MALAPITO

07/07/2014

Maracanã de toutes les couleurs le 4 juillet 2014


L'équipe de France nous a un peu gâché la fête, tant son jeu fut insipide et sans engagement, contre l'Allemagne...
Le Maracanã n'est plus (non plus) ce qu'il était (je l'avais visité en 1999, dans sa configuration encore historique tel qu'il avait été construit pour la Coupe du Monde de 1950 et alors qu'il avait accueilli quelques 190000 spectateurs, (tous debout). Il est certes aujourd'hui un beau stade, moderne, conforme aux normes internationales du moment, mais devenu banal, à peine moins grand que le stade de France.
Le lieu et le nom restent néanmoins attachés à l'histoire, un stade mythique du football tant professionnel que populaire.
Le Malapito au Maracana

La Coupe du Monde de football, devenue la "Copa da FIFA" a repris ses droits. Les protestations, les grèves et manifestations de nombreux secteurs professionnels d'avant la Coupe, ont quasiment disparues. A la fois du fait des pressions et menaces de la part du gouvernement (fortes amendes pour les éventuels organisateurs), à la fois parce qu'une bonne partie de la population s'est malgré tout ralliée à l'appel du ballon rond. Globalement le moment n'est plus aux protestations.
La police militaire et même l'armée sont déployées dans tous les endroits stratégiques. Les hélicoptères surveillent le ciel au dessus des stades, pendant les matchs. Leur présence reste malgré tout discrète. On n'a pas du tout le sentiment d'être dans un état de siège, rassurez vous. L'important pour la FIFA et ses sponsors est de développer un sentiment d'ambiance de fête pour tous les touristes venus en nombre.
la FSGT au Maracana

Cependant les manifestations de l'an dernier au moment de la Coupe des Confédérations et tout au long de l'année écoulée, ont laissé des traces dans les esprits. L'engouement populaire, la ferveur n'est pas vraiment au rendez-vous. Les Brésiliens supportent leur équipe, certes. Les supporters de football et leur familles en particulier. Mais globalement beaucoup de brésiliens nous disent que ce n'est pas la liesse qu'on pouvait attendre. 
La corruption des élites, les gâchis dans la construction des stades et les travaux des infrastructures, les besoins ressentis fortement en matère de transports public, de santé et d'éducation font que le football et la FIFA ne sont pas tout. Sans oublier les expulsions des miséreux de leur favelas, (devenues terrain attractif pour les capitaux), sans indemnisations ni relogement dans des conditions décentes. 
Tant qu'une Coupe du Monde de football impose ce genre de pratique, elle ne mérite pas d'exister !

Les gens sont accueillants. Ils veulent donner un bon visage du peuple brésilien au monde entier, mais ils ne sont pas dupes.
La Coupe du Monde ne sert pas à grand chose si on se place du point de vue de satisfaire les besoins du plus grand nombre. Ici comme partout, elle attire des capitaux et stimule la corruption et la spéculation financière. Rio est devenue en quelques années une de villes les plus chères au monde. Spéculation foncière, inflation. Ici circule une blague à propos des prix de la vie courante : on ne dit plus "ça coute x reals", mais ça coute x sur-reals". La monnaie brésilienne "Reals" devient dans la bouche de certains "Surreals" pour dire surréels.
Slogan anti Copa dans le Metro de Rio, la 4 jullet

En revenant du Maracanã et en allant sur la plage de Copacabana pour assister au match Brésil / Colombie le 4 juillet, on s'est retrouvé dans le métro en compagnie de militants d'un collectif qui criaient et chantaient des slogans anti Coupe du Monde et anti FIFA. On a discuté longuement avec un des manifestants. Mettant en avant les effets désastreux de la Copa sur les plus nécessiteux. Regrettant l'apathie de la population peu encline à se mobiliser dès que le football reprend ses droits. Ils essayent par des points de rendez-vous où les touristes sont concentrés (Stades, Fan Fest de la FIFA) de les sensibiliser sur le fait que le Brésil et la Coupe du Monde, ce n'est pas seulement ce que l'on veut bien leur montrer. Et ils sont suivis de près par la police.
slogans des manifestants devant la plage de Copacabana

Ce collectif ne veut pas s'intégrer dans le jeu politique. Il considère que même les partis les plus à gauche sont contraints de participer aux combinaisons électorales et que cela ne mène à rien. Ils préfèrent s'investir en tant que citoyens, associatifs, et vont tenter de mobiliser la population sur l'idée de voter blanc ou nul pour la prochaine élection présidentielle et législative d'octobre 2014. Le vote étant ici obligatoire, si plus de 50% des votes sont blancs ou nuls, l'élection serait invalidée. 
Beaucoup souhaitent ici une réforme de la loi électorale et de la politique. Mais les conditions vont être difficile à réunir. J'ai lu dans un journal qu'une initiative a été lancée pour organiser un référendum du 1 au 7 septembre prochains appelant les Brésiliens à mettre en place une assemblée constituante pour réformer le système politique et électoral. Les organisateurs espèrent réunir 10 millions de signatures.

Laurent


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