Never trust a marxist in football !

28/09/2009

Au moment ou le Parti Communiste Français s'extasie devant les résultat de Die Linke en Allemagne, je remets en ligne un texte parue en juin 2007 dans So Foot, histoire de se rappeler que les problèmes du PC sont un peu plus profond qu'un simple choix de stratégie électorale.

FCN/PCF, même combat...

Sommes-nous en train de dire définitivement adieu à la France des trente glorieuses? Symboliquement, la dernière élection présidentielle ne sonne-t-elle pas le glas définitif des grands acteurs qui ont construit la singularité française, tandis que notre nouveau président prétend surtout inscrire le pays dans les traces libérales des modèles anglo-saxons? Le destin commun vers les abîmes du Parti Communiste et du Football Club de Nantes-Atlantique ne démontre-t-il pas finalement à quel point l'exception française prend l'eau, 2007 scellant le tombeau de ces vieux protagonistes de notre gloriole nationale?

En effet, qui aurait pu imaginer que le FCNA, dans l'élite depuis 1963, le géant aux huit titres, avec son centre formation exemplaire et son emblématique jeu à la nantaise, le tout véritable fierté hexagonale qu'était censée nous envier la petite planète du ballon rond, s'apprête à couler en Ligue 2 sans autre réaction que la fatalité des commentateurs. Quant à eux, les Communistes regardent leur électorat se réduire comme peau de chagrin, pour sombrer à l'étiage microscopique d'un pathétique 1,9 % (700 000 électeurs, pour un Parti qui revendique presque 100 000 cotisants, c'est dire si au sein du vote rouge, tous se connaissent de vue). Bref ça sent le moisi malgré les rodomontades de l'Humanité (blâmant la seule responsabilité des manœuvres socialistes du vote utile ou des médias réactionnaires), largement aussi douée que Rudi Roussilllon pour nier les lois évidentes de la gravité de la situation.


PCF et FCN(A), deux sigles qui incarnaient pourtant à leur manière la petite note distinctive d'une France accouchée aux forceps gaulliens, fière d'elle-même, centrée sur son histoire et ses problèmes internes. Le PCF était en effet le double ouvriériste et co-gestionnaire d'un De Gaulle qui quitte l'OTAN et affirme sans cesse la grandeur du pays (on chante La Marseillaise au côté de L'Internationale depuis le front pop lors des meetings coco). L'essor économique des années 60 marque ainsi le triomphe d'une classe ouvrière qui rêve d'HLM et de vacances au soleil d'un emplacement «caravane-tout-confort» dans un camping. Le PCF domine une gauche où le PS vivote, tout comme l'OL d'alors, en un vestige de l'avant-guerre. Le FCN accède en D1 en 1963 et enchaîne les succès et les titres.

Quand, en 1973, il remporte son troisième championnat, les communistes emmenés par le fringant (le travail en Allemagne, cela conserve) Georges Marchais (grand fan de foot et lecteur assidu de l'Équipe) rassemblent 21,41% des voies aux législatives, score flatteur mais stérile, à l'instar de Nantais petits joueurs sur la scène européenne. L'apogée d'une certaine idée de la France, tranquillement lovée entre le survet addidas, Johnny Haliday et la Mergez-Frite devant le stand Ouest-France de Marcel Saupin. On en pardonnerait presque à certain journaliste de la rédaction de So foot d'être ensuite devenus punk.

Le premier septennat de Mitterand semble apporté une véritable consécration. Le PC goûte au faste de la république avec enfin quatre ministres (les premiers depuis 1947) qui sortent leur plus beau costume en alpaga pour défiler sur le perron de Matignon. Surtout les bolchéviques font toujours peurs et des imbéciles de droite imaginent déjà l'armée rouge défiler à Paris. Le FCN survole le foot français (titre en 1983 et la même année une superbe finale perdue contre le PSG), même si personne n'imagine alors que cela puisse intéresser au-delà du bar-tabac. Pourtant la suite s'avère moins rose, si l'on ose le dire. Pendant que le PCF se voit délester de la moitié de son capital électoral au cours du deuxième règne mitterrandien (comme le clâmait Coluche, on dit Parti Communiste à cause de tous les communistes qui sont partis), le FCN ne remarque même pas le changement d'athmosphère qui se dessine dans le foot français, surtout avec l'arrivée d'un certain Bernard Tapie, le hooligan de Mitterrand, aux commandes de l'OM. Les rivalités OM / Bordeaux et Om/PSG laisse le club nantais sur la touche.

Et pendant que s'affirme le style classieux et rock'n'roll d' Eric Cantona, Didier Decshamps , nuque longue et fans de Sardou, n'en finit pas de refouler ce football provincial à 100 mots de vocabulaire pour ex lecteur de pif gadget (autre grande presse communiste s'il en est), quand les paillettes (Canal plus commencent à sortir le chéquier), les défilés de modes, les boites de nuit branchés et les écrans de cinémas s'annoncent à l'horizon des années 90. En Face, le candidat communiste à la présidentielle de 1988 s'appelle « la bonne blague Lajoinie » (son surnom au PS), brillant imitateur officieux de Jacques Santini, et ancien agriculteur qui devrait demander un copyright rétroactif aux Deschiens. Pourtant l'époque n'est plus aux grandes valeurs traditionnelles. PCF et FCN y perdent peu à peu leurs repères.

Et leurs rôles. Les étoiles jumelles de notre épopée tentent un ultime feu d'artifice, avant de finir en trou noir. Robert Hue arrive à la direction communiste en 1994 et enraye provisoirement la chute en maintenant le parti à l'approche des 10%. Le FCNA rappelle Suaudeau en 1992, après un intermède Blazevic douloureux. Coco ramènera, trois saisons plus tard, un nouveau titre et réussira à ressourcer ce fameux jeu à la nantaise. Au PCF, comme au FCN, on parle alors de mutation.

Las!, en 1997, Coco quitte le club, tandis que la gauche plurielle essore une fois de plus l'influence des communistes, qui en sortent en dessous des 5 %, dépassés désormais par les frères ennemis trotskistes -;qui sont aux cocos ce que les Rennais vont bientôt être aux Nantais. Les années 2000 accélèrent la dégringolade. Après un dernier titre en 2001, le plongeon dans les méandres du classement connaît son triste épilogue cette saison, avec en point d'orgue une affaire Barthez qui ressemble aux faux espoirs cristallisés par certains communistes autour de José Bové. A quoi sert-il donc de chercher pire ailleurs, quand on dispose déjà de tout le merdier possible à domicile? Autour du FCN, une ancienne famille dont même Vahid vantait la solidarité, se joue un bal assassin d'ex-conservateurs et de néo-réformateur digne d'un ex-république soviétique, tandis qu'au PC, refondateurs et vieille garde tirent (à blanc, qui voudrait tuer pour garder « la grosse couille » place Colonel-Fabien) sur une pauvre Marie-Georges Buffet complètement dépassée.

FCNA et PCF survivent néanmoins dans le cœur des Français comme de lointaines légendes. Celle du parti d'une classe ouvrière qui vote désormais FN ou PS, voire LCR. Le mythe aussi d'un jeu à la nantaise qui se ne se voit plus sur le terrain, mais s'écrit dans la presse, les livres (d'histoire mais pas que) et qui n'est plus qu'une figure rhétorique pour trentenaire bien pensant de gauche à la recherche d'une référence footballistique idoine. Et Nicolas Sarkozy peut désormais se recueillir sur la tombe de Guy Môquet, pendant qu'Aulas s'apitoie, naturellement en toute sincérité, sur le FC Nantes: «C'est une sanction pour Nantes et pour l'ensemble du football français». Qui n'aime pas les musées... -


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