Foot, physique et performance

23/06/2014

Synthétique qui es-tu ?



Aujourd‘hui et trois génération plus tard, les gazons synthétiques suscitent toujours autant de réflexions quand à leurs effets sur le jeu mais aussi sur les joueurs (blessures). Il faut savoir que depuis les années 2000 les gazons de troisième génération se développent partout dans le monde, ils sont reconnus et agréés par l'UEFA ainsi que la FIFA comme surface officiel pour la pratique du football, au même titre que les surfaces naturelles.



Ce qu'en pensent les joueurs ?


Selon une étude d'Elisabetta M. Zanetti réalisée par le biais d'un questionnaire portant sur la perception de joueurs de football de divisions amateures, le gazon artificiel est préféré à la surface naturelle sur presque tous les points, seul le risque de brulure sur les tacles glissés reste négatif.
Le risque d'abrasion lié à cette surface est pour l'occasion l'un des aspects les plus critiqué des terrains synthétiques (Ekstrand and Nigg 1989).

Un deuxième point de vu négatif est relevé : la fatigue accumulée sur les terrains synthétiques. On note à travers les réponses des joueurs qu'ils se fatiguent plus vite durant les sessions sur sols artificiels, ce qui peut provenir de la qualité de la surface qui rend le jeu plus rapide que sur un terrain en herbe de qualité moyenne.


Terrains et blessures :




Le rapport blessures/terrains synthétiques est un sujet important dans le monde du football. C'est pourquoi Barnhill & al ont présenté une étude portant sur l'incidence, les causes et la gravité des blessures dans le football entre les pelouses synthétiques et naturelles.
Pour cela Barnhill a fait appel à huit lycées sur cinq saisons pour répertorier et évaluer les blessures.
Il en ressort que sur 240 matchs 353 blessures se sont produites dont 64,6% sur terrain artificiel contre 35,4 % sur herbe.
Ce qui nous donne un rapport de 1,5 blessures/match sur surface synthétique contre 1,4 blessures/match sur terrain naturel.
On note qu'il y a d'avantage de « petites » blessures qui ne nécessitent pas d'arrêt de l'activité sur les surfaces synthétiques.

L'étude de Barnhill relève aussi un nombre de commotions cérébrales plus important sur les terrains en herbe, 12,4% contre 4,4%. Cela viendrait-il du jeu qui diffère d'une surface à une autre et donc d'un jeu plus aérien sur un terrain en herbe ?

L'étude rapporte également un taux plus élevé de déchirure ligamentaire sur les terrains naturels de 7,4% contre 3,1% sur les surfaces synthétiques.

Ekstant, Timpka, et Hagglund (2006) ont comparé les blessures de 290 joueurs élites de dix formations européennes évoluant sur gazon synthétique à 204 joueurs élites évoluant sur surface naturelle et ne remarque aucunes différences dans la fréquence ainsi que dans la gravité des blessures.

Difficile de conclure « officiellement » sur l'influence du terrain synthétique sur les grosses blessures.



Chaussures et blessures?


Les risques de blessures sont liés aux comportements de la traction et donc de l'interface chaussure/surface (l'accroche du pied sur la surface).
Les surfaces qui offrent une bonne traction lors des arrêts et des changements de direction augmenteraient le risque d'entorse de la cheville par exemple.

EricG. Meyer & al (2010) ont réalisé une étude sur dix modèles de chaussures de football et sur les forces de résistance qu'elles génèrent lors d'appuis en rotation.
Les auteurs ont mesurés les pics de force de résistance maximale en (Nm) et les forces sur les rotations (Nm/deg).
Le risque de blessure grave augmentant proportionnellement aux forces de résistance.
Suite aux tests réalisés et en conformité aux études précédentes (F.Galbusera 2013), il en ressort que les surfaces synthétiques enregistrent des pics de résistances et des forces de rotations plus important par rapport aux surfaces naturelles.

Pour ce qui est des chaussures, pas de différences significatives sur les forces de résistance hormis pour les chaussures dites pour terrain « stabilisé » qui limite les forces mais ne permettent pas d'avoir un appui suffisant pour être performant.

Par contre, il existe des différences significatives sur l'aspect force de rotation.
Les résultats montrent que les chaussures à lamelles enregistrent des forces de rotation beaucoup plus importantes, donc beaucoup plus de risques d'avoir un appui avec un gros blocage.

Les chaussures à crampons moulés sur toute la surface plantaire montre de meilleurs résultats pour ce test, avec une force de rotation limité.



Suite à tous ces résultats, même si toutes les chaussures de football sont autorisées sur les terrains synthétiques, cette étude nous permet de constater que plus les crampons sont nombreux et courts, plus les résistances de l'appui sont faibles. C'est pourquoi les risques de blessures aux genoux et aux chevilles sont atténués ou minimes lorsque le traumatisme se produit.
En effet, un pic de résistance élevé combiné à un temps de glissement de l'appui proche de zéro nous donnera un rapport Résistance (Nm)/Degré élevé et donc un risque de blessure plus important avec des torsions extrêmes.

A l'inverse les lamelles sont les chaussures de football qui enregistrent les résistances les plus importantes durant les rotations, avec aussi des degrés de torsions de la cheville plus élevés, ces résultats concordent encore une fois avec l'étude de F.Galbusera (2013) qui trouve des résistances plus élevées avec ces chaussures.




Ce qu'il faut retenir


Les terrains synthétiques sont appréciés par les joueurs amateurs (terrain en herbe de mauvaise qualité).

Peu d'études montrent une grosse différence entre le nombre et la fréquence des blessures entre terrain naturel et terrain synthétique.

Pourtant, des résultats prouvent clairement que les forces de résistance au sol et sur les rotations sont supérieures sur terrain synthétique (facteur de blessure).

Le type de chaussures (indépendamment des marques) influence également ces forces au sol.
Il paraît ainsi important d'éviter les lamelles sur terrain synthétique.


Etienne Clerc – Etudiant Préparateur physique Dijon – Etienne.clerc@hotmail.fr

Manuel Lacroix – Préparateur physique Dijon
Lacroix.manuel6@gmail.com


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