Never trust a marxist in football !

09/06/2013

On a beaucoup lu de chose diverses et variées sur Clement Méric, assassiné par des skinheads d’extrême-droite à la sortie d’une vente privée, notamment de Fred Perry. On a même découvert dans les propos d’un de ses camarades, cité par Libération, qu’il avait adopté « l’esthétique redskin", et aussi bien sur qu’il était supporter du red star. Peut-être qu’un petit retour historique ne serait pas de trop à l’heure des grands amalgames.

« Salut à toi skin communiste ». Bérurier noir , décembre 1985.


Redskin, Deré, skin rouge, autant de termes associés qui semblent contradictoires. De fait, le redskin représente une belle transposition d’Hellboy dans le monde réel : toute la beauté du diable au service du bien…


1969 : les skinheads naissent en perfide Albion. Affaire de gangs ancrés par quartiers (et s’affrontant autour des matchs de foot), le mouvement skinhead originel s’enracine dans la culture ouvrière. Les skins en portent donc les fringues emblématiques : doc martens, polo fred perry, veste d’éboueur Donkey Jacket, et cheveux courts pour éviter toute accroche dans la baston (l’aggro) ou aux flics à cheval. Ils traînent avec les rude boys jamaïcains, dont ils adoptent les musiques, ska et rocksteady, et certains tics vestimentaires telle que les bretelles. Grâce ces « sauvageons », le reggae rentre même dans les charts UK ( « Liquidator » d’Harry J Allstars fut n°5 en 1969). Leur penchant pour un style particulier de production, lourde et up-tempo, accouchera d’une catégorisation typiquement anglaise: le skinhead reggae. Les artistes jamaïcains de passage leur offre quelques titres en signe de reconnaissance (Symarip et son célèbre « Skinhead Moonstomp »), abordant y compris leur déjà fâcheuse tendance à taper sur les pakistanais. En deux ans, la mode passe. Elle va néanmoins marquer durablement l’imaginaire collectif (« Orange Mécanique » en 1971).


Fin des années 1970, résurrection des skinheads dans la traînée du punk et du revival ska two tone (Madness, Specials). Ils s’inventent enfin un langage musical propre, la Oi (contraction cockney de « Hey you ! ») ou street punk. Son poète officiel, Gary Johnson, en résuma l’esprit dans les quelques strophes de "United" : "cos oi's for skins and oi's for punks, it's fun and fury, real urban funk" `
Les groupes ne sont généralement pas marqués politiquement et certains se disent clairement antiracistes (Sham 69, etc.). Malheureusement la base des jeunes skins est progressivement happée par l’extrême droite (cf. les émeutes raciales de Southall en juillet 1981, à cause d’un concert des 4 Skins). Par la suite, Ian Stuart Donaldson, leader de Skrewdriver, lance les concerts Rock Against Communism (RAC), début du « rock nazi », et la structure Blood and Honnour (devise de la SS), qui essaimera à travers le monde (et dont, selon certains témoignages, un des agresseurs de Clément Méric portait un tee-shirt).


En France, la situation connaît la même évolution. La première bande de skinheads s’installe aux halles, de sales gamins originaires notamment de colombes qui s’appellent alors Farid ou Pierrot le fou (futur Pierpoljak). Un unique point de vue politique les réunit: seul contre tous ! Leurs Tatouages explicitent cette posture, dont la fameuse toile d’araignée recouvrant le coude, signe que l’on tient tellement les murs à zoner que les bestioles peuvent y tisser leur œuvre. D’autres bandes naissent à Bonsergent (les Swingo porkies) ou Tolbiac et Gambetta (qui commencent rapidement à basculer politiquement). Comme en Angleterre, la tentation nationaliste voire nazi bouffe le mouvement. RAS, groupe ouvertement antifasciste (tout en étant aussi anticommuniste), s’arrête, lassé des bagarres et des menaces. Arrive le temps de la Zyklon Army d’Evilskin, du Nazi Klan puis des JNR de Batskin, et évidemment le Pitbull Kop à Parc des princes. Les rues de Paris sont piégées.


C’est en réaction à ce contexte que les redskins émergent. Leur nom est directement inspiré par le groupe anglais The Redskins, excellente formation de punk-soul ( cf. leur slogan : « Walking like the Supremes and talking like the Clash »). Militants ou proches du SWP (trotskiste), ils popularisent, entre 1984 et 1986, l’idée qu’il est possible de s’afficher skinhead et de gauche (comme en Angleterre au sein par exemple de Red Action). Il existait auparavant bien sûr des figures individuelles atypiques au sein de l’univers des squats, comme un certain « Black skin », skin et anarchiste. Mais avec l’explosion du rock alternatif, les grèves étudiantes de 1986, les Redskins vont acquérir un véritable statut et une vraie réputation dans le petit monde du pavé parisien. Les Red Warriors en seront la première véritable bande spécifique. Certains seront très actifs au sein du SO des Bérurier Noir. Ils parcourent la France par ce biais, livre bataille avec les skins nazis locaux. Peu nombreux, ils vont néanmoins, avec d’autres bandes de « chasseurs de skins », comme les Ducky Boys, instaurer un nouveau rapport de force. D’autre part, le look redskin se diffuse auprès des jeunes amateurs de rock alternatif, pas forcément tenté par l’apparence d’un punk à chien. La tenue s’avère d’ailleurs plutôt fluctuante, pour le meilleur (jeans larges des zoulous, docs lacets rouges ou bordeaux), comme le pire (Bandana rouge, starter Redskins, mais de l’équipe de foot américaine, faute de trouver autre chose sur le marché, etc.. ).


Les skins fachos se font plus rares ou discrets, du moins dans la capitale. Les petits fafs d’Assas cessent de s’habiller neusk pour le frisson. Les gays s’emparent aussi des codes et des marques skin en projetant dessus leurs phantasmes. L’arrivée massive des caillesra de banlieue achève le processus d’éviction. La raison d’être des redskins perd de son sens. En outre, le rock alternatif s’épuise. L’avènement d’un courant skinhead dit trojan skin ou trad (d’où est par exemple issu Manu le Malin), se réclamant stricto sensu du modèle de 1969, se disant apolitique et non raciste (auquel on apposera, parfois improprement l’étiquette de l’organisation SHARP, Skinhead Against Racial Préjudice) attire désormais les jeunes gens avant tout séduits par le mode de vie et les sapes.


Le retour de flamme de la radicalité politique à partir des grèves de 1995 et la reconstitution d’une scène ska et/ou punk digne de ce nom, relancent les vocations. Une nouvelle génération se rassemble. Ils ne se réclament plus seulement redskin, mais préfèrent s’affirmer « les véritables skinheads », disputant la légitimité de l’étiquette à leurs vis-à-vis fachos dénommés de « Bonehead », eux-mêmes étant désormais davantage adeptes de RIF –rock identitaire français- ou de black métal, ou même de certains styles techno comme dans le nord , avec des convictions communistes ou anarchistes. Beaucoup plus soucieux de respecter les canons du culte skin, notamment vestimentaires et musicaux (avec une prédilection pour le punk et la oi, mais aussi pour chez quelques puristes vers la musique jamaïcaine), ils arborent fièrement tous les oripeaux du genre: docs, fred perry (plutôt noir ou rouge évidemment), sweet lonsdale (marque de boxe), auxquels ils ajoutent des signes distinctifs : Tee shirt militants, réemployant parfois les lettrages des marques, des patchs, badges ou écharpes politiques, voire de club de foot au kop « progressiste » (Skt-Pauli, etc…).


Car pour eux, l’esprit skin se conjugue inévitablement avec un engagement politique estimé constitutif de son origine ouvrière (d’où quelques altercations avec les skins « apo », jusqu'à très récemment). Ils vont vite combler le vide laissé par le rock alternatif.


L’autre phénomène induit par cette réappropriation de la culture skinhead sera un mouvement vers les tribunes, comme on l’observera à Rennes et à Bordeaux ou des skinheads clairement marqué à gauche y colorent, notamment musicalement, les virages (http://www.sofoot.com/blogs/marxist/reggae-fumette-supporter-et-girondins-de-bordeaux-149534.html). Autre réalité, l’ensemble des gradins a commencé depuis belle lurette a intégrer certains codes de l’univers skins, la passion pour les samba addidas ou les lettrages londsdale ou les lauriers fred perry dans les logo ou bâches. Le VAG en sera assez emblématiques sur la fin. Le plan Leproux et les affrontements avec le KOB ne seront pas pour rien dans la constitution et l’essor de l’AFA (Anti-Fasciste Action Paris-Banlieue), avec donc également une logique sensiblement différente par exemple du RASH (Red and Anarchist Skinhead).


Mais Clément Méric était trop jeune pour avoir connu cette histoire. Il se tourna vers le dernier endroits ou se manifeste encore un peu sur Paris une culture ultra et surtout avec des supporters clairement antifa, Le Red Star et son Stade Bauer à Saint-Ouen dans le 9-3. Le Kop Bauer doit beaucoup en effet à l’effort soutenue de certains skin membres pour la plupart du sharp ( autour du groupe 8°6 crew) rejoint depuis par des ex VAG (des feu Tigris et des ex-Supras) et les militants politiques assumant leur coming out footballistique, démarche jamais très facile à l’extrême-gauche. Ce kop très œcuménique vient donc de perdre un des siens. Une tragédie qui doit en effet résonner particulièrement dans le club de Rino Della Negra.


The Redskins, le groupe...

Entre 1984 et 1986 ce groupe anglais tenta de fusionner l'énergie punk avec la subtilité R'n'B, le tout dans une optique résolument engagée (leur premier nom en 1981 ne laissait planer aucun doute : No svastika). Plusieurs des membres appartenaient alors au Socialist Worker Party, et les textes reflétaient presque trop parfaitement cette affiliation trotskiste. Un de leur premier single ne s'intitulait-il pas Lev Bronstein. Aujourd'hui ne subsistent qu'un album, un live et quelques maxi (dont une remarquable Peel Session enregistré en octobre 1982 sur la station anglaise Radio 1) à dénicher chez les soldeurs. Le cocktail était simple: des lyrics militantes -sauf les reprises évidemment, puisées dans la motown ou bien chez Wilson Pickett-, une dynamo rock, un soupçon soul ( les cuivres, le riff de guitare du Big Bird d'Eddie Flyod décliné à l'infini) et une sincérité désarmante qui semblait condamner le band. A l'époque cela nous paraissait trop beau pour être vrai. Aujourd'hui reste la musique, d'une qualité monstrueusement supérieure à tout ce qu'a pu produire le rock alternatif français, ainsi que la nostalgie d'écouter la B.O. d'une époque ou il s'avérait si évident d'être avant tout contre… Et un refrain d'actualité : Take no heroes, only inspiration !!!

• The Redskins, Neither Washington Nor Moscow, Londond rcd, Lp ou CD
• The Redskins, Live, Dojo limited, CD


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