Never trust a marxist in football !

29/03

voici un article, toujours instructif à mon sens, paru en juin 2006 dans le fanzine [Barricata->http://contre.propagande.org/].

Génération Occident ... Les réprouvés se portent bien...

À partir de l'automne 1962, un groupe de jeunes « fachos », en dissidence de la Fédération des Étudiants Nationalistes (la FEN), sème la terreur à la sortie des lycées parisiens. Ils s'appellent Alain Madelin, Gérard Longuet, Alain Robert et François Duprat et ils sont promis à un brillant avenir au sein de la droite classique (sauf Duprat, introducteur des thèses négationnistes en France, doctrinaire du premier « FN », dont la voiture explose en 1978). Deux d'entre eux finiront ministres d'une République qu'ils souhaitaient auparavant renverser en débarrassant le pays du suffrage universel et des « métèques ». Pour l'instant, ils aspirent surtout à reprendre le flambeau d'une extrême droite des combats de rue. Leur parrain, Pierre Sidos, activiste à l'antisémitisme obsessionnel, leur souffle le nom de l'organisation, créée officiellement en avril 1964 : Occident.

L'ouvrage du journaliste Frédéric Charpier – « Génération Occident »- jette ainsi un éclairage documenté quant à l'éducation politique d'une frange non négligeable du personnel politique de la droite, passée par les diverses structures issues de Jeune Nation (Occident, Ordre Nouveau, GUD, Parti des Forces Nouvelles, etc..),. L'auteur tire de fait le portrait d'une génération, un « négatif » de mai 68.

En effet, de nombreux « ex » vont ensuite peupler les bancs de l'Assemblée nationale (Claude Coasguen, Patrick Devedjian, , ...), ou hanter les travées du pouvoir, comme Anne Méaux, ancienne du PFN, attachée de presse de Valéry Giscard d'Estaing, puis fondatrice de l'agence de communication Image 7, qui compte le gratin du patronat dans ses clients. Ils se retrouvent également dans les médias (Patrice Gélinet chez France culture, Patrick Mahé, directeur de la rédaction de Télé 7 Jour). Plus rarement dans la culture, comme le sculpteur Frédéric Brigaud, ou l'adhésion éphémère en 1968 à Occident de Catherine Breillat et de sa soeur. Plus atypique, le cas d'Alain Boinet, ex du GAJ (des rivaux du GUD), acteur reconnu de l'humanitaire et président de « Solidarité - aide humanitaire d'urgence ».

L'extrême droite en question ne recouvre pas totalement celle des nationaux qui bâtiront le Front National autour de Jean-Marie Le Pen. Elle naît des cendres de l'Algérie Française. Les cogneurs d'Occident ressassent en effet davantage Alger que Nuremberg. Toutefois la page est tournée. Le véritable ciment de leur action militante sera l'anticommunisme. Un choix que des figures comme Alain Madelin mettent aujourd'hui en avant pour justifier leur engagement et camoufler la croix celtique. Cet anti-communisme ratisse large et jette dans le même panier UEC, JCR, maoïstes et parfois anarchistes. Il s'enracine dans le souvenir de Budapest 56 et la mise à sac du siège du PCF à Paris. Il se prolonge par la défense du Sud Vietnam, et de tous les régimes qui luttent contre « l'hydre communiste ».

Cet anticommunisme se conjugue avec un profond sentiment d'isolement au sein de la jeunesse, la sensation de défendre « une citadelle assiégée ». Une impression qui deviendra tangible quand Mai 68 les noiera sous la masse, y compris dans les affrontements physiques. Ce combat total contre le bolchevisme leur attirera l'intérêt de la « maison Albertini », vaste réseau construit par cet ancien dirigeant du RNP (Rassemblement national populaire, parti collabo. ndlr), homme de l'ombre de la lutte anticommuniste version guerre froide, qui fonda la revue Est-ouest et l'Institut d'Histoire Sociale. C'est par ce biais qu'un certain nombre de militants prendront de la distance, sans jamais rompre brutalement, et comme Alain Madelin, se convertiront au libéralisme sans renier leur lutte aveugle contre le péril rouge, jusqu'à aller lui chercher des poux électoraux dans ses bastions de banlieue, sous les couleurs de la droite classique.

Les petits soldats d'Occident s'avèrent également farouchement antigaullistes, attaquant militants et meeting, vomissant un régime jugé « capitulard ». De ce fait, ils se révéleront plus enclins à rejoindre VGE, vendant leurs bras pour les collages et les services d'ordre. Il n'empêche, le temps accomplissant son œuvre (l'après Mai 68 suscite une « grande peur » de la subversion gauchiste), les vieilles inimitiés s'étiolent. Charles Pasqua recyclera nombre d'anciens activistes. Ordre Nouveau se prêtera avec délectation aux jeux souterrains des « services », fournissant aux RG et au SAC des informations sur les organisations d'extrême gauche, bénéficiant en retour d'une réelle mansuétude policière. Toutefois, ils se réveilleront toujours en dindons de la farce. L'élection de VGE, loin de combler leur attente, fut marquée, à leurs yeux, par une libéralisation du pays (IVG, etc.) et une alliance « objective » avec l'URSS.

L'antisémitisme demeure profondément gravé dans le discours d'Occident et de ses héritiers. Le mouvement refuse ainsi de pleurer devant « la fable des six millions de morts ». Toutefois le positionnement face à Israël divise profondément la droite extrême, entre ceux qui décident de soutenir ce « rempart de l'Occident » qui venge des « arabes » après la décolonisation, et de l'autre ceux, notamment les « solidaristes », qui autour de Duprat, soutiennent la cause palestinienne, se servant de l'antisionisme pour réactiver le vieux fantasme de la nocivité viscérale du peuple juif. En outre, le racisme au sens large constitue aussi un puissant fonds de commerce. Dès cette période, la défense de la race blanche, la peur d'une immigration « non européenne », le mépris des peuples noirs, amène Occident à défendre l'apartheid en Afrique du Sud.

De cette gangue assez putride et sans grande cohérence, s'extrait toutefois la figure d'Alain de Benoist, davantage adepte de la lecture que de la bagarre, initié à la politique par Henry Coston, grand idéologue de l'antisémitisme complotiste. Il va, au fil des années, entamer un vaste chantier de refondation intellectuelle, la fameuse « nouvelle droite », pour supplanter l'hégémonie culturelle de la gauche, là où Occident perdit la bataille par la manière forte.

Enfin, l'un des aspects les plus intéressants du livre tient dans la mise en relief, avec force d'anecdotes, de la spécificité de cette génération Occident, par rapport par exemple à l'Action Français des années trente. Il s'agit, en allant vite, d'un fascisme de son temps. Leur obsession pour l'impact médiatique de leurs actions, qu'elles soient violentes ou non, démontre ce basculement d'époque. Occident fonctionne en bande, notamment celle d'Alain Robert dans le quinzième arrondissement, qui regroupe blousons noirs, déclassés et fétards, des anticonformistes à leurs façons (cf. Thierry Besnard-Rousseau, grand amateur de jazz, compagnon d'Alain Madelin, qui travaillera un temps dans une association d'alphabétisation des immigrés, proche de la Cimade). Dans l'ensemble, la libération sexuelle ne leur déplait pas et leur mode de vie est bien éloigné des critères bourgeois « vieille France ». Quand mai 68 passe sous leurs yeux ébahis, leur détestation du pouvoir gaulliste et leur passion de l‘émeute, en poussent certains sur les barricades, malgré les ordres de la direction, avant de retourner naturellement dans le giron du barrage à « la chienlit »...

Bilan ? Ces militants nationalistes ont à chaque fois perdu leur pari. Ils ont cru soulever la jeunesse contre le gaullisme (venger l'épuration de 1945 et la trahison de 1962) et contre le communisme. C'est Mai 68 et un référendum qui ont sonné le glas de la France du Général. Ils ont désiré reprendre la rue et ils n'ont servi qu'à faciliter le travail de la police contre les gauchistes. Ils ont attendu avec casques et matraques « une stratégie de la tension » et la France s'est offerte à Mitterrand. Ils souhaitaient muscler la droite ou la rendre intelligente, fière d'elle-même. Le FN a raflé la mise. La plupart ont changé de camp, ralliés le libéralisme et la droite institutionnelle. Rares sont ceux qui ont témoigné regret où remord. Finalement, peut-être pensent-ils avoir glissé d'une pente à l'autre, plutôt que d'avoir traversé un pont.


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