Les objets du football

11/11/2012

Il y a des joueurs qu'on n'a malheureusement jamais vus revenir après avoir quitté le terrain sur civière. Cette introduction est une façon de saluer leur mémoire car le texte qui suit n'a pas pour objet des cas tragiques. Au contraire.

La civière de Diderot

« Imaginez deux forts morceaux de bois larges, droits, et équarris dans le milieu, recourbés un peu en S vers les extrémités, arrondis par les bouts, et assemblés par quatre, cinq, six, ou même davantage, bâtons ronds ou carrés, et reçus d’un bout dans des trous percés à égale distance à la partie équarrie et large d’un des forts morceaux de bois qu’on appelle un des bras, et de l’autre bout dans d’autres trous percés de la même manière à l’autre bras, en sorte que ces bâtons et les bras soient parallèles entre eux, et que les bras soient éloignés de manière qu’un homme puisse se placer entre eux, soit à un des bouts, soit à l’autre. (…) Un ouvrier se met avec les bras a, A, sur la ligne a A ; un autre se met entre les bras b, B, sur la ligne b B ; ils prennent entre leurs mains les bras, l’un en a, A, et l’autre en b, B ; ils élèvent la civière, et ils portent le poids (…) La civière est à l’usage des maçons, des jardiniers, etc. »

L'extrait de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, qui n'avaient pas accès à Google Images pour illustrer leur ouvrage, présente la civière comme un objet facilitant le transport des fardeaux. Et non celui des blessés. C'est probablement d'ailleurs pourquoi aucun des 140 auteurs de l'Encyclopédie n'a jugé utile de préciser comment les porteurs devaient s'y prendre au moment de relever la civière. « Ils élèvent la civière, et ils portent le poids » indique-t-on le plus simplement du monde. Or, s'ils s'y prennent mal, ils se pètent les vertèbres mais, ça, ce n'était visiblement pas le problème de Diderot.

Un geste technique : le relevage de civière

Aux abords des terrains de foot, la civière est utilisée en cas de transport médicalisé. Dans l'exercice de relevage de civière, les brancardiers font davantage preuve d'adresse, de souplesse et de synchronisation que de force. Une fois qu'ils sont assurés de la stabilité du joueur sur la civière, ils la soulèvent et hop, en avant les histoires !

Qu'importe le degré de l'incident, le joueur blessé doit être évacué avec douceur, aussi dignement qu'un roi sur son trône, accompagné par une salve d'applaudissements de supporters qui le voient s'effacer peu à peu car, lors d'un match, le relevage de civière a beau obéir à des exigences médicales, il participe aussi du spectacle du match. Le footballeur est un héros.

Le LOL brancardier

Il arrive aussi que le relevage tourne au spectacle comique. Si l'un des brancardiers (ou les deux) empoigne mal les bras de la civière, si l'un soulève la planche en PVC alors que l'autre n'est pas prêt (ou inversement), la civière tangue, déstabilise le corps du footballeur, lequel déséquilibre à son tour les brancardiers qui manquent de tomber sur le joueur. Effet boule de neige, comique de gestes, parodie de relevage de civière. La scène – proche des jardiniers qui transportent du fumier dans l'Encyclopédie - provoque alors l'hilarité dans les tribunes. Bringuebalé sur la civière par des brancardiers du dimanche, le footballeur quitte le stade en entendant résonner les rires des supporters. Moqué, le joueur est blessé. Dans son ego, cette fois.

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N.B : Dans le cas de matchs amateurs, si vous ne disposez pas de civière, vous pouvez utiliser une porte (de vestiaire, par exemple). Si le terrain est bordé d'arbres, vous pouvez aussi couper de grosses branches solides et les glisser dans un maillot. Après, il faut encore avoir des brancardiers pros dans son équipe pour assurer le transport.


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