MALAPITO

09/07/2014



Quarta feira de cinzas
Lendemain de cataclysme. C'est un mercredi « des centres », disent les Brésiliens. La tristesse est dans les cœurs mais la vie a repris son court, la gentillesse et l'humour des brésiliens irriguent de nouveau les conversations. La vie quotidienne a repris, la gentillesse et l'humour des brésiliens irriguent de nouveau les conversations. Sur le chemin de Nitéroi (où nous allons visiter le fameux Musée d'Art Contemporain construit par Niemeyer, la carte postale de la ville en face Rio sur la baie de Guanabara), j'aborde un jeune (en chemise et cravate) à l'arrêt du bus pour lui demander notre chemin. Rafael conserve en mémoire quelques mots de français, qu'il a appris à l'école. Il vient de Belo Horizonte mais adore Rio et a décidé de venir s'y installer. Il travaille au ministère de la justice. Gentiment la conversation revient sur la déroute de la veille : « On savait que l'équipe n'était pas à la hauteur alors on n'est pas trop amer vis à vis de la défaite. On ne s'explique pas pour autant un tel résultat ni comment la Seleção a explosé face à l'équipe allemande. Aux spécialistes d'analyser cela. Au football brésilien de tirer les conséquences. Pour nous la vie continue. Les problèmes quotidiens sont là. La société traverse des tensions. On va entrer en campagne électorale. Des changements sont nécessaires. Les grandes formations politiques ont perdu toute crédibilité et on ne voit pas comment parvenir à des transformations de la vie politique. Ce sont encore les mêmes partis qui obtiennent la majorité des intentions de votes. Malgré les scandales, malgré les promesses non tenues ». Rafael se dit que la meilleure solution sera de voter pour un des petits partis, pour donner une chance à d'autres. Il envie les Français qui sont capables de rejeter un président quand il ne leur plait pas « comme c'est arrivé à N. Sarkozy. Ici c'est pratiquement impossible, on est condamné à rejouer la même partie », se lamente-t-il. En nous quittant devant son lieu de travail il confesse aussi les lacunes de la justice de son pays « vivant les choses de l'intérieur ; les pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et économiques sont tellement imbriqués ici ». « Bon séjour » nous lance t-il en nous indiquant l'embarcadère pour Nitéroi où un ferry nous amène en 20 minutes.
MAC de Nitroi


O Brasil meu abismo

O Brasil é o meu abismo
« Le Brésil c'est mon abîme ». Cette phrase placardée dans l'espace principal du MAC de Nitéroi attire mon attention et je m'intéresse à lire en entier le poème de Jomard Muniz de Britto d'où est tiré ce titre. Un texte merveilleusement écrit (au tant de la dictature des années 70) dont voici le début : « Le Brésil n'est pas mon pays, c'est mon abîme ; le terrain de mes, de nos contradictions. C'est mon cancer collectif, la force lumineuse de l'obscurité ; c'est notre discours interrompu, suffoqué … Le Brésil n'est pas mon pays : c'est mon venin ; c'est la misère qu'aucun miracle n'a occulté, ce n'est pas une espérance discrète mais concrète et scandaleuse, où tout peut (encore) arriver de meilleur. C'est la difficulté de conscientisation issue de tant de siècles d'esclavage colonial. (…) Le Brésil n'est pas mon pays, c'est notre schizophrénie ; c'est la peur de toujours, douloureuse jusqu'à l'anesthésie ; c'est la jouissance de toujours, lustrant jusqu'à nous tromper. C'est le carnaval dans le football des religions(...). »
Une ode à l'impertinence, à la controverse, à la polémique venue agiter la vie culturelle brésilienne.
Une jeune femme s'est jointe à moi et nos regards se croisent en fin de lecture. « Tout cela est bien vrai et rien n'a changé » me lance-t-elle. « C'est même pire qu'avant. Je vis en Allemagne depuis 8 ans et chaque fois que je reviens ici, je suis encore plus pessimiste. Rien ne pourra changer ici. Les élites sont bien trop corrompues, se nourrissent et s'entretiennent de ce jeu de mafia. Et le peuple est bien trop conciliant et apathique, insuffisamment éduqué (au sens où les opportunités de s'éduquer sont insuffisantes). » Nourri de cette lecture et en admirant ce chef d'oeuvre de Niemeyer, je me dit pourtant que le Brésil a engendré de belles élites intellectuelles capables de réveiller ce géant.
Niemeyer quel artiste !


De retour à Copacabana
Le signe le plus flagrant de cette journée, signifiant bien que quelque chose s'était passé la veille est l'absence totale de maillots jaunes dans la foule qui se rend au Fan Fest de Copacabana pour assister à l'autre demi-finale, Hollande / Argentine. Jusque là, nous avions assisté aux matchs sur grand écran sur la plage à l'arrière du Fan Fest officiel. Cette fois, pas de retransmission en dehors. Nous voilà donc décidés à faire notre entrée dans cette partie de plage privatisée par les sponsors de la FIFA, espèce d'abominable cirque des marques officielles, entouré de grillages digne des meilleurs camps d'emprisonnement. Un espace rectiligne où nous sommes obligés de nous entasser entre deux rangées de stands gigantesquement ridicules. Une allée tout en longueur qui nous maintient à bonne distance de l'écran, sans cesse en train de pencher la tête d'un côté ou de l'autre, ou de monter sur nos pointes de pieds pour apercevoir le match derrière de plus grands que nous … tantôt Hollandais, tantôt Argentins, surtout « planétaires » car la foule présente est avant tout très cosmopolite. Les Argentins, en apparence plus nombreux, sont si dispersés que l'ambiance manque d'éclat. Pas de grandes transes collectives, pas de chants héroïques ni patriotiques. De temps en temps quelques grandes gueules tentent de lancer la machine, allumer une étincelle, animer la foule, mais le pétard fait pschiiit à chaque fois …
A l'image de cette Coupe, brassant du monde mais peu encline à exalter le Monde.

Laurent

En attendant Brsil / Allemagne

Avant Brsil / Allemagne on y croyait encore, peut tre

1 - 7 dans notre quartier d'adoption Rio : torturados


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