Foot, physique et performance

16/06/2014

Il est maintenant répandu dans les clubs de football professionnel, de voir apparaître toutes sortes de matériel innovant utilisant des technologies nouvelles avec pour objectif de s'entrainer de manière toujours plus efficiente et originale. Chaque période à sa mode et celle des plateformes de vibration n'a pas échappé à la règle. Si on les trouve le plus souvent dans les salles de fitness, elles sont parfois utilisées chez les sportifs de haut niveau dans le but d'apporter un complément à leur entrainement quotidien.
Les plateformes vibrantes sont nombreuses et chacune possède ses paramètres biomécaniques. Nous concentrerons nos recherches sur les plateaux vibrants et bios oscillants avec un déplacement vertical. Les vibrations avec un déplacement autour d'un axe étant considérées comme potentiellement à risque et pouvant être source de blessure de par ses tensions inhabituelles engendrées.

L'entrainement par vibrations qu'est-ce que c'est ?




Les plateformes de vibrations sont de plus en plus utilisées dans le développement et l'amélioration des qualités physiques. Selon leurs initiateurs, cela permettrai de travailler selon une approche alternative aux méthodes de musculation basées sur des mouvements de charges répétitifs en conservant des effets bénéfiques sur plusieurs aspects de la performance.
Le principe d'entrainement par vibration globale du corps (Whole Body Vibration ou WBV) a été au cœur de multiples études, la principale utilisation de ces plateformes a pour but de solliciter le réflexe d'étirement (Tonic Vibration Reflex ou TVR) des muscles des membres inférieurs en adoptant des positions de tensions musculaires, comme des positions de flexions sur plateforme, permettant une meilleure exposition aux vibrations et donc une meilleure efficacité (Cochrane and Stannard, 2005). La plateforme vibrante provoque un raccourcissement et un allongement très bref des fibres musculaires de manière presque permanente, stimulant de ce fait le mécanisme de réflexe des muscles facilitant ainsi le recrutement et la production de force (Cardinale and Bosco, 2003).
L'essentiel des recherches réalisées se concentre sur l'effet de ce travail sur les membres inférieurs. Partie du corps prépondérante dans la capacité du footballeur à performer sur le terrain lors d'un match que ce soit dans la frappe, les sauts, les démarrages ou les changements de directions, il nous paraît intéressant d'aborder ce sujet dans le football. Ceci dans le but de définir plus précisément si ce type de travail présente un intérêt réel ou non dans l'entrainement du footballeur.

Comment utiliser les plateaux vibrants ou oscillants ?




Pour améliorer la force des muscles des membres inférieurs, il est nécessaire d'utiliser des sollicitations importantes sur cette région. Il est possible de travailler sans charge, cependant pour réaliser un entrainement basée sur la force, il parait incontournable d'optimiser les contraintes pour travailler la force du muscle. La sollicitation sera plus importante et cela garantira un entrainement d'intensité optimale durant des conditions d'instabilités. Les effets sur la force en seront d'autant plus positifs. Plusieurs études montrent que cette activation sur les membres inférieurs lors de l'exécutions de squats ou demi squats (flexions complètes ou semi complètes) était encore supérieure avec des charges additionnelles dans des conditions instables de type coussins ou planches de proprioception (Anderson and Behm, 2005) et des conditions sur plateaux vibrants (Roelants, 2006).

Depuis plusieurs dizaines d'années la recherche scientifique tente de nous montrer l'intérêt ou non des méthodes d'entrainements à l'aide de plateaux vibrant ou oscillant. Si l'effet, sur de nombreux paramètres de la performance en sport, grâce aux exercices réalisés sur des supports instables n'est plus à prouver (Schwanbeck, 2009), l'intérêt des plateaux vibrants n'offre pas le même consensus auprès des sportifs, entraineurs, préparateurs physiques et scientifiques. En effet, si certaines études montrent une amélioration des qualités de force et d‘explosivité (détente) par ce type d'entrainement (Bosco, 1999). D'autres réfutent l'intérêt de ce mécanisme en ne présentant clairement aucune évolution de ces paramètres après un entrainement de plusieurs semaines (De Ruiter, 2003 ; Delecluze, 2005).

Quelle plu value de l'entrainement par vibrations par rapport à l'entrainement classique ?


Cette question est finalement la seule chose qui intéresse et guidera la réflexion du préparateur physique au football. Bien évidemment l'entrainement sur plateforme vibrante ou oscillante comme beaucoup d'autres techniques et un moyen d'intervenir sur le développement physique des joueurs de football. Mais est-il vraiment nécessaire d'avoir recourt à cette technique ? En quoi ce type de travail se différencie de ce qui est habituellement fait en salle de musculation ou dans les exercices sur le terrain dans la préparation intégrée ?
Nous avons cherché à comparer les effets d'un exercice classique de musculation réalisée avec une charge additionnelle légère et des exercices sur plateaux oscillants à différentes fréquences de vibrations sur des sessions de 15 secondes de travail. L'intérêt était de savoir si l'on observait des différences dans l'activation des muscles extenseurs des cuisses (Vaste Externe) mesurée par électromyographie (EMG), c'est-à-dire que plus cette valeur EMG était élevée et plus l'exercice sollicitait le muscle. On pouvait ainsi déterminer quel exercice était plus efficace et présentait le plus d'intérêt dans l'entrainement.

A la vue des résultats, l'activité sur un travail en isométrie sur un plateau vibrant est la même que pour des demis squats dynamiques. L'exercice qui consiste à maintenir une position fléchie sans intervention des vibrations est en revanche beaucoup moins intéressante, en effet, cet exercice est significativement moins intense que les deux autres. Plus simplement un exercice de ½ squat dynamique provoque les mêmes effets que le même exercice en position statique sur une plateforme vibrante.
Concrètement, dans l'entrainement du footballeur, si celui-ci est amené à réaliser un travail de musculation sur le bas du corps, l'intérêt d'investir dans une plateforme vibrante reste en suspens car on constate des effets similaires que si l'on travaille de manière dynamique avec des mouvements classiques.
Un second frein se pose à la pertinence d'un travail de ce type dans l'entrainement des footballeurs, il s'agit de la posture communément utilisée lors des vibrations. Dans l'essentiel des exercices, le joueur est en position statique et maintien une flexion plus ou moins importante. Cela implique qu'il n'y a pas ou peu de mouvement, on se retrouve donc dans des tensions et des sollicitations musculaires qui sont très éloignées de celles vécues par le footballeur durant un match ou un entrainement. Les phases de contractions statiques étant inexistantes dans le football, la question se pose réellement sur la pertinence de l'utilisation de ce système dans le développement des qualités physiques et des actions déterminantes en football (démarrage, détente, …)
Cependant, si la sollicitation moyenne des membres inférieurs, sur des périodes de plusieurs secondes est similaire, en allant plus loin nous observons une différence dans la cinétique de l'intensité exposée. Plus clairement, un travail de ½ squat avec charge engendre des phases de contractions intenses (freiner le mouvement à l'approche de la flexion voulue et créer de la vitesse sur la poussée en remontant) et des phases de semi-relâchement (fin de l'extension, position debout et début de la descente). A l'inverse, avec le travail en WBV, l'intensité de la sollicitation reste régulière durant tout l'exercice. On évite ainsi les oscillations des contraintes appliqués et demande d'avantage aux muscles des membres inférieurs de résister à une difficulté intermédiaire durant un laps de temps long et continu.


On peut, de manière hypothétique, penser que les exercices par vibrations pourraient présenter un intérêt dans le travail visant à développer l'endurance musculaire sur le bas du corps. De par la sollicitation constante qu'ils apportent et supplémentaire par rapport au même exercice de posture sans vibrations, ces exercices peuvent avoir une place dans la préparation physique du footballeur qui chercherait à améliorer sa résistance aux efforts d'un point de vue musculaire. Ce travail est également envisageable dans un objectif de préfatigue en enchainant ensuite avec des efforts intenses et répétés comme des démarrages, des courses, du travail d'appuis ou des jeux réduits.
Une récente étude (Padulo and al, 2013) a mis en relation les effets immédiats d'un travail sur WBV durant des séances de répétitions de sprints (RSA) de 40m (aller-retour sur 20 mètres) sur des jeunes footballeurs italiens (16 ans). D'après leurs travaux, il semblerai que les joueurs exposés durant 5 secondes aux vibrations sur plateforme au cours de la récupération entre les sprints auraient une diminution de leurs performances, à partir des sprints 5 et 6, moins prononcée (La perte de temps est atténuée de 2 à 4 % par rapport à ceux n'ayant pas eu les vibrations durant la récupération). Cette étude va dans le sens d'un intérêt possible du travail par vibrations sur les aspects déterminants de l'endurance musculaire dans le but d'améliorer la performance d'un footballeur lors des matchs à répéter les actions.

Lucas Berthaire
Préparateur physique CEP "Gilles Cometti"
lucas.berthaire@wanadoo.fr



Bibliographie

1. Anderson K., Behm D.G. Trunk muscle activity increases with unstable squat movements. Can J Appl Physiol, 2005; 30: 33–45.

2. Cochrane D.J. and Stannard S.R. Acute whole body vibration training increases vertical jump and flexibility performance in elite female field hockey players. Br J Sports Med, 2005; 39: 860-865.

3. Cardinale M. and Bosco C. The use of vibration as an exercise intervention, 2003; 31: 3-7.

4. Roelants M., Verschueren S.M., Delecluse C., Levin O., Stijnen V. Whole-body vibration-induced increase in leg muscle activity during different squat exercises. J Strength Cond Res, 2006; 20:124–9.

5. Schwanbeck S., Chilibeck P.D., Binsted G. A comparison of free weight squat to Smith machine squat using electromyography. J Strength Cond Res, 2009; 23: 2588–91.

6. Bosco C. Adaptive responses of human skeletal muscle to vibration exposure. Clinical physiology, 1999; 19: 183-187.

7. De Ruiter C.J. Short-term effects of whole body vibration on maximal voluntary isometric knee extensor force and rate of force rise. Eur. J. Appl. Physiol, 2003; 88: 472–475.

8. Delecluse C., Roelants M., Diels R., Koninckx E., Verschueren S. Strength increase after whole body vibration training on muscle strength and sprint performance in sprint trained athletes. Int J Sports Med, 2005; 26: 662–668

9. Padulo J et al. The Acute Effect of Whole Body Vibration on Repeated Shuttle-Running in Young Soccer Players. Int J Sports Med, 2013; 34: 1–6


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