FouTaPaPa

09/06/2016

A la veille du match d’ouverture de l’Euro 2016, FouTaPaPa se replonge dans les archives du Championnat d’Europe des Nations. Imaginée par un Français, Henri Delaunay, la compétition a vu s’affronter les meilleures délégations du Vieux Continent dès 1960. Retour sur cette édition pionnière, entre tensions géopolitiques, débâcle française et sacre soviétique.

La Seconde Guerre Mondiale est désormais terminée. le Traité de Rome, signé en 1957, amorce un processus inédit d’unification européenne. Et si le Vieux Continent se dotait désormais d’institutions à sa mesure, l’univers du football entamait lui aussi sa mue à l’international. Outre les Jeux Olympiques, longtemps considérés comme la compétition de référence, le football avait vu naître la Coupe du Monde (dès 1930, lire par ailleurs) ainsi que la Coupe d’Europe des Clubs Champions, ancêtre de notre belle C1, dont la première édition (1955-56) fut remportée par le Real Madrid aux dépens de Reims. Et comme ses prédécesseurs, le Championnat d’Europe des Nations germait en premier lieu dans l’esprit d’un Français : Henri Delaunay.

Secrétaire de la Fédération Française de Football (FFF), M. Delaunay envisage de regrouper les meilleures nations européennes autour d’un même trophée, et ce dès 1927. Las, il faudra attendre 1957, soit deux ans après son décès, pour que l’UEFA fraîchement créée ne donne son feu vert. Le visionnaire français se consolera doublement : d’abord en associant son patronyme au nouveau trophée, et surtout en voyant son idée prendre enfin corps, à l’aube de l’année 1960…

Franco et l’Europe des 17



Ils sont dix-sept à avoir répondu favorablement à l’appel de la Fédération Européenne. Dix-sept pays désireux de se mesurer à l’élite continentale, et donc de soulever le premier trophée Henri-Delaunay. Parmi les absents de marque, on regrette la RFA (championne du monde 54), l’Italie (double-championne du monde en 34 & 38), la Suède (vice-championne du monde 58) ainsi que l’Angleterre, toujours aussi peu encline à traverser la Manche pour affronter la plèbe du jeu.
Le nombre impair de participants oblige la Tchécoslovaquie, emmenée par son futur Ballon d’Or, Josef Masopust, à se défaire de l’Irlande en match de barrages. Dès lors, les huitièmes de finale peuvent débuter, se disputant sur un format inédit de matchs aller-retour. Rapidement, l’URSS crée la première sensation, éliminant Ferenc Puskas et le Onze d’Or hongrois (lire par ailleurs) devant près de 100 000 spectateurs soviétiques. Au tour suivant, les hommes de Gavril Kachalin seront opposés à une autre grande nation du football, l’Espagne. A moins que la politique ne fasse son entrée sur le terrain…

Au pouvoir depuis 1939, le Général Franco mène la nation ibère à sa guise. Lorsqu’il apprend la tenue du quart de finale face aux Soviétiques, le Caudillo oppose un refus catégorique. La raison ? Des soldats de la division Azul, mis à disposition de la Wehrmacht dès 1941 et qui avaient combattu sur le front russe, croupissaient encore dans les goulags sibériens. Les Soviétiques se qualifient donc sur tapis vert et décrochent, sans jouer, leur ticket pour le dernier carré. L’Espagne, emmenée par Di Stefano et Luis Suarez premier du nom, ballon d’Or cette année-là, dit adieu à ses espoirs de titre continental. Ou quand la politique tronque les destins.

Parc des Princes 60, 22 ans avant Séville



Il est l’heure pour la compétition de changer de format. En effet, les matchs aller-retour laissent désormais place aux rencontres couperet. Les quatre dernières équipes encore en lice disputeront une phase finale, organisée sur le sol français, pour s’adjuger ce premier titre européen. L’URSS doit alors se frotter aux surprenants Tchécoslovaques, tandis que la talentueuse équipe de Yougoslavie affrontera… l’Equipe de France !

Troisièmes du dernier Mondial disputé en Suède, les Bleus ont facilement disposé de la Grèce, puis de l’Autriche pour s’inviter dans le dernier carré. Malgré un parcours sans faute et l’avantage considérable du terrain, la France se place parmi les outsiders. Albert Batteux, le sélectionneur tricolore, doit en effet composer sans son trio d’attaque, Kopa-Piantoni-Fontaine, blessé. Amputés de leurs meilleurs éléments, les Bleus parviennent néanmoins à bousculer la sélection yougoslave au Parc des Princes.

Mieux, les partenaires de Jean Vincent (5 buts lors du tournoi) mènent 4 buts à 2 alors qu’il ne reste que 15 minutes à jouer ! C’est à ce moment-là que le fameux mental français décide de faire son apparition. En seulement trois minutes, la Yougoslavie réduit l’écart avant que Drazan Jerkovic, le buteur du Dinamo Zagreb, n’inscrive un doublé et n’enterre les espoirs français. 5-4, score final d’une demi-finale qui détient, aujourd’hui encore, le record du match le plus prolifique de l’histoire du tournoi. Vingt-deux ans avant Platini, Battiston et la désillusion de Séville au Mondial 82, la France enfile déjà son costume de perdant magnifique. Les joueurs des Balkans, quant à eux, s’apprêtent à disputer la finale face aux Soviétiques, larges vainqueurs de la Tchécoslovaquie (3-0) au Vélodrome.

Parcelle de terrain, prolongations et Lev Yachine



Le premier trophée Henri-Delaunay ira donc à Belgrade ou à Moscou. Un affrontement hautement symbolique, entre deux équipes rivales, y compris en dehors des pelouses. Pour les Slaves, une victoire sur les Soviétiques revêt une importance particulière, surtout depuis 1948 et la rupture des liens diplomatiques entre les deux pays. Les joueurs se sont d’ailleurs vu promettre une parcelle de terrain en cas de victoire finale sur l’ogre soviétique. Pour les Russes, il s’agissait plutôt de laver l’affront fait par cette même équipe yougoslave, laquelle avait éliminé les compatriotes de Staline aux JO de 1952. Toujours en vie cette année-là, le « petit père des peuples » avait envoyé les joueurs soviétiques servir dans des avant-postes obscurs de l'armée après cette défaite. Vous avez dit pression ?

Le 10 juillet, ce sont donc vingt-deux acteurs prêts à combattre qui pénètrent sur la pelouse du Parc des Princes. A l’époque où “chaque football avait encore un style identitaire”², on se régale d’une véritable opposition de style :

D’un côté, l’URSS présente une équipe solide, rigoureuse et athlétique. Trois défenseurs et deux « inters » protègent le but gardé par l’immense Lev Yachine, qui reste encore le seul portier à avoir obtenu le Ballon d’Or(1963). En face, la Yougoslavie est une équipe joueuse et offensive, comme en témoigne sa demi-finale face aux Français et l’aisance technique de ses attaquants (Matus, Kostic, Sekularac).

Lorsque Galic ouvre le score et concrétise la domination yougoslave, on imagine le sort de cette première finale européenne totalement plié. C’est sans compter sur Yachine, auteur de multiples parades, notamment sur un coup-franc millimétré de Kostic. Metreveli égalise pour les Russes, et offre aux siens une prolongation inespérée. Plus en jambes que leurs adversaires du soir, les Soviétiques vont finalement faire la différence grâce à une tête de Viktor Ponedelnik à la 113e minute. Un dernier arrêt de Yachine, et l’URSS devient le premier Champion d’Europe des Nations !

Par Ghislain Corréa


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