Never trust a marxist in football !

01/04

Le roman de Lola Lafon "La petite communiste qui ne souriait jamais" (chez actes sud) a été l'une des sensations littéraires de 2014 et elle vient d'ailleurs de recevoir, à juste titre, le prix de la closerie des Lilas. Elle y explore de manière fictionnelle, au travers du personnage de Nadia Comăneci, championne d'exception érigée en modèle par le régime de Ceausescu, la situation singulière des femmes dans le sport, l'enjeu politique et l'instrumentalisation de leur corps.

interview parue dans "Sport et Plein Air", mai 2014




1) Quelle était votre ambition lorsque vous vous êtes lancé dans l'écriture de ce roman?




Il s'agissait d'abord d'un projet littéraire. Ce que je veux signifier, c'est que lorsque vous engagez votre travail d'écrivaine, vous ne savez pas vraiment fondamentalement dans quoi vous vous embarquez et ou vous allez aboutir. Je cherchais certainement comment se confronter à l'histoire d'un point de vue littéraire et cela avec un point de vue féministe. Et d'ailleurs je ne le percevais pas aussi clairement au départ. Après naturellement Nadia Comăneci m'interpellait car j'ai grandi en Roumanie précisemment durant ces années et que le personnage a marqué cette période. Surtout son destin touchait à toutes les problématiques qui m'intéressait, dont celle du genre.





2) Qu'avez vous en particulier découvert sur la gymnastique, ce « sport » dont votre héroïne fut sans conteste une des grandes figures?




Je ne connaissait pas très bien cette discipline, j'étais plus familier de l'univers de la danse. Je n'avais pas conscience de tous les clichés qui s'y collent. Je croyais notamment, à l'instar de la plupart des gens, que les entrainements dans les pays de l'est étaient plus durs, plus sévères, plus strictes. Au fur et à mesure que je progressais, j'ai réalisé finalement à quel point la gymnastique constituait un excellent outil pour décortiquer les relations entre le sport et le genre. Je ne citerais que cet exemple, pour moi ô combien symbolique et symptomatique, de cette volonté de dissimuler les muscles des filles avec des manches longues, comme si l'inévitable renforcement de leur corps affaiblissait leur image de « petite fille ». Et en retour la haine et la vindicte des journalistes à son encontre au moment ou Nadia devient une femme, alors que ses performances restaient exceptionnelles.


On aurait tendance à considérer que justement le sport devrait demeurer un espace ou chacun ou chacune puisse acquérir à égalité des savoirs faire. Or tu t'aperçois que ce domaine reproduit, parfois amplifie, les contrôles et les contraintes de la société sur les femmes et leur corps. Elles y subissent même la double pesanteurs de la compétition et des canons de féminité. Regardez Marion Bartoli. Malgré son exploit, tout le monde ne parlait que de son physique, de son « surpoids ». Dans le cas du beach volley, c'est sidérant... Un journaliste a reproduit la retransmission d'un match masculin en y appliquant les plans utilisé aux JO pour le beach féminin, inutile d'expliquer ce que ce procédé a pu révéler...


Aujourd'hui peut-on encore imaginer une tennis woman qui ne répondent pas aux critère de la du top modèle. À ce processus de surféminisation des sportives .. Le sport possède donc un lien intime avec la question de genre, la problématique de la féminité, notamment aujourd'hui pour rassurer les sponsors qui ont un « produit » à vendre.



3) Nadia a été une sportive emblématique du régime communiste roumain, comment analysez-vous les choses de ce point de vue « idéologique »?




Je relativise beaucoup. Les états communistes ou libéraux exerçaient ou exercent la même pression sur le corps des femmes, que ce soit au nom d'enjeux politiques ou des besoins du marché. Ce sont deux procédés assez similaires. Nous connaissons bien ce qui s'est produit dans les républiques populaires, le dopage, le dressage des athlètes, etc. Avons-nous bien conscience de ce qui se déroule sous nos yeux pour le bon plaisir des sponsors ? Est-ce si différent pour les sportives ? N'est-ce pas aussi grave ? Tous les régimes politiques instrumentalisent le sport et évidement ceux des pays de l'est ne s'en sont pas privés. Ce n'est pas par indulgence que je dis cela. je ne vois pas de différence profonde. Après la nuance réside peut-être dans le fait qu'à l'Est la récompense accordée aux sportives n'était pas d'ordre financier. Peut-être aussi que les ex régimes communistes ont rationalisé les choses en centralisant le lieu d'entrainement, l'école, l'habitation. Et ensuite les américains n'ont eu aucun scrupule a « importer » des anciens entraîneurs du bloc de l'EST pour recourir à leur méthode et gagner des médailles.







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