La Science du Foot

11/03/2014

Lors d’un entretien avec Le Journal du Dimanche, dimanche 09 mars 2014, l’entraîneur du FC Lorient Christian Gourcuff a critiqué les méthodes de travail de Laurent Blanc, coach du Paris Saint-Germain. Bien qu’il ait depuis remis en cause ses propos, Gourcuff a néanmoins posé un débat sur le rôle de l’entraîneur et ses capacités à diriger un groupe. Il existerait plusieurs méthodes, quelles sont-elles et il y en a-t-il meilleure qu’une autre ?

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Pour Christian Gourcuff, un entraîneur doit être présent à tous les entraînements, diriger les sessions et participer à tous les travaux. Sa disponibilité est primordiale, il doit créer un dialogue direct avec les joueurs et leur donner le sentiment de sa toute puissance. Mis à l’échelle d’une pédagogie, c’est la démonstration de la puissance du professeur sur les élèves.

Contrairement aux méthodes appliquées par Laurent Blanc. Ce dernier reste en retrait, délègue le travail à ses adjoints, notamment à Jean-Louis Gasset. Il est responsable de la cohésion du groupe mais n’en est pas un acteur direct, son rôle est d’observer, de constater et de prendre des décisions en amont, après discussion avec l’équipe technique.

UNE MODERNISATION DU TRAVAIL DE L’ENTRAÎNEUR

Cette vision de l’entrainement renvoie aux méthodes de coaching anglaises, où l’entraîneur est un manager, un directeur du jeu dans toutes ses phases. Il ne peut être partout à la fois, à l’écoute individuelle, collective, à la mise en place des exercices, à l’étude de la stratégie, à la construction de la tactique, etc. De cette manière, il bâtit autours de lui une équipe technique chargée de tâches précises. C’est la division du travail.

Cette philosophie est d’autant plus pratiquée au PSG qu’elle se fait avec un groupe éclectique, composée de stars et d’individualités fortes, comme Zlatan Ibrahimovic ou le capitaine Thiago Silva. Laurent Blanc doit faire avec leurs caractères et leur positionnement. Suite au débat posé par Gourcuff, le consultant de Canal+ Pierre Ménès avait, dans l’émission Canal Football Club, montré que Laurent Blanc était surtout assujetti aux prérogatives fixées par un staff technique individualisé. Les joueurs s’étaient, pour la plupart, entourés de préparateurs physiques particuliers et que l’entrainement devait être organisé en fonction de ces contraintes.

C’est ce qui peut différencier un grand club, dans son organisation, d’un moyen voire d’un petit club. Au sein de « monstres » sportifs comme le PSG, l’organigramme est souvent constitué de plus de 50 personnes, chacun étant chargé d’une tâche bien précise, du ramasseur de ballon lors des entraînements au nettoyeur des crampons entre deux sessions d’exercice.

L'APPORT DE LA SCIENCE ECONOMIQUE

Contrairement à Lorient où l’entraîneur Gourcuff peut se charger de tout et être très présent dans la semaine avec ses joueurs. Il n’y a pas ou peu d’intermédiaire. En économie, ce concept renvoie à la division du travail, phénomène mis en valeur par Adam Smith dans La Richesse des Nations (1776) et appliqué par Taylor puis Ford dans l’organisation scientifique du travail : pour gagner en productivité, il suffit de diviser le travail en autant de tâches possibles.

En spécialisant les fonctions, on renforce la capacité à les mener à bien pour améliorer les performances : là où Gourcuff s’occupe de tout, Blanc délègue à ses adjoints des tâches où il n’en aurait pas la compétence. De cette manière, toute son attention est centrée autour d’un point précis, la construction tactique, le coaching. Et ses adjoints se spécialisent dans les travaux qui leurs sont incombés et, par la répétition et l’apprentissage, améliorent leurs capacités de réalisation.

Le budget quasiment illimité du Paris Saint-Germain lui permet de se placer dans cette forme d’organisation. Au niveau de la masse salariale, il peut se permettre de constituer un staff technique de plus de 22 personnes. C’est d’ailleurs un point qu’avait critiqué Noel le Graët, président de la Fédération Française de Football, lors de la nomination de Didier Deschamps au poste de sélectionneur. Son prédécesseur, Laurent Blanc, avait construit un staff bien trop important qui pesait sur les finances de la fédération.

UNE MAXIMISATION DE LA PRODUCTIVITÉ

Aujourd’hui, Blanc a tous les pouvoirs pour élaborer un organigramme compétitif et performant, capable, à la fois, de lier les individualités, les joueurs entre eux et de garantir une productivité optimale. Pas de perte de temps lors des exercices grâce aux ramasseurs de ballons, pas de perte de temps entre les ateliers, les adjoints étant responsables de la construction des séances pendant que le manager Laurent Blanc se charge de la direction du jeu.

Il faut savoir de quoi on parle. En France, on a tendance à mettre dans le même sac tous les coachs de ligue 1 alors qu’il y a des entraîneurs comme Christian Gourcuff qui sont véritablement chargés de l’entrainement et d’autre comme Laurent Blanc qui ne sont pas toujours présents. Ces derniers sont des managers, ils sont les dépositaires du jeu, construisent le fond et laissent la forme se dégager par le travail des adjoints et l’autonomie des joueurs.

A l’étranger, cela est très courant dans les grands clubs. Il y a peu, l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille, Joey Barton, avait remis en cause le talent de Sir Alex Ferguson car ce dernier n’était pas vraiment un entraineur. Son argument ? « Fergie arrive le jeudi au centre d’entrainement de Manchester, […] toute les sessions sont dirigées par ses adjoints, […] il n’est jamais là et délègue tout ». A peu près les mêmes critiques formulées par Christian Gourcuff à l’encontre de Laurent Blanc.

On souhaite le même destin à Laurent Blanc que celui de Sir Alex Ferguson …

Pierre Rondeau


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