Honnêtement, ça ne change pas grand-chose à ma pratique du football. Je ne vais pas être plus mou à leur encontre sous prétexte que je suis musulman. Je suis payé pour avoir des résultats par mon club, donc il est normal que je fasse tout pour les obtenir. » Le mystère est levé, un footballeur pro musulman, même converti, veut continuer à gagner et s'enrichir. Qui l'eut cru ? Pas De villiers ?

En effet, reste un dernier point à discuter. Le pro converti est-il un produit d'appel, un modèle pour le jeune fan de foot, musulman ou non, notamment dans les quartiers ? Malek Chebel : « C'est effectivement plus que dangereux car on ne garde que la forme de l'Islam et pas le fond, c'est quelque chose qui est condamné par l'Islam modéré, on fait miroiter à ces sportifs une plus value fictive auprès de jeunes de banlieues qui ignorent pour certains ce qu'est l'islam. Le sportif a alors une responsabilité fondamentale par rapport aux jeunes. S'il a choisi de ne pas pratiquer son sport et sa foi dans la plus grande discrétion et qu'il se retrouve sur la scène publique, sa responsabilité est décuplée, il doit jouer un rôle fédérateur et être attentif au fond, et pas seulement à la forme. D'où les dangers éventuels d'une méconnaissance ou d'une connaissance très superficielle de l'islam. » Toutefois, il complète qu'en retour« parce que l'Islam est en position de minorité, toutes les passerelles qui peuvent mettre en avant l'islam sont intéressantes, d'autant plus dans une société médiatique comme la nôtre, ou le simple fait d'être médiatique signifie que l'on est bon, donc oui, cet apport de personnalité médiatique permet de donner une image d'un Islam moderne. »

Le religieux sait qu'il croit, et le footballeur croit qu'il sait...Et nous savons maintenant qu'en penser...


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