Never trust a marxist in football !

12/02

Nous remettons en ligne, pour mémoire, cette interview de Manu, ex chanteur des Sherwood Pogo, groupe mythique du punk français, auteur du mémorable titre « Paris-SG », et fondateur du KOB au début des années 1980. Elle venait en complément de l’article « <a target="_blank" href="http://www.sofoot.com/blogs/marxist/kop-of-boulogne-the-story-122994.html">The story of Ko of Boulogne </a>». Réalisés les deux en 2007, ils ne tiennent évidemment pas compte des dramatiques événements survenus depuis et le Plan Leproux qui a enterré les tribunes parisiennes.</b>

- D’où est venue ta passion du football ? As-tu joué en amateur ?

Manu – Je suis un passionné de foot. Je suis d’origine espagnole, catalane plus précisément. Mon père et mon frère ont toujours regardé le foot à la télé. Ensuite, j’ai travaillé en usine et j’ai joué deux ans en club, comme goal, à la Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT) (cf. http://www.sofoot.com/blogs/marxist/vous-vous-souvenez-du-foot-corpo-148588.html). Je commençais à être punk. Du coup, j’ai découvert l’alcool et les joints et je ratais parfois des matchs, parce que je ne me réveillais pas le dimanche matin.

- Quand as-tu commencé à entendre parler du P.S.G.? Par quel biais as-tu fréquenté le Parc ?

M. - La première fois que je suis allé au stade, c’était avec mon frère en 1978, pour P.S.G./Valenciennes, 4-2, pour la montée. J’avais même pas 15 ans. C’est comme ça que j’ai découvert l’ambiance du stade qui m’a encore plus impressionné que le match lui-même !

- Au début, tu allais au parc en famille ? Avec des potes ? En bande ?

M. – Tout seul. C’est petit à petit que j’ai rencontré des gens du même coin que moi, Colombes, Asnières, La Garenne-Colombes, qui allaient également au Parc. On se retrouvait là-bas, dans la tribune.

- Quel type de public se rendait au parc ? Quelle était la politique du P.S.G. à l’égard des jeunes ?

M. - A 17 ans, je suis allé à la boutique du P.S.G., où ils proposaient des cartes d’abonnement pour les jeunes supporters de moins de 18 ans. À cette époque, la tribune Boulogne n’existait pas encore. On était à la corde. À la saison d’après, comme nous étions beaucoup, ils nous ont mis à Boulogne. On était tous mineurs et sans style particulier.

- Comment le K.O.B. est-il né? De qui était-il composé? Comment s’intégrait-on au K.O.B ? Est-ce que vous suiviez des modèles de supporters étrangers ?

M. – Je suis parti à Londres. Comme j’avais lu une interview de Jimmy Pursey, chanteur de Sham 69, qui parlait de Westham, je suis allé voir un match des Hammers contre Leeds. Il y avait une telle énergie dans les tribunes, que j’en ai oublié ce qui se passait sur le terrain. A la sortie du stade, je me suis retrouvé au milieu de 500 hooligans qui allaient se taper avec les supporters d’en face, qui chargeaient dans les rues, qui renversaient tout sur leur passage. Je n’avais jamais entendu parler des hooligans auparavant. Punk hooligan, ça avait du sens pour moi, puisque Sham 69 avaient sa bande, la Sham Army, les Cockney Rejects pareil ! Quand je suis rentré en France, j’étais bouleversé. Lors d’un déplacement à Tours, qui était alors en première division, on s’est fait casser la tête par un mélange de supporters, de manouches et de bagarreurs tourangeots. Au stade, les flics nous provoquaient. Cet événement a forgé notre identité parisienne, contre la France entière, et on a décidé de s’organiser. Un jour, on est allé en déplacement affronter les supporters tourangeots pour nous venger. On avait jeté des fumigènes sur les mecs. Pas mal sont repartis en ambulance. C’est mon premier souvenir de violence extrême.

- Est-ce qu’on retrouvait les tribus rock dans le K.O.B. (punk, skin, mods, etc.) ? Quels rapports entreteniez-vous avec la scène musicale punk ? Des groupes fréquentaient-ils le K.O.B.? Et inversement ?

M. - Avec quelques punks, Eric, Chômeur et d’autres, on a fondé le KOP of Boulogne fin 1980. Rapidement, on était une cinquantaine. Deux mecs de mon groupe punk, Sherwood Pogo, venaient. Mais on était un peu une exception parmi les punks quand même. Il y avait aussi des autonomes que j’avais croisé dans des manifs. Il y avait quelques allumés. Chômeur, par exemple, était un électron libre fou. Il était tranquille à côté de moi, tout d’un coup, il partait taper un mec et il revenait s’installer tranquillement. À l’époque, il n’y avait pas de skins. S’il y avait un mec rasé, c’est qu’il était à l’armée. Et il n’y avait pas de groupes, d’associations, de rivalités. On était tous ensemble. On avait graffité les murs de la tribune Boulogne … Sherwood Pogo et Anarchie ! Mais il y avait aussi des supporters qui venaient à la tribune Boulogne, mais qui n’étaient pas d’accord pour autant avec la manière dont nous comportions.

- Vous considériez-vous comme des supporters où des hooligans? Les deux ?

M. – Au début, notre grand truc, c’était juste d’être ensemble. Nous sommes devenus plus méchants après un match contre Bastia. Les supporters corses sont venus dans notre tribune pour nous bastonner. On n’a rien pu faire parce que les mecs nous ont montré qu’ils avaient des flingues. En plus, ça devait être la quatrième fois que je me faisais piquer mon écharpe. A partir de là, on a décide d’aller systématiquement envahir les autres tribunes et ramener des trophées, c’est-à-dire piquer les écharpes, les drapeaux et les casquettes des supporters adverses. La plupart du temps, les mecs étaient tellement impressionnés qu’ils ne réagissaient pas. Ils se laissaient dépouiller. Je les déchirais devant eux ou je les ramenais chez moi, où j’avais un grand carton rempli de tout ce que j’avais piqué. A cet âge-là, on était en train de forger notre personnalité. On n’avait pas besoin d’idéal pour aller se battre. On venait pour supporter le P.S.G. et pour nous affirmer en tant que mecs. Je buvais plein de Ricard, un alcool qui me rend assez méchant, pour être vraiment chaud. Dans ces conditions-là, la violence arrive vite.

- Aviez-vous un code l’honneur ?

M. – “P.S.G.” est le cinquième morceau que j’ai écrit pour Sherwood Pogo. C’est une sorte de code de l’honneur du hooligan. Ne pas s’attaquer aux femmes, aux enfants, aux gens en famille. Dans le morceau, on avait plus ou moins repris un chant de supporters : “On va tout casser, on va tout niquer / Fallait pas venir, il vaut mieux partir”. Le vrai chant, c’est “Ah, il fallait pas, il fallait pas venir / Ah, il fallait pas, il fallait pas y aller / Ça c’est Paris!” De toute façon, les supporters des équipes adverses étaient surpris et avaient peur de nous. Ils n’offraient pas de résistance quand on les dépouillait.

- Suivez vous le P.S.G. en déplacement ? Comment étiez vous reçus?

M. – J’ai fait pas mal de déplacements. Je me souviens qu’on a cassé une bijouterie à Rennes, foutu en l’air les deux étages d’un grand magasin qui se trouvait sur le chemin entre la gare et le stade à Auxerre, forcé les portes d’entrée du stade à Nancy, parce qu’on ne voulait pas nous laisser pénétrer, défoncé le train du retour.

- Quand les autorités du parc, du club et la police ont-ils commencé à s’intéresser au K.O.B.? Quand ont-elles commencé à réagir en conséquence?

M. – Au bout de quelques exactions, il y a eu quelques flics dans la tribune. Comme on avait moins de 20 ans, ils se la jouaient devant nous. Ça a renforcé notre idée d’aller au stade comme on va à la guerre. Tant que je suis allé au parc, personne n’avait l’air de mesurer l’ampleur du mouvement. Longtemps, on n’était pas fouillés à l’entrée. Il n’y avait pas de cloisonnement des tribunes. A la mi-temps, on se baladait sans problème dans les autres tribunes. Il n’y avait pas de grosse présence policière à l’intérieur. Je n’ai jamais été emmerdé par les flics. C’est plutôt nous qui les avons emmerdé. Ça nous est arrivé de les charger, de leur voler leur képi. Un pote a même volé un flingue à un flic. C’est évident que ça ne pouvait pas durer. Je trouve qu’on bénéficiait d’une impunité assez grave.

- Y-a-t-il eu, à un moment, une transformation de la composition du K.O.B. ? Les skins ont-ils réalisé un nettoyage ? Boulogne territoire blanc, cela date de quand ?

M. – A partir de 1982, quelques skins, comme les mecs du groupe R.A.S., ont commencé à venir. Ils n’étaient pas fachos. Puis, il y a eu des skins de la bande des Halles. Certains ont commencé à lorgner vers l’extrême-droite et à vouloir nous faire la guerre. Mais tant que je suis resté au Parc, il y avait toujours des noirs qui venaient. C’est plus tard que les skins ont voulu que Boulogne soit une tribune blanche. Je me souviens d’une fois, où des skins étaient accompagnés d’un mec plus vieux, pas rasé mais habillé en imperméable noir, avec une mèche de cheveux, qui désignait d’une main gantée les mecs à qui casser la gueule. A cinq, on s’est passé le mot pour aller les éclater. Rapidement, on s’est retrouvés à plein pour monter, mais les flics, qui commençaient à être plus nombreux, se sont interposés. Un jour, des skins ont pissé du haut des tribunes sur un groupe d’une trentaine de noirs. A près le match, sur le quai, ils étaient là, prêts à se venger en tapant des supporters de la tribune Boulogne, sans distinction. On s’est d’abord enfui dans le métro. Et puis, on ne voulait pas se laisser faire, alors après avoir déboulonné des bancs, ramassé des trucs sur les voies, on les a attendu et ça a été le pugilat. Le bassiste de Sherwood Pogo avait ramassé une traverse de béton qu’il a balancé sur la porte d’un wagon pour la défoncer. Il y a eu des millions de dégâts. Je me suis fait arrêter et j’ai passé trois jours dans une cage à la préfecture. C’est la seule baston “raciale” à laquelle j’ai participé, mais pas du tout parce que pour des raisons racistes.

- Quand-est-ce que tu as arrêté d’aller au parc? As-tu pris du recul ?

M. – En 1984, il n’y a pas eu un match où je ne me suis pas battu avec les skins. En plus, j’allais au parc avec un cuir sans manche sur lequel était peint dans le dos un punk en train de massacrer un skin avec un couteau. A la fin, on prenait bien soin de nous regrouper avec tous les supporters de notre coin pour arriver en force au stade. Je ne m’habillais plus en punk pour aller au match pour être plus libre de mes mouvements. Je mettais une écharpe autour de l’avant-bras pour cacher une chaîne pendant la fouille. Ça devenait impossible de suivre les matchs. Je passais mon temps à surveiller si je n’allais pas prendre un siège qui vole sur la tête. Du coup, avec des potes, après les matchs du samedi, j’ai fait deux-trois descentes à la sortie du Rose Bonbon, un club de concerts de l’époque, pour casser du skin. J’ai été repéré et après, ils me faisaient chier tout le temps. Une fois, il y a eu une cinquantaine de skins qui sont venus taper, non pas les supporters de l’équipe adverse, mais du parisien. C’est ce genre de trucs qui a fait que nous, les supporters historiques du P.S.G., on a décide de ne plus se rendre au parc. J’ai été chassé, en quelque sorte. En plus, mon groupe, Sherwood Pogo, faisait souvent des concerts le week-end end. Donc, j’avais de toute façon moins de temps pour aller au match. Mais c’était plus chiant qu’autre chose. Si jamais ça avait été très sérieux, de toute façon, j’avais du répondant dans ma voiture. Chômeur, lui, est resté. Il est devenu skin et a rejoint les autres. Je ne l’ai pas revu depuis 1984.

- Quelle impression t’ont fait les événements du match du Heysel ?

M. – Les blessures graves et les morts, c’est regrettable. C’est un grand gâchis, parce que, finalement, les morts sont dus au fait que beaucoup de gens, pas habitués aux bastons entre hooligans, ont eu peur, ce qui a généré un mouvement de foule. Du coup, des grilles se sont écroulées sous la pression. Moi, je n’ai jamais été plus loin que des coups. On se remet toujours d’un coup de poing ou même d’un bras cassé. Mais on était des fouteurs de merde, sans volonté d’infliger des blessures irréversibles.

- Considères-tu qu’il y a eu une dérive du hooliganisme ? Comment vois-tu la situation actuelle ?

M. – Ça n’a plus rien à voir ! La politique est rentrée dans le stade, alors qu’elle n’a rien à y faire. On était des fouteurs de merde, avec un certain code de l’honneur, et nous n’étions pas racistes. Un raciste, avant d’être un supporter du P.S.G., est avant tout mon ennemi. La situation actuelle, c’est un peu tout ce qu’on voulait éviter.

- Les dirigeants du parc et du P.S.G ont-ils une part de responsabilité?

M. – Bien sûr. Ils ont préféré fermer les yeux. À une époque, les dirigeants du P.S.G. préféraient qu’on parle de leur club, même par la mauvaise publicité du K.O.B. plutôt que le silence.

- Aujourd’hui, tu as un fils de 19 ans, qui est en âge d’être hooligan.

M. – J’ai un fils qui est fan de rugby. Il joue au rugby, il fait de la sécu pour des matchs au stade de France et je pense qu’il ne s’est jamais battu de sa vie … Il est dans un autre état d’esprit.

Propos recueillis par Philippe Roizes et Nicolas Kssis-Martov


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  • Message posté par Story le 28/10/2011 à 09:16
      

    Le but c'est de faire détester encore plus le PSG parce que là ça va être réussi.
    Le mec n'a même pas le courage de dire que ce n'était pas de simples bagarres de rues à l'époque mais un vrai massacre, certains ont fini avec des traumatismes crâniens ou autres, perdu l'usage d'un œil...
    Croire qu'il n'y a eu que des bras cassés, c'est ridicule, il nous prend pour qui ?

  • Message posté par Atorgfr le 28/10/2011 à 10:48
      

    Je crois que t'as finalement rien compris en fait...

  • Message posté par HISTOPSG le 01/02/2012 à 12:20
      

    STORY, soit tu ne sais pas lire, soit tu ne comprends rien, soit tu es un anti-parisien primaire ou alors tu es un curé. Donc quand on te tape dessus tu en redemande, car c'est bien ce qui arrivait au premiers supporters du PSG fin des années 70, début 80. Désolé pour toi, mais quand on me fout une claque, je ne tends pas l'autre joue. Je suis un être humain, pas une serpillière où tous ceux qui sont jaloux de la capitale et de son club, viennent s'essuyer leurs pieds. Même 30 ans après, je ne me laisserais pas faire dans les mêmes conditions. Et je pense que tout supporter digne de ce nom et de son club et de quelque équipe que ce soit ferait de même, se défendre et défendre ses COULEURS. Sinon faut rester devant ta TV avec ta bière et tes pantoufles.
    Allez Paris St Germain, non à la lâcheté, non aux extrémistes et non à la violence provoquée...


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