FouTaPaPa

19/02/2014



Avant le lancement de la 20e édition de la Coupe du Monde, Foutapapa vous propose de revivre la toute première. Un bond en arrière de près d'un siècle, jusqu'en 1930, pour revivre la primauté du Mondial. Pour revenir aussi, au cœur d'une Amérique du Sud hôte et triomphante. Déjà…

La première fois. Ce moment qui, au-delà de sa réalité, relève d'un profond désir de mystification des événements. Un mythe, donc, raconté par certains comme un instant magique. Par d'autres comme un épisode gênant, voire bâclé. Pour tous, la première fois reste un moment exceptionnel, teinté de mystère, d'envie et de délivrance. Chacun se souvient de cette minute de répit, lorsque l'on réalise simplement que « ça y est », sans trop même savoir comment cela sera vécu, puis jugé et reproduit. Face à la primauté, les sentiments se mêlent à grande vitesse, jusqu'à imprégner durablement la mémoire. Une femme, comme un dribble, un but ou une victoire, en guise de premier émoi, et dont la simple évocation vous alimente durablement en frisson. Qu'il s'agisse d'Amour ou de Coupe du Monde de Football, il est une réalité, que le souvenir gorgé d'émotion ne peut pleinement masquer : La première fois, c'est souvent avec la première personne consentante que l'on rencontre. Qu'importe l'allure de votre pionnière, votre premier rapport avec le Mondial eut lieu en Uruguay. Et Jules Rimet fut votre premier maquereau.

Pourquoi l'Uruguay ?



Rimet remet le trophe l'Uruguay


1904. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) est créé, rue Saint-Honoré à Paris. Longtemps, l'organisation en charge de la gestion et du développement du football à l'échelle mondiale va demeurer une institution « factice », l'ambiance y étant plus aux regroupements diplomatiques qu'à l'organisation d'événements. Il faut dire qu'au début du XXe siècle, les mirettes des fans de football sont focalisées vers les JO d'été, où se jouent les matchs les plus alléchants. C'est justement à l'occasion des Jeux de 1928, à Amsterdam, que la FIFA va s'émanciper définitivement de la tutelle olympique…

Le 26 juin, les Français Jules Rimet et Henri Delaunay président le congrès amstellodamois de l'organisation. L'un est l'ancien président du Red Star, mais surtout celui de la fédération internationale depuis 1921, tandis que l'autre est secrétaire général de la fédération française. A eux deux, ils vont convaincre les tenants du ballon rond mondial d'organiser leur propre compétition professionnelle, loin de l'amateurisme glorifié par Pierre de Coubertin et le Comité Olympique. Le lendemain, le tournoi de football débute dans la capitale hollandaise, mais les esprits se tournent déjà vers l'organisation d'un autre évènement planétaire : La Coupe du Monde.
A la manière d'une soirée déguisée, la FIFA de Jules Rimet a désormais besoin d'un lieu, de participants et de quelques bonnes idées pour mener à bien son projet. Dévastés par le premier conflit mondial, mais aussi par le krach boursier de 1929 et l'incertitude économique qui en découle, la plupart des pays européens renoncent à accueillir le Mondial. La construction d'un nouveau stade, mais aussi le voyage et l'hébergement des participants représentent des sommes impossibles à débourser en temps de crise, hormis pour une nation. Conscient de l'importance du football pour son peuple, le président uruguayen Juan Campisteguy se porte immédiatement candidat, promettant de pallier à tous les frais liés à l'organisation de la compétition.

Relativement épargné par la crise étasunienne, l'Uruguay bénéficie d'une situation économique exceptionnelle, d'où elle a tiré son surnom de « Suisse de l'Amérique ». Surtout, ce petit état coincé entre l'Argentine et le Brésil fêtera, en 1930, le centenaire de son indépendance. Une aubaine pour la FIFA, qui peut justifier son choix par la symbolique, mais aussi pour le peuple Charrua, qui vibre au rythme des succès de la Céleste. Double championne olympique en titre (1924, puis 1928), la sélection uruguayenne s'apprête donc à accueillir la première Coupe du monde de l'Histoire. Dans le costume du pays hôte, comme dans celui du favori.

Le nouveau monde du foot



La Cleste de 1930


A l'annonce de l'organisation transatlantique du Mondial, nombre de fédérations nationales décident de bouder la compétition. Par manque de considération envers un continent « où l'on n'a pas inventé le football », mais aussi par peur. Celle d'un trajet long et onéreux à travers l'océan, mais aussi celle de retombées financières et publicitaires incertaines. Une réticence qui touche aussi les clubs professionnels, peu enclins à se priver de leurs meilleurs éléments pendant deux mois, comme les entreprises dans lesquels les footballeurs amateurs sont alors employés. Face à l'adversité, Jules Rimet ne se débine pas, et réussit à convaincre quatre fédérations du Vieux Continent (France, Belgique, Roumanie et Yougoslavie) d'accepter l'invitation. Car il s'agit bien d'une invitation, le nombre de volontaires n'étant de toute façon pas assez élevé pour organiser des éliminatoires. Manquent alors à l'appel des nations importantes, comme l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne ou la Suisse, dont on craint que l'absence se répercute sur le niveau de jeu proposé.

Peu importe à l'équipe de France, qui embarque, en compagnie des Belges et des Roumains, à bord du Conte Verde, le 21 Juin. Le président Rimet est aussi du voyage, emportant dans ses bagages femme et trophée. Match, l'un des rares hebdomadaires sportifs français, raconte la traversée avec l'engouement et la désuétude de l'époque, présentant une sélection tricolore joviale dont les héros se nomment alors Thépot, Langillier, Delfour, Pinel ou Laurent.

Quatorze jours après son départ de Gênes, en Italie, le navire atteint les rives du Rio de La Plata, et l'Uruguay. A Montevideo, que les Yougoslaves rejoindront le lendemain, treize nations vont donc se disputer le premier titre mondial, dont quatre européennes. La dichotomie entre Europe et Amérique se fait d'ailleurs chaque jour plus vive, chacune des équipes du Vieux Contient étant placée dans un des quatre groupes tirés au sort, et affrontant donc uniquement les sélections du Nouveau Monde. Dans le seul groupe de quatre, c'est à la France d'ouvrir la compétition, remportant le match inaugural face au Mexique (4-1). L'Histoire retiendra le nom de Lucien Laurent, avant-centre des Bleus, comme celui du tout premier buteur de la Coupe du Monde. Un honneur que l'ancien footballeur-ouvrier de l'usine Peugeot à Sochaux a emporté avec lui, en 2005, lorsqu'il cessa d'être le dernier rescapé de cette formidable aventure. Néanmoins, le parcours des Français se verra stopper net par l'Argentine, finaliste malheureuse des derniers Jeux Olympiques. Sans Guillermo Stabile, qui terminera pourtant meilleur buteur de l'épreuve, la sélection Albiceleste vient finalement à bout d'un Thépot héroïque, grâce à un coup franc de Monti (1-0). Petite histoire au sein de la grande, on rapporte que l'arbitre de la rencontre en aurait, par erreur, sifflé la fin six minutes avant la 90eme. Face aux contestations et à l'envahissement de la pelouse par certains spectateurs, l'homme en noir aurait finalement décidé de rappeler les vingt-deux acteurs sur le terrain, certains d'entre eux étant déjà sous la douche !

Au-delà du folklore historique, c'est bien un affrontement entre deux continents qui se joue sous le soleil de Montevideo, en ce mois de Juillet 1930. Seule nation européenne à terminer première de son groupe (devant le Brésil), et ainsi à se qualifier pour les demi-finales, la Yougoslavie coule face à une sélection uruguayenne au parcours sans-fautes (6-1). Après avoir triomphé de la Roumanie et du Pérou en phase de groupes, la Céleste s'offre donc le droit de jouer la toute première finale du tournoi. A domicile, dans son Centenario flambant neuf de 100 000 places. Face à elle se dressera, comme deux ans auparavant à Amsterdam, l'équipe d'Argentine, tombeuse sur le même score des surprenants USA au tour précédent. Une finale attendue, engagée et haletante, qui marque bien la passation de pouvoir qui s'opère entre l'Europe et l'Amérique du ballon rond…

Première finale



S'il est une terre où l'on a, historiquement, inventé et codifié le football, le Mondial 1930 marque la domination d'un autre continent où on le pratique mieux. Hormis lors de la Coupe du Monde 1950, disputée au Brésil sans qu'y soit jouée de véritable finale, c'est la seule fois dans l'Histoire du tournoi que deux nations sud-américaines s'affrontent pour le titre de champion du Monde. Pour revivre cet instant désormais légendaire, vous pouvez évidemment terminer la lecture de cet article, mais aussi visionner son résumé vidéo. Colorisé, hein.

Vidéo


Dans un Centenario plein à craquer, les deux meilleures nations de la planète s'apprêtent à en découdre. Pour la gloire, pour l'Histoire, aussi. Simplement séparées par le Rio de la Plata, les deux capitales s'embrasent à l'annonce d'une première finale mondiale, deux ans après celle des Jeux Olympiques. Une dizaine de bateaux supplémentaires sont affrétés depuis le port de Buenos Aires, dont au moins deux ne rejoindront pas Montevideo à temps pour garnir les tribunes. Qu'importe, puisque l'ambiance est de toute façon électrique, dans les gradins comme en coulisses. Tandis que les joueurs se préparent à jouer une rencontre qu'ils ne savent pas encore historique, les arbitres de la rencontre subissent d'incessantes pressions. Du choix du ballon aux menaces de mort, l'arbitre belge John Langenus accepte finalement d'officier, après avoir obtenu la garantie qu'un bateau l'attendrait une heure après le coup de sifflet final, au cas où il doive quitter le pays. Un public en fusion, des joueurs de talent, du soleil, de la tension et beaucoup, beaucoup de photographes : Jules Rimet tient enfin la plus belle des vitrines pour « sa » Coupe du monde.

Sur le pré, un duel cristallise l'attention des spécialistes. Celui opposant Guillermo Stabile, surnommé El Filtrador pour sa capacité à percer les défenses adverses, et José Nasazzi, libéro et capitaine Uruguayen. Les deux équipes évoluant dans un même système tactique, le fameux WM théorisé par les britanniques, le un-contre-un entre attaquant et défenseur central s'avère souvent crucial pour le sort d'une rencontre. A la 37e minute, alors que le score est déjà de 1-1 (l'Argentin Peucelle ayant répondu à l'Uruguayen Dorado), c'est Stabile qui, le premier, se met en valeur. Dans un angle impossible, il crucifie Ballestero d'un tir puissant, et inscrit son huitième (et dernier) but du tournoi. En quatre matchs.

Les Argentins mènent 2 buts à 1 à la pause, et le public du Centenario se fait plus véhément encore. A une époque où l'on va voir du football comme on l'arbitre, c'est-à-dire en costume et chaussures de ville, les comportements en tribunes se font de moins en moins élégants. On apprécie alors d'autant plus la décision du président Campisteguy, autorisant la fouille au corps de chaque spectateur afin de confisquer les armes à feu. Sur la pelouse, Nasazzi et ses coéquipiers décident également de durcir le jeu, à l'image du demi-droit José Andrade. Premier footballeur de couleur à porter le maillot de la Celeste, La Maravilla Negra joue aux pompiers de service, éteignant une à une les velléités offensives des attaquants argentins. C'est alors écrit, les partenaires de Stabile ne marqueront plus. Pas aujourd'hui, pas cet après-midi du 30 Juillet, pas en ce jour de première, qui se doit d'être un jour de fête. Pedro Cea, puis Santos Iriarte, fantasque ailier gauche, se chargent de faire chavirer Montevideo de bonheur. Comme un symbole, c'est bien Stabile qui a la balle d'égalisation au bout du pied, à l'orée du temps additionnel. Sa frappe, repoussée par la barre transversale, retombe dans les pieds uruguayens. Au bout de l'action, Hector El Manco Castro clôt la marque, de la tête. 4 buts à 2.

Guillermo Stabile, 8 buts et les reins au chaud


Le premier meilleur buteur d'une Coupe du Monde fait finalement partie du clan des vaincus, et ne jouera plus jamais pour la sélection Albiceleste, préférant continuer sa carrière en Europe (au Genoa, puis au Red Star). Quant à Nasazzi, il peut fièrement brandir le trophée Rimet pour la première fois, devant des dizaines de milliers de Charuas en délire. Symboliquement, on crée alors un trophée virtuel, le « bâton de Nasazzi », que se transmettent, encore aujourd'hui, les sélections nationales au gré de leurs affrontements directs. Surtout, le peuple d'Uruguay embrase de bonheur Montevideo, et célèbre comme il se doit les premiers véritables héros du football mondial. La liesse se poursuivant jusque tard dans la nuit, on instaure même le lendemain, 31 Juillet, comme fête nationale. Comme pour mieux laisser le temps aux Uruguayens de célébrer. Comme pour mieux ancrer cet événement dans l'Histoire du pays. Et du football.

Ghislain Corréa (@GhislainCorrea)


Votre compte sur SOFOOT.com

1 réaction ;
Poster un commentaire

  • Message posté par Adrien15 le 30/03/2015 à 11:14
      

    La Celeste n'est plus ce qu'elle était. En 2014, je pensais que Luis Suarez allait changer la donne, mais il a fait parler de lui pour son comportement plutôt que pour son jeu.


1 réaction :
Poster un commentaire