Never trust a marxist in football !

06/04

« Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». De tous les slogans soixante-huitard, celui-ci m'a toujours semblé le plus con. Aujourd'hui il apparaît le plus faux. La mode du running, de la course libre, ne cesse en effet de gagner de nouveaux adeptes et de prouver qu'il est possible de perdre du terrain en avançant toujours plus vite et longtemps. Nous sommes face à un engouement individuel, souvent sponsorisé par des marques de chaussures de sport qui n'hésitent pas via les réseaux sociaux à mettre en place des pseudos et éphémères groupes de pratiquants, ce qui en dit beaucoup sur notre époque.

paru dans "Le Progrès social"


Courir comme un con?


Il ne faut pas se tromper de paradigme. Ce dont nous parlons n'a plus grand chose à voire avec l'athlétisme old school, ses clubs pour passionnés du demi-fond, ses championnats départementaux, ses médailles du énième dimanche pluvieux. Il n'est pas question non plus d'une quelconque causalité économique qui pousserait à choisir des « activités libres» plutôt que d'en passer par le coût d'une licence, ni davantage une forme d'émancipation libertaire qui éloignerait des diktats trop prussiens de l'entraînement sur la piste municipale.


Le running est un business. Rendons-lui cela, il ne s'en cache pas. Et l'économie est toujours bien plus que de l'argent. Derrière le souci évident de vendre plus de chaussure à 100 euros ou de leggin fluo, se développe également tout un discours, une vision du monde, et surtout de la société. Peut-être même est-ce l'inverse. En tout cas, ceux qui se pressent à la color run ou autres épreuves ou des enseignes d'ustensiles de cuisines accueillent sur fond de David Guetta les heureux participants peinturlurés, s'engouffrent dans une nouvelle ère du sport. Ce dernier avait tous les défauts imaginables, toutefois il s'inscrivait dans les grands projets mobilisateurs hérités du vingtième siècle. Il rassemblait, au sens stricte du terme, des millions de licenciés dans des dizaines de milliers d'AS ou AC locales. Son existence, en bien et en mal, relevait du politique. Elle engageait les choix profonds de nos sociétés. Peu importe que la discipline concernée s'avère individuelle ou collective, impossible de penser le sport sans ce rapport ,ou cette inscription y compris en terme de relation au capitalisme et à sa « marchandisation », dans le reste du tableau social.


Désormais, l'homme ou les femmes se voient proposer un autre impératif. La quête du corps parfait, en toute « beauté », et en bonne santé, relève avant tout d'un projet individuel, d'une prise en main de son propre destin. Pourquoi s'en remettre à des structures étatistes ou administratives si lourdes et inefficaces ? Celui qui le désire vraiment a-t-il besoin d'autre chose que sa volonté pour s'en sortir des kilos en trop ou de son mal-être? Le sport n'est plus un droit. Il faut le mériter, montrer qu'on en veut. Nicolas Sarkozy l'avait compris, lui qui était passé de « loisirs » trop « vieille France » comme le foot ou le vélo à la course solitaire -entourée de garde du corps et de caméras- pour illustrer la France qu'il désirait formater, le français qu'il espérait transformer. Certes le foot et son show du parc des princes continue de l'attirer, les lumières médiatiques y brillent toujours si fort. Elle est aussi incontournable qu'un meeting de campagne ou un passage au JT de 20h. Cependant l'essentiel de son message passe par ses petites foulées loin des cadres trop contraignants de l'archaïque service public du sport « subventionné », sorte d'équivalent de la com "individualisée" sur les réseaux sociaux.


Faire du sport n'est donc plus le fruit de conquêtes sociales (petit point à se rappeler quand on se prépare à fêter les 80 ans du front pop) et encore moins une aspiration légitime du citoyen. C'est une libre décision de qui sait se prendre en main , et à pied. La multiplication de ces courses commerciales sur la voie publique, avec l'aimable concours de municipalités souvent moins bienveillantes pour le petit club en mal de subvention, se révèlent bien moins anecdotiques qu'il n'y paraît . Eh oui camarade, le vieux monde t'a rattrapé et dépassé, et maintenant tu craches tes poumons dans sa foulée...


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