Les objets du football

26/10/2012

Le sifflet est tellement indispensable à l'arbitre et indissociable de sa fonction que, par métonymie, l'objet a fini par désigner l'homme en noir. Pour assurer un match de football, un arbitre se doit toujours d'avoir un sifflet. A ses risques et périls.

Un langage

C'est à la fin du XIXème siècle qu'un arbitre s'invite sur un terrain anglais avec un nouveau langage, celui du sifflet. Très vite, son usage se généralise et c'est ainsi que les différents sons produits par le sifflet s'imposent sur les terrains du monde entier, comme un langage universel, comme un retour au premier langage humain (parce qu'avant de comprendre et savoir prononcer des mots, nous émettons et comprenons des sons). Il est d'ailleurs fascinant de constater que des hommes puissent se comprendre si bien grâce à de simples « tutut » pendant 90 minutes. On pourrait même en pleurer, si l'on est émotif comme moi, quand on sait combien il est difficile de se faire comprendre avec des mots parfois.

Pour que le langage du sifflet soit entendu et compris de tous, l'arbitre doit maîtriser son objet de façon à en faire sortir des sons codifiés, nets, clairs et percutants. Il doit savoir imposer sa musique (essentiellement composée de combinaisons de « tut » court et de « tut » long) dans le flot des cris et les roulements de tambour qui submergent l'enceinte du stade. Il doit surtout veiller à ce que ses sifflets ne se mêlent à ceux de la foule. Pour éviter que les langages ne se confondent et que, comme lors de la construction de le tour de Babel, faute de se comprendre, on se disperse.

Une arme

Si les insultes proférées à l'égard des arbitres rendent le métier ingrat, le sifflet en fait aussi une profession à haut risque. Qu'il soit en métal ou en plastique, à embout large ou fin, avec ou sans bille, noir, rouge ou jaune fluo, qu'on le tienne en main, relié par un cordon autour du poignet, ou attaché au doigt, le sifflet peut être une véritable arme utilisée contre son détenteur. C'est en tout cas ce que prouve l'histoire du joueur Andrea Bionti dont l'acte semble aussi farfelu qu'une hypothèse Cluedo (qui peut croire à un crime commis avec un fer à cheval dans un spa par un colonel dénommé Moutarde ?).

En février 2011, sous le ciel italien, Andrea Bionti, joueur de l'Albereta 72, s'était étrangement vengé de l'arbitre qui l'avait exclu du terrain en essayant de lui faire avaler son sifflet dont on ignore la marque. Pour faciliter l'intrusion du sifflet dans la gorge de l'arbitre et ainsi l'étouffer, Biondi aurait maintenu la tête de l'arbitre en arrière. Mais peut-être était-ce pour l'impressionner, comme dans ces films où le méchant enfonce le canon du revolver dans la bouche de la victime puis le retire, sans avoir tiré, avant de tourner le dos sans craindre son ennemi, figé de terreur au sol. Le footballeur amateur n'a pas retiré le sifflet de la bouche de l'arbitre mais a été arrêté avant que le pire ne se produise et a quitté le terrain en invectivant l'homme en noir. Fort heureusement, les insultes ne tuent pas. Ni ne rendent plus fort.

C'était en février 2011, disais-je. C'était donc il y a 20 mois, soit la durée de suspension exacte qui a été imposée au joueur. Pour son retour, espérons que Biondi n'ait pas la vengeance tenace. Ou que les arbitres seront autorisés à suivre le jeu avec un sifflet poire.

Que choisir ?

Dans le cas des matchs de district disputés le dimanche après-midi sous les yeux de deux ou trois supporters encore assommés par l'alcool de la veille, savoir souffler dans un sifflet n'a que peu d'importance. Mais lors des grands matchs où il doit se faire entendre plus fort que les chants de supporters et les trompettes en même temps qu'il doit s'adapter à l'endurance des joueurs professionnels, l'arbitre a intérêt à savoir siffler. Pour se faire entendre. Et économiser son souffle. D'où l'intérêt du choix du sifflet.

Le premier sifflet de l'homme découvert au Vème siècle avant J.C. était en terre cuite. Depuis, les matériaux ont évolué, on en fabrique de plus résistants, en plastique ou en métal. Le métal a ses inconvénients : il est un peu plus lourd que le plastique, les lèvres fragiles y sont plus sensibles par temps de grand froid, sans compter qu'un geste maladroit de l'arbitre pourrait blesser un joueur.

Le sifflet en plastique fabriqué par Fox (de son créateur Don Foxcroft) est une valeur sûre. Sans bille, il ne s'enraye pas. Décliné sous plusieurs couleurs, il permet à l'arbitre de s'offrir une petite coquetterie. Son prix abordable permet à un amateur de jouer au pro. Le son strident qu'il produit permet à l'arbitre hué par des milliers de supporters de s'imposer. Pouvant atteindre les 120 décibels, il peut survoler les chants endiablés des supporters. Il en existe même une version mini (pour les arbitres qui ont des petites mains ?).

Mais rien ne sert d'acquérir un bon sifflet si l'on ne sait pas souffler dedans. Lesson:

Vidéo


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4 réactions ;
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  • Message posté par AlReubz (1) le 27/10/2012 à 23:17
      

    Putain d'article ! Super intéressant !

  • Message posté par Mina (4) le 02/11/2012 à 00:02
      

    Merci AlReubz!

  • Message posté par PamelaCox le 12/01/2013 à 04:37
      

    Ce que je viens de lire est tout simplement merveilleux. Merci. Merci beaucoup. Continuez a siffler dans mes oreilles.

  • Message posté par Lucas4242 le 25/02/2020 à 13:13
      

    Merci pour cet article très complet et instructif,
    pour compléter, le site français www.pro-sifflets.com ne vend que des sifflets, on peut acheter les sifflets d'arbitre les plus connus, donc les modèles Fox 40.


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