Les objets du football

20/05/2013

Si le foot est un sport collectif, pourquoi la cérémonie des trophées UNFP récompense-t-elle des individualités ?

Dans une société où la démocratie repose sur un vote, où l'école évalue le savoir, où les entreprises récompensent les travailleurs les plus dévoués, il n'est pas très étonnant que l'UNFP ait eu cette idée de distinguer des joueurs plutôt que des équipes de foot - il est même plutôt surprenant que cette cérémonie ait été créée si tard, à la fin des années 80. Ce qui étrange c'est que les votants soient les footballeurs eux-mêmes – à l'exception du plus beau but soumis à l'appréciation du peuple. Etrange que les joueurs acceptent de distinguer le meilleur d'entre tous alors qu'ils s'entraînent, se déplacent, mangent en collectif. D'autant plus étrange que tous les lauréats, sans exception, saluent leurs coéquipiers, leur staff, leur président et leur femme au moment de recevoir la statuette dorée. Le seul à avoir pensé à sa gueule ce soir-là, c'est Tony Vairelles et il ne recevait pas de trophée. De sa veste de costume marron brillante, il a extrait un album de slam qu'il a écrit en prison avec un pote de cellule et les footballeurs derrière lui ont souri et applaudi. Ils ont célébré le CD, œuvre d'un travail collectif, seul trophée vivant de la soirée.

Cette fête de l'individualité créée par l'UNFP est un ratage total : les footballeurs jouent le jeu de la récompense mais ils ne sont pas dupes ni dupés, on ne s'invente pas facilement un pouvoir ou une qualité individuelle quand on puise son vitalisme dans l'énergie d'un autre, quand on bouffe du collectif quasiment H24 depuis l'enfance. Le ratage de cette soirée était surtout dessiné sur les visages : on n'a pas vu Sirigu et Ibrahimovic sourire autant qu'au Parc des Princes samedi soir où ils fêtaient leur titre, le vrai, celui de la meilleure équipe du championnat de France.

Les politiques reprochent souvent aux footballeurs leur ego surdimensionné, de ne rien comprendre à la vie du peuple, aux affaires sociales. Les premiers devraient plutôt s'inspirer des discours timides et désarticulés des seconds pour nous raconter comment la pratique de la politique, cet exercice au service du collectif, les rend meilleurs. Si toutefois c'est chose possible.


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