Never trust a marxist in football !

28/08

En perpétuelle quête de reconnaissance intellectuelle, le monde du foot aime exhiber citations, œuvres ou autres productions des hommes – et très rarement malheureusement des femmes- de lettres consacrés au ballon rond. Mais fondamentalement, le plus triste dans cette histoire, s'avère que les plumes qui nous ont si souvent touchés - les fameux écrivains préférés des échanges sur les réseaux sociaux -, sont demeurés la plupart du temps silencieuses sur ce grand sujet -pour des raisons chronologiques parfois tout à fait légitime ou par gout, ce qui demeure en revanche discutable . Alors voici une première liste de ceux dont nous aurions aimé lire la prose concernant le grand amour d'Albert Camus et Pasolini…

Curzio Malaparte


L'auteur de « La Peau » et de « Kaputt », auteur au parcours politique atypique et pour tout avouer sinueux, et pourtant indissociable de son œuvre, penseur paradoxal d'un « Technique du coup d'état » qui honorait aussi bien Mussolini que Trotski, n'avait pas son pareil pour chercher la passe en profondeur dans l'angle mort de l'histoire. Cette petite passion italienne pour l'amertume face à tous les nouveaux Césars, fruit d'éternelles défaites recouvertes de ruines antiques, lui faisait dépeindre si cruellement ses contemporains qu'il aurait sûrement trouver dans le calcio rutilant et mafieux des années 80 un théâtre idéal pour ses éternelles volutes de modernité contrariées. « C'est une honte de gagner un match » l'imagine-t-on déjà écrire dans sa villa à Capri qui accueillit plus tard le tournage du « mépris » de Godard… Et Maradonna et Sophia Loren à la place de Piccoli et Bardot..


Dominique de Roux


Le fondateur des Cahiers de l'Herne, provocateur, droitier par ennui comme d'autre furent gauchistes par amitié, cet amoureux du Portugal et de son « cinquième empire » avait les armes littéraires et le penchant pour l'incohérence élégiaque afin de dépeindre le parcours d'un immense joueur tel qu'Eusébio, pris dans les filets d'une histoire dont il ne mesurait pas les terribles facéties … un peu comme Klaus Maria Brandauer dans « Méphisto »…


Robert Silverberg


Auteur de science-fiction un peu mésestimé, nous lui devons surtout le délicieux « Roma Eterna » qui relatait un monde à jamais gouverné par l'empire romain. Plus que ce seul écrivain, c'est l'immense genre de l'Uchronie qui attend son chef d'œuvre footballistique : et si la Hongrie avait été championne du monde en 54, Sainté en 76 ou Bossman n'avait jamais porté plainte…


François Mauriac


S'il put se laisser aller à quelques considérations autour de la question, notamment dans ses chroniques télés (« On n'est jamais sûr de rien avec la télévision, chroniques 1959-1964 » Bartillat), la grande plume de la bourgeoisie de province oublia globalement le foot. Quel dommage. Une Thérèse Desqueyroux, WAG d'un entraineur de Chateauroux, fumant clope sur clope dans l'ombre d'un simili Hervé Renard, aussi peu doué dans le coït que dans la gestion de l'effectif… Le prix nobel aurait pris tout son sens…


Julien Gracq


Inclassable, l'homme qui refusa le prix Goncourt et tenta de sortir le surréalisme de l'ornière partisane, le père de l'onirique « rivages des syrthes » sur lequel plane les ombres d'Ernst Junger (période « les falaises de marbres ») et d'Edgar Poe, aurait tant à nous apprendre s'il s'était décidé à transposer dans le champ du foot son bref et incisif « La littérature à l'estomac » . . « L'écrivain français se donne à lui-même l'impression d'exister ». Cela ne vous rappelle personne en #L1?


Joseph Conrad


L'homme pondit un chef d'œuvre dont effectivement beaucoup discutèrent ensuite la signification politique (dont le critique Edward W Said), « Au cœur des ténèbres » - inspiration indiscutable d' « Apocalypse now ». Donc qui d'autres aurait pu davantage que ce grand chroniqueur de l'errance conquérante de l'homme occidental en Asie et en Afrique, pondre un roman digne de ce nom sur les sorciers blancs échoués à la tête des équipes du continent noir. ETt qui camperait le rôle du Lord Jim de la CAN ?


Walter Benjamin


Peu de scribes parlèrent aussi bien de Paris, cela suffit à le classer parmi la catégorie : « les héros du peuple sont immortels » . Homme d'engagement, parfois erronés, mais d'esprit limpide et horrifié par la résistible ascension du nazisme, cet amoureux de l'art et critique de sa critique nous aurait donné un si fin observateur des stades et de leur ambiances. Ou alors nous aurait-il gratifié d'un équivalent au « Rouge ou mort » de David Peace, mais appliqué à L'Hakoah de Vienne plutôt qu'à Liverpool.



Théodore Agrippa d'Aubigné


Contemporain des guerres de religions dont sa poésie exorcisa le drame de cette France qui se haïssait autour de l'interprétation de la bible et du pouvoir temporel qui en découlait, il conserve donc la même actualité et pertinence qu'un François Villon, gangsta poète à la street (rue saint-jacques) credibility indéniable, son témoignage hardcore sur une époque ou l'on mourrait pour Luther ou le Pape. « La terre n'aime pas le sang ni les ordures ». Quel meilleur chroniqueur d'un hooliganisme passé à la moulinette hugenote qui aurait renvoyer John King à son Albion…


Giacomo Leopardi


La seule plume dont il serait vraiment possible d'accepter la description de la tragédie de Séville en 1982 ou le drame de Berne en 1954. La tristesse latine devant l'injustice du destin humain, étonnament seul chemin de la grandeur d'âme par les sentiers du pessimisme romantique, finalement la seule belle manière d'aimer le foot…


William Faulkner

Ce miroir américain d'Albert Camus empêtré dans son amour/haine du sudisme américain, voulut écrire un scénario sur la vie de De Gaulle, rien que pour cela sa place ici lui était assuré.. Ses démons inimes face à l'aporie du racisme culturel et instutionnel en auraient fait le parfait biographe d'un Raoul Diagne , premier grand footballeur noir du foot français et de l'empire de la République, écrasé entre les contradictions coloniales et l'hypocrisie « raciale » de son temps…


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  • Message posté par Darigaaz le 14/10/2017 à 23:52
      

    C'est pour ce genre d'articles que je lis votre blog (le seul que je lis sur ce site, d'ailleurs), merci.

    (signé une silencieuse ombre vagabonde).


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