Never trust a marxist in football !

04/11

Rencontre avec Edgar Reitz...
« Ein Volk, Ein Fussball ? »


So Foot, avril 2006


« Heimat » (La patrie), vaste fresque historique et intimiste, entamée en 1979, est un roc installé au sein du cinéma d'outre-rhin. Cette chronique familiale couvre, en 52 heures, le parcours sinueux de l'Allemagne au vingtième siècle, en suivant les péripéties des membres d'une famille originaire d'un petit village imaginaire, Schabbach, niché sur les bords du Rhin. Le troisième volet, qui sort en salle le 29 mars (en même temps que la saga en DVD), traite de la réunification allemande.

L'un des épisode s'attache ainsi essentiellement à la victoire de la Manschaft en 1990, prolongement sportif de l'euphorie nationale qui avait suivi la chute du mur. À la veille d'une nouvelle coupe du monde à domicile, rencontre avec le réalisateur Hedgar Reitz pour bavarder de « fussball », de l'unité allemande et de Séville.

« Heimat » dépeint les diverses étapes de l'histoire de l'Allemagne au XXème siècle, était-ce particulièrement important pour vous d'aborder dans ce troisième volet la place du football dans la société allemande?

La coupe du monde de 1990 s'avéra un épisode très important en Allemagne et pour l'histoire du pays. C'était la première fois depuis la seconde guerre mondiale que nous étions représentés dans une compétition internationale par une sélection unifiée. Cet événement posait clairement la question de la nation, de son identité, juste après la réunification.

Les joueurs qui constituaient l'équipe étaient quasiment tous issus de la RFA et de ses clubs. Certains habitants des nouveaux Länders de l'Est se demandaient déjà si ce trophée leur appartenait vraiment. Bref, en 1990, une joie immense submergeait le pays et beaucoup de questions couvaient pourtant sous cette unanimité de façade.

Est-ce qu'un Footballeur comme Michael Ballack, un ossie né à Chemnitz, mais qui évolue à Munich, participe-t-il vraiment à combler ce fossé, ou au contraire démontre-t-il que pour réussir, il faut surtout rentrer dans le moule ouest-allemand ?

Je ne crois pas que cela se pose en ces termes. Il était encore très jeune quand le mur est tombé. Son succès et sa popularité tiennent surtout au fait que le Bayern domine le foot allemand. À partir du moment, ou un joueur rejoint ce club, il devient forcément une star, un espoir pour la Manschaft. Michael Ballack, de ce point de vue, ne symbolise pas grand-chose à mon avis, sinon une réussite exemplaire dans le football professionnel.


En 1990, une nouvelle « question allemande » s'est exprimée avec la réunification, celle de la fierté nationale. Est-ce que par le passé le football n'avait pas déjà joué ce rôle ? Par exemple lors de l'inespérée victoire contre la Hongrie en 1954 ?

C'est assez vrai. Il existe un très bon documentaire sur le sujet, « Das Wunder von Bern » (Le miracle de Berne ). Cette victoire en 1954 s'avéra extrêmement surprenante pour tout le monde, y compris en Allemagne. Les Hongrois étaient considérés comme la meilleure équipe du moment. Ce succès de la RFA a permis aux Allemands de reprendre conscience d'eux-mêmes. Il faut aussi se rappeler que cet exploit se produisit dans le contexte général d'une fantastique croissance économique, qui sortait le pays des ravages de la guerre et lui redonnait un peu d'espoir après l'écrasement du nazisme. La victoire de 1990 a aussi contribué à cristalliser une atmosphère particulière, car elle incarna l'apogée de la période de béatitude post- réunification.

Au-delà des capacités de chaque équipe, du jeu en soi, il y a toujours cette ambiance unique qui règne dans les grands événements footballistiques, qui porte éventuellement une équipe vers l'exceptionnel. C'est justement une drôle coïncidence qu'en 1990, pas vraiment une très belle coupe du monde, ce soit justement la Manschaft qui l'ait emportée en finale contre l'Argentine. Évidemment, le football représente partout un support idéal pour exprimer le sentiment national. On peut citer plus récemment l'exemple des Grecs qui ont remporté l'Euro 2004. Pour eux aussi, c'est le moindre que l'on puisse dire, cela constituait une impulsion patriotique inespérée. Néanmoins, il faut se méfier, le football flirte toujours facilement avec le nationalisme. Je ne suis pas sûr que j'aime particulièrement cela...

Dans cette optique, comment mettriez-vous en scène l'opposition entre France et Allemagne, un épisode comme la demi-finale à Séville en 1982 ?

De toute façon dans le sport, il faut toujours un gagnant et un perdant (sourire). Si le jeu a été fair-play, ma sympathie va au vainqueur, quel qu'il soit (sourire). Je pense toutefois que cette rivalité a perdu beaucoup de sa virulence. Je me souviens de la victoire française en 1998. À Munich, ou je réside, tous vos concitoyens présents dans la ville sont descendus dans la rue en chantant « On a gagné, On a gagné » (en français). Les Allemands les ont rejoint et ont participé à la fête avec eux. C'était vraiment une ambiance fraternelle, bien loin des vieilles querelles passées.

Vous interrogez surtout dans « Heimat » la dimension sociétale du football, mais est-ce que vous pensez qu'il existe un beau jeu à l'allemande? Un style particulier ?

Je ne suis pas franchement un spécialiste. J'ai l'impression que les allemands possèdent une manière un peu trop compliquée de jouer au ballon. Tout est bien en place, tout est bien structuré. Dès qu'ils perdent le fil, ils ne s'y retrouvent plus.

Ils demeurent assurément des particularismes régionaux dans la culture du football, des distinctions entre la Bavière, la Rhénanie, ou l'ex-RDA, surtout dans les petites équipes, les divisions inférieureses. Mais aujourd'hui, les grandes équipes allemandes sont complètement assimilées dans le foot européen, avec des vedettes achetées à l'étranger. Le Bayern ne doit pas compter beaucoup de joueurs originaires du coin. Dans « Heimat 3 », un autre épisode traite du football, mais dans sa dimension amatrice. L'équipe de Schabbach joue contre un village voisin. C'est ce football que je j'affectionne.

À ce propos, ce fut très dur de tourner la scène du match. J'avais pris de vrais joueurs de foot, et ils n'arrivaient absolument pas à coller à la mise en scène. Ce ne sont pas des acteurs. Dès qu'ils n'improvisent plus dans le jeu, que tout est écrit à l'avance, ils sont comme déboussolés, comme dépossédés de leur plaisir. Le vrai football, en Allemagne comme ailleurs, n'est pas en soi discipliné ou autre chose de ce genre. Il vient de la rue.

En fait, il se pose donc, surtout à la vieille d'une nouvelle coupe du monde à domicile, le problème de la représentation de la Manschaft, que ce soit vis à vis des Ossies ou des enfants de l'immigration turque?

La question de l'intégration se pose partout en Europe, pas seulement en Allemagne, regardez ce qui vient de se passer en chez vous l'hiver dernier. Cependant, il m'est arrivé de voire récemment un match amical entre deux écoles, une équipe majoritairement composée d'enfants turcs, l'autre majoritairement allemande. Et tout s'est bien passé. Je pense que c'est en voie de règlement, un peu dans la douleur, mais les choses vont s'améliorer avec les générations à venir..

S'il n'y a pas de footballeurs issus de l'immigration dans l'équipe allemande, je pense c'est d'abord parce qu'il n'y en aucun avec un niveau suffisant. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une une affaire de nationalité. Naturellement, ce serait souhaitable, cela favoriserait sûrement l'intégration... En cas de victoire évidemment (sourire). Sans être dupe non plus. Quand un événement de cette nature se produit, comme une victoire en coupe du monde, cela sert aussi à camoufler tous les problèmes sociaux, qui passent en arrière-plan... C'est ce que l'on l'a pu observer en 1990.


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