Les objets du football

10/03/2013

Un supporter sans écharpe c'est un peu comme un cowboy sans cheval, une voiture sans pneus, une pizza sans mozzarella, un morceau des Ramones sans guitare. J'arrête ici la comparaison, ayant bien conscience qu'elle est pourrie mais j'avais que ça comme idée d'introduction.

Il arrive qu'un match se déroule sans supporters et en général, ça pue l'ennui. Le temps n'est plus le même : la durée du match est affectée par le silence, par des vides sonores impossibles à combler par les commentateurs qui eux-mêmes ne jouissent plus vraiment parce qu'ils savent bien que leur voix n'a pas la même texture quand elle ne survole pas l'ambiance bruyante des supporters. Dans ce cas, il n'y a pas que les oreilles qui s'ennuient, les yeux aussi. Sans supporters, rien ne déborde du terrain, l'arrière-plan est vierge, on a l'impression que le match pourtant de Ligue 1 est une rencontre de district.

Des milliers de supporters vêtus d'écharpes, ça t'anime un match autrement. Qu'ils les tendent ou les agitent simultanément et tout de suite le match est une fête. Rien que le contraste entre le terrain vert et les écharpes de couleurs vives régale les yeux. Surtout, les écharpes prolongent et symbolisent l'enjeu du match. Si le Barça joue à domicile contre le Real Madrid, supporté par des millers d'écharpes, il en devient plus fort à nos yeux. Si l'équipe se déplace à Bernabeu, le nombre d'écharpes bleu et rouge qui la suivront sera moins conséquent, notre espoir de domination aussi. C'est visuel. L'écharpe, aussi épaisse et rugueuse soit-elle, augmente la puissance de la victoire du supporter qui la brandit ou la part tragique de la défaite de celui qui cache sa tête dedans. L'écharpe augmente toujours la narration d'un match et ses effets. Pour cette raison au moins, un supporter ne saurait concevoir une rencontre sans écharpe.

Hors du contexte sportif, l'écharpe perd de sa symbolique. Ce n'est pas un accesoire vestimentaire. A la fin du match donc, le supporter devrait logiquement la ranger, comme le militant baisse le drapeau - confectionné pour l'occasion - après l'élection. Sauf que le supporter, souvent, prolonge sa fidélité à son club de cœur et arpente les rues couvert d'une grosse écharpe colorée. Le voyant on ne peut s'empêcher de relever le décalage entre lui et les autres passants, on a envie de sourire. Comme au lendemain de la qualification du Benfica pour les ¼ de finale de l'Europa League en mars 2011 au Parc des Princes. Ce jour-là, le printemps est un peu en avance mais Miguel s'est pointé au collège emmitouflé dans son écharpe aux couleurs de l'équipe portugaise pour aller visiter le Palais de Justice avec la classe. Chaque fois que dans mon champ de vision le gamin dont le visage respirait la gaieté de la victoire apparaissait aux côtés d'un avocat en robe noire à la mine sérieuse, j'étais ptdr. Sans savoir au fond lequel des deux me paraissait en décalage par rapport à l'autre, par rapport à la vraie vie.


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